CHAPITRE CINQUIÈME ia
de détail el de lois |)i'ati(|iies sur l'assislance à l'enfance et aux adultes. Sous une inspiration à la lois pieuse et humaine, elle se défend de négliger, comme le Gouvernement deJuillei, l'amélioration matérielle el morale du sort du plus grand nombre. Ses lois sociales ont pour principe la charité confessionnelle, pour bul avoué la rentrée triomphale de l'Eglis(î dans Tassistance. 11 faut lui rendre la première place dans rhôpital comme dans l'école, dans le lycée ou dans la faculté, lui assurer la prédominance dans le patronage, dans réducalion correctionnelle, dans les œuvres de placement el de conciliation entre le capital et le travail. Son instrument sera la liberté d'association, largement organisée, en faveur des congrégations. — Par-dessus les lois de la Révolution, par-dessus la résistanc(* du Gouvernement de Juillet et de la Restauration elle-même, celte doctrine de main-mise légale se rattache à la conception liosintalière de rAiicien Régime, à Tàge d'or de TEglise, à Tépoque où Tassistance confessionnelle était un monopole de fait et de droit, où les rois euxmêmes étaient obligés de défendre leur domaine contre les clercs envahisseurs \
Ces réserves faites, il convient de rendre justice à ce (fue ces lois ont tenté pour adoucir la misère, diminuer les charges du prolétariat, élever l'enfance ouvrière, proléger les faibles, favoriser Tesprit de prévoyance. Il y en eut cpii furent votées pres(pie sans discussion par TAssemblée tout entière ; certaines durent encore ; d'autres, dégagées de l'esprit confessionnel, ont servi de point de départ à de nouveaux progrès. Telle est la force de la démocratie ((n'eUe entraine dans son courant ceux mêmes (pii cherclient à l'endiguer.
L'Assemblée législative était aussi divisée sur les tpu^stions sociales ([ue sur les i[uestions politicpies. Les républicains
1. Cf. l'cclit de 1579 sur l'exclusion des ecclésiastiques de l'administration hospitalière et celui de d'Aguesseau de 1749 qui soumettait toutes les fondations à l'autorisation royale. (Voir notre article sur les secours et la charité en France à la veille de la llévohition. Uevue politique et parlemen* iaire, 1904, p. 389 à 35i.)
ia4 l.ASSISTANCK DK iH^H A iHoT
avaieni été (liHimos aux éleclions do mai. Lamartine, Jules Favre, Marrast, avaient été élus dans des éleetions partielles; Dupont de TEurc, (iarnier-Pagès et Marie avaieni échoué. La Montagne, divisée au début, s'était ralliée sous la bannière du droit au travail. Le parti républicain parlementaire, dans son ensemble, avait rtMioncé aux systèmes généraux d'organisation sociale. La Banque du Peuple fondée par Proud'hon en janvier 1849, pour réaliseï» le crédit gratuit, avait fermé ses bureaux au bout de deux mois. 11 y avait deux courants dans la majorité conservatrice : les partisans de Tinaction englobaient les économistes orthodoxes, de Técole du laissezfaire et du laissez-passer, et les défenseurs acharnés de la propriété; M. Thieis est leur plus illustre champion; il incarne les idées de résislanciî de la rue de Poitiers ; la peur outrée du socialisme le jette dans la réaction. Les hommes d'action sociale avaieni pour chef Armand de Melun et pour soldats d'ardents catholiques, membres de la société d'Eco-* nomie charitable.
Les adversaires du socialisme d'Etal avaii^nt appelé l'Institut à la défense de la liberté économique. Le 1^ juillet 1848, le général (^vaignac avait chargé l'Académie des Sciences morales et politiques d'étudier scientili(piement les questions sociales, « de participer à la {>aciricalion des esprits en les éclairant..., en mettant la science au service» de la société et de la civilisation ». (k)usin, Beaumont, Troplong, Blanqui, Thiers, puis Toc(pic ville furent chargés de préparer le travail.
L'en<iuéte consciencieuse à laquelle ils se livrèrent, aboutit à une série de petits traités de valeur inégale. (Cousin, dans Justice et Charité, fornmla la philosophie de Tégoïsme bourgeois. « Le dévouement est le superllu de la morale.... Il y a des devoirs qui n'ont pas de droits corrélatifs. L'ouvrier n'a pas plus droil au travail que le pauvre n'a droit à l'assistanc(», ou, si le pauvre a ce droit, il peut l'imposer : au lieu de s'adresser à la charité, il i)ent invoquer la juslice, me faire un procès ou même m'arracher de force ce que je ne lui donnerai pas. Proclamer des droits mensongers, c'est mettre en péril
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les droits certains. On [xmiI rappeltM* aux |>arti(*uli(*rs et à TEtat le saint devoir de la eliarité, sans eonterer à la misère de prétendus droits (piVlle saura aeeueillir avec ivresse et r(*vendiquer le glaive à la nmin\.. » Sauf en matière de palronage des libérés, TEtat, selon lo mot d'Adam Smith, n'a d'autres l()neli<ms (pie <*elles d'un commissaire de police, (-'est à l'initiative privée seule qu'il appartient de développer la bienlaisance. Troplon^c détend la propriété, le ('ode à la main. ïliiers en cherche les origines dans l'histoire. Barthélémy Saint-Hilaire étudie les conditions d'existence de la a vraie démocratie ». Dans sa brochure sur Le bien-être et la concorde fia Peuple français, (Charles Dupin fournil sur le développement des caisses (l'épargne une intéressante statistique. Il les détend contre « l'écob» anti-sociale (pu conseille au travailleur de consommer sans réserve son salaire en méprisant la prévoyance*. La brochure d'Hippolyte Passy sur Les causes de V inégalité des richesses est un plaidoyer contre le connnmiisme. Les « tracts » de Villermé, de Lélut et d'Adolphe* Blan([ui sont plus utiles et plus pratiques \ On y trouve des renseignements précis sur la réforme de l'hygièni» popidaire, sur l'état des classes ouvrières, sur les associations fondées avant et après la Révolution. Le meilleur de ces traités est celui de Rlanqui. Ce dernier avait prociMlé à une encjuéte personn(*lle dans les villes industrielles de Normandie, de Picardie et du Midi. Il avait étudié les conditions des industriels lextiles, les causes des chômages et visité les garnis et les cloaepies des bas quartiers de Rouen et de Lille. Son livre est un document précieux sur