‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 73 sur 150 · I. Mémoires, t. U, p. a3 sqq · texte numérisé non relu

I. Mémoires, t. U, p. a3 sqq

io8 l'assistance de 1848 A 1801

Les visiteurs étaient reçus « avec une bonne volonté et une politesse inattendues... Loin de s'irriter contre les défiances de la charité, ils (les visités) se prêtaient de bonne grâce à ses recherches et semblaient reconnaissants de ce qu'elle venait à eux sans s'efTrayer de leur réputation ».

Il était défendu d'interroger sur Juin. Mais souvent on allait au-devant de la curiosité des visiteurs. Les insurgés « avaient regardé les votes de TAssemblée et la dissolution des ateliers nationaux comme une usurpation de leur souveraineté...; ils s'étaient encouragés mutuellement à défendre leur cause... Il y en avait plus qu'on ne pense qui n'ont jamais bien su pourquoi ils s'étaient battus ; le bruit de la fusillade et l'odeur de la poudre leur avaient monté à la tête..., tel qui était sorti de chez lui promeneur inotfensif est rentré insurgé parce qu'on l'a poussé un peu fort dans la rue et qu'il a entendu dire à un garde national un mot qui lui a déplu » * .

Les collaborateurs d'Armand de Melun n'étaient pas tous désintéressés. Le parti bonapartiste aurait volontiers mis la main sur les groupes catholiques pour les asservir à sa politique. Louis-Napoléon Bonaparte préparait l'élection du 10 décembre ; il avait du reste du goût pour les questions sociales et rêvait l'appui des masses populaires pour monter sur le pavois. Il envoya un ami commun, Henri de Ruolz, à M. de Melun pour demander une entrevue. La première tentative échoua. Devant Tinsistance de l'ambassadeur officieux, M. de Melun céda. Le rendez-vous eût lieu dans une maison mystérieuse de la rue Tronchet. A. de Melun a conté les détails de cet entretien. Mais le candidat ne plut guère au

I. Annales de la Charité, 1848, p. a33 sqq. — L'article est intitulé: « Des secours aux ouvriers sans ouvrage dans un des arrondissements de Paris. » Il est anonyme ; il a dû être écrit, soit par Trélat, soit par de Melun, sur des notes de Trélat. H contient des renseignements précis sur la psychologie des coml>attants. Les Annales s'occupèrent, à plusieiu's reprises, des insurgés de Juin. En avril 1849, l'inspecteur Martin Doisy proposa de les « établir en Algérie avec leurs familles, de s'occuper de leur cure intellectuelle et morale ». 11 demandait « des apôtres pour enseigner ces gentils d'une nouvelle espèce ».

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philanthrope : il se déclara « également éloigné de ce socialisme qui supprime la liberté et de cet égoïsme qui laisse à chacun la responsabilité de sa vie » ; il reconnaissait « à TEtat le devoir de favoriser les œuvres et de l'aire ce que la bonne volonté individuelle est trop faible pour réaliser ». A. de Melun démôla facilement les intentions de son interlocuteur qui « croyait devoir gagner les voix des catholiques et des hommes charitables en me tenant ce langage, pendant que dans la rue, dans les cabarets et ailleurs, ses partisans achetaient des voix avec d'autres promesses et à tout autre prix^ ». Armand de Melun fut de ces catholiques qui ne se laissèrent pas piper par le césarisme.

La Société d'économie charitable fut associée de près à l'œuvre de la Constituante, comme plus tard à celle de la Législative. Elle discuta en pleine indépendance les projets soumis au Comité du travail et au Comité d'assistance.

Elle était divisée en économistes hostiles à l'intervention de l'État et en j^hilanthropes favorables à la charité légale appuyée sur l'idée d'obligation. Elle combattait le droit au travail et les ateliers nationaux. Mais, en juillet, elle élaborait un projet d'enrôlement volontaire de 20,000 travailleurs et de 10,000 familles pour l'Algérie *. M. Harou Romain lui soumettait un plan d'organisation des travailleurs et des pensions de retraites ' ; chaque Français avait un livret sur lequel ses travaux étaient inscrits ; à 5o ans d'âge, il avait droit a une pen-

1. Mémoires, t. H, p. 34. — Louis Bonaparte prolesta longuement de ses intentions pacifiques. U se donna comme le représentant de l'ordre et annonça son intention de prendre de Falloux pour ministre. « Hélas! ajoute A. de Melun, la France devait entendre ce jour-là : L'Empire, c'est l'ordre ; l'Empire, c'est la liberté ; TEmpire, c'est la paix, et s'apercevoir, les voix gagnées et la pièce jouée, que l'Empire était toute autre chose » (p. 34).

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