‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 99 sur 150 · Numéro du 3i août 1849, p · texte numérisé non relu

Numéro du 3i août 1849, p

2. Séance des 26 el 27 novembre 1849. Archives de la Chambre, dossier n" 169, n' I, p. 65 sqq.

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une petite porte renseignement obligatoire écarté à grand 'peine de la Constitution... » M. de Melun cherche une limite indiquant « que Tobligation est spéciale à qui travaille... » La loi, loin de concourir à Tabrutissement des populations, a pour but de « protéger leur santé et leurs mœurs et d'enlever les jeunes ouvriers... à cette vie dégradante qui les rend incapables d'arriver à la force d'un soldat». Thiers est, cette fois, avec les ultra-conservateurs. « L'obligation de l'école ne fera que fatiguer l'enfant... Elle est un immense danger, car une fois introduite pour une partie de la population, on la réclamera pour toutes* ». Même limitée aux jeunes apprentis, l'obligation de l'enseignement fut rejetée par dix voix contre huit.

Il y eut, dans la Commission, une lutte ardente au moment du choix du rapporteur. M. de Melun s'en explique, non sans ironie :

Beaucoup de membres voulaient me charger de cette grande et dillicile mission. Je la repoussai en alléguant que ma part, déjà assez grande, devait se borner à des œuvres et à des actes, et qu'il valait mieux confier à des hommes d'État, à d'habiles écrivains, r exposé des théories sociales et les généralités économiques.

On avait alors parlé de Berryer et de Thiers, les deux chefs de la majorité. Berryer n y songeait pas, et me dit franchement qu'il ne s'était jamais occupé de ces questions, que d'ailleurs il ne savait pas écrire, et que ce rapport n'était pas un discours mais un livre à faire. Pour Thiers, c'était autre chose ; tout en paraissant le dédaigner, il avait le plus grand désir d'être nommé rapporteur; mais la majorité d'entre nous y répugnait. On redoutait ses conclusions qui ne seraient que des négations, et ses exposés de doctrines qui s'inspireraient d'une i)hilosophie et de principes qui n'étaient pas les nôtres. 11 s'en aperçut et me dit un jour avec son naïf orgueil : « On ne veut pas que je fasse ce rapport, je ne m'en soucie pas, seulement il sera mal fait et ne fera pas honneur à la

I. Arch. de la Chambre, dossier n" 169, n' i, p. 68. Vingt-deux ans après, non sans résistance, il signail avec Jules Simon le projet de loi sur l'enseignement obligatoire; il était alors président de la République.

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Commission. » J'avoue que je travaillai pour lui, non que je partageasse ses idées en économie politique et chrétienne, mais, comme je l'avais dit à mes collègues, il fallait une plume exercée, une voix qui sût se faire entendre, une habitude de discussion et de polémique qui fût à la hauteur des questions qu'on allait traiter, et d'ailleurs ce rapport devait, avant d'être publié, passer par l'examen de la Commission.

Thiers eut quelques voix de plus que Berryer.

11 fît attendre assez longtemps son travail, et quand je le pressai, il prétendit qu'il en écrivait trente pages par jour. C'était un vrai volume tel qu'on i)ouvait l'attendre d'un esprit aussi ingénieux et d'un aussi habile écrivain. Quand il le lut à la commission, on ne songea qu'à applaudir les idées heureuses, les pages charmantes. Il parlait en très bons termes de la charité privée, réfutait très spirituellement les doctrines socialistes, tournait en ridicule les projets de réforme universelle, et si une voix timide lui objectait qu'il avait très bien cond[)attu les j)anacées des charlatans, mais qu'il serait peut-être à propos d'indiquer quelques meilleurs remèdes à des maux qu'on ne pouvait nier, il se rejetait sur la presque impossibilité de les trouver et sur la nécessité pour la pauvre humanité de vivre avec ses maladies, de peur de se tuer en voulant se guérir*.

Au fond, M. de Melun, faisait contre mauvaise fortune bon cœur : il aurait désiré le rapport général ; il se sentait de taille à récrire : la commission d'assistance était son œuvre. Mieux qu'un autre, il en connaissait Tcsprit ; il avait, comme secrétaire assisté à toutes les séances ; il avait suscité les réformes et tracé le cadre des travaux ; personne n'aurait pu être un interprète plus autorisé. Si Thiers se mit en avant, ce ne fut pas seulement par ambition, par désir de se pousser au premier rang, ce fut aussi par crainte du « socialisme » d'Armand de Melun dont les tendances Teffrayaient. Il ne s'en remettait qu'à lui-même de la bataille à mener et du mot d'ordre à donner aux milices conservatrices de la rue de Poitiers, mobilisées pour la défense de la famille, de la religion et de la propriété.

Dès juillet 1849, Thiers fut élu par 16 voix sur 29 votants, Berryer en obtint 8, Rémusat 2, Mgr Parisis 2 et Raudot i.

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