CHAPITRE CINQUIÈME iSj
perpétuer et de multiplier les services qu'elles rendent aux pauvres. Mais lorsque je me place au point de vue politique, je dis qu'il faut prendre de grandes garanties si vous voulez éviter de grands malheurs^ ». Quelques juriconsultes, Bioche notamment, songeaient déjà à une situation intermédiaire pour les associations déclarées qui, au bout de deux ans, auraient des pouvoirs d'administration et pourraient ester en justice, faire des baux de neuf ans et placer leurs fonds en rentes sur l'Etat*. Sur les dons et legs, les avis étaient hésitants. Quelques membres seulement admettaient l'intervention de rtltat ou celle des tribunaux sur la réclamation des tiers. Directement ou non, ce qu'on voulait, c'était l'émancipation de la charité « devoir politique exigé par les circonstances », l'existence légale rendue aux congrégations supprimées en droit par la Révolution, et leur libre accès à la propriété par la main-morte.
La Commission d'assistance fut moins docile que la Société d'Economie charitable. Montalembert, par sa franchise, fit reculer ses partisans. La thèse de la liberté des congrégations n'a jamais été plus hardiment soutenue :
Aujourd'hui, son action (de la charité chrétienne) est entravée à chaque pas : elle est entourée de mille barrières ; on exige Fintroduction, dans les hospices et hôpitaux, d'économies qui nuisent à Faction charitable des sœurs et ajoutent aux dépenses des pauvres : on refuse aux associations le droit de quête, on prétend ne les laisser vivre que sous le bon plaisir du pouvoir et de r Assistance publique, on les empêche de posséder, d'hériter, et enfin, lorsqu'elles sont reconnues, elles sont encore soumises à l'autorisation du Conseil d'État qui ne motive pas ses décisions. Il faut donc restituer aux associations le droit de propriété (sur) ce qui est rendu aux pauvres, le droit de posséder, ne plus obliger la charité libre de verser ses ressources dans les bureaux de bienfaisance, ne pas maintenir le monopole de l'Assistance publique qui, comme le monopole universitaire, a usurpé sur les droits de l'Église chargée autrefois de l'enseignement et de l'assistance et