AnnalcH de la Charité^ 1848, p. '34o
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visages hâves et flétris, aux membres grêles, aux dos voûtés... qui, pendant de longues heures, sans repos ni sommeil, sont aux ordres d'une machine impitoyable pour gagner à peine un morceau de pain ^ ». En présence des abus du machinisme, la société fait-elle son devoir? M. de Melun répond comme aurait pu répondre Barbes : « La société se présente au plus grand nombre sous la forme du percepteur qui ruine, du gendarme qui arrête, du juge qui condamne, de Texécuteur qui emprisonne ou fait mourir, et on a peur de la montrer à tous comme une mère et une protectrice. » Il ne faut pas s'étonner « que le peuple qui sent combien il a besoin de sa puissance et de sa protection, se plaigne de son insuffisance la méprise et en demande une autre * ».
La société ne doit pas être « l'application des forces, de la capacité, du produit de tous à la fortune et à la grandeur d'un seul ou de quelques-uns ». Elle n'est «ni la mise en commun de tout le travail, de tous les revenus, aux dépens de la propriété et de la personnalité humaine », ni « un mécanisme sans entrailles qui laisse chacun au hasard de sa destinée ». Ce qu'elle doit être « c'est une grande association de défense, d'assurance, de protection nmtuelle, formée par Dieu luimême entre les hommes ». Il faut protéger l'enfant contre l'insouciance, la cupidité de ses parents et aussi contre la servitude, déguisée sous le nom d'apprentissage. « L'Etat n'est pas dépositaire de la puissance de tous, seulement pour protéger la frontière contre l'étranger, la maison contre le voleur, la personne contre le meurtrier ; son action s'étend à tout ce qui détruit le bien-être et la vie: l'ennemi, le voleur, le meurtrier de l'ouvrier et du pauvre, ce sont l'ignorance, la maladie, le vice, la misère, l'absence ou l'excès de travail. Chaque misère oubliée, chaque plainte méconnue, chaque bras sans travail, chaciue âme sans consolation est une menace, une soulfrance, un danger pour tout le monde...