TRAITEMENT AVEC HOSPITALISATION
Contrairement aux préjugés populaires les maladies mentales aiguës sont d’une curabilité remarquable : l'hygiène suffit presque à les guérir sans aucune autre thérapeutique. On peut pressentir, d’après cela, combien nous serons puissants contre ce mal, le jour où on aura isolé les causes intimes de la folie (causes peut-être humorales, métaboliques, etc.), En attendant, puisque l'hygiène seule est notre arme actuelle, faisons-lui donner tous les résultats qu’on en peut attendre. |
La première condition, dans ce but, est la précocité du traitement hygiénique : 75 v/o des maladies mentales curables, guérissent en effet dans les six premiers mois — 90 o/o dans la première année. La simple logique prescrit donc de faire avant tout en sorte que le sujet menacé ou déjà atteint par le mal, se soumette au plus tôt aux règles nécessaires. Or, d’après l’organisation actuelle, il semble que tout ait été fait pour éloigner le malade des soins indispensables... L'hôpital, eu effet, se déclare incompé tent et refuse l’hospitalisation. La clinique spéciale
db Li dar é PTT
LM L + La, 4 #.
-ai
nn SL : »Jer .
n'existe pas en France L’asile d’aliénés exige des trou-
bles si avancés, et imprime en tous cas une tare si redoutable que le patient ou sa famille n’ont qu’une seule pensée : différer le plus possible d’avoir recours
à ce moyen extrême... exactement l'inverse de ce que
commandent la raison et la science.
L’étranger nous montre la voie, que la France aurait dû être la première à tracer pratiquement : En Amérique, en Allemagne, en Angleterre, etc., des services spéciaux mais libres accueillent ces malades qui demandent secours, leurs fournissent le repos, l'hygiène mentale nécessaire, et les laissent partir, aprèsguérison, sans plus les entacher que les autres
cliniques où les patients peuvent être soignés pour
des maladies quelconques.
D'ailleurs, les syndromes mentaux se produisent dans une foule de cas « somatiques » (stupeur dans la typhoïde, délires dans les fièvres, hallucinations dans l’anesthésie, les intoxications, etc.). Certains troubles analogues doivent-ils rester « infamants » parce que nous en connaissons moins le mécanisme ?
Cette question est, d’ailleurs, d'autant plus émouvante qu’elle concerne un certain nombre de psychopathes de guerre : aussi, les D'° Toulouse, Briand, Genil Perrin, ont-ils, dès le début de l’année, soumis au Conseil général de la Seine, le rapport suivant qui expose nettement, à côté de la grande détresse de ces malades, les détails techniques des organisations à créer.
LEs SERVICES OUVERTS DANS LES ASILES D'ALIÉNÉS DE LA SEINE
Rapport et vœu soumis au Conseil Général par les D" Toulouse, Briand, Genil Perrin, au nom de la Ligue de prophylaxie et d'hygiène mentales.
« La Ligue de prophylaxie et d'hygiène mentales désire soumettre au Conseil général de la Seine un problème d’assistance qui appelle une solution pressante.
La guerre, en multipliant, surtout parmi les blessés du crâne et les commotionnés, le nombre des psychopathes légers a attiré l’attention sur cette catégorie de malades. Le gouvernement militaire de Paris, sur Finitiative de M. le médecin-principal, M. Briand, alors chef du service central de psychiatrie, avait créé le mode nouveau d'assistance qui convenait à des psychopathes dont l'internement n’était pas nécessaire. Pour ces malades, qui furent désignés sous le terme de petits mentaux, on organisa dans les asiles de Maison Blanche et Ville-Evrard des services ouverts non soumis à la loi de 1838, visant le régime des aliénés.
Mais Les services créés ayant été fermés après la guerre, ces psychopathes sont restés sans secours. D’après la loi dù 31 mars 1919 ils ont droit à l'assistance, mais en fait, cette loi est inopérante parce qu’il n'existe pas de services hospitaliers pour les recevoir. Les hôpitaux ne les reconnaissent pas comme atteints de maladies réclamant des soins urgents ; et les asiles ne s'ouvrent que pour les individus qui sont dans les conditions requises pour y être internés selon les formalités de la loi de 1838.
Or, ces psychopathes, laissés sans direction, sont bien souvent incapables de se réadapter à la vie sociale. Ils exercent sur leur entourage une influence défavorable et restent tous plus ou moins diminués dans leur productivité, et peuvent être poussés à des réactions antisociales, alors que beaucoup d’entre eux pourraient être rééduqués et récupérés par des soins et une direction appropriée, et cela est une perte pour la collectivité française déjà si appauvrie en travailleurs par la guerre et la dépopulation.
Ces malheureux, intéressants en raison de l'origine de leurs maux, ne se différencient d’ailleurs pas de ceux tombés malades dans la vie civile, et dont l’administration et les médecins ont eu de tout temps à s'occuper. Nous voulons parler des malades atteints de troubles psychopathiques assez
“légers pour pouvoir vivre en liberté, et suffisants cependant pour les empêcher de mener une vie normale et d'exercer un travail suflisamment productif. Ils constituent la masse des névropathes, neurasthéniques, psychasthéniques, hystériques, tous ces obsédés phobiques ou impulsifs que Magnan
ET yo
avait réunis dans son groupe des dégénérés, et qui ne sont
que des modalités de ce que les aliénistes ont toujours déerit sous les termes de folie avec conseience. Car la folie est séparée de l'équilibre mental par des degrés insensibles. Et, ce qui rapproche tous les malades, qu'ils appartiennent à la simple névropathie ou à l'aliénation confirmée, c’est l'origine semblable (influence de la prédisposition, surtout héréditaire, causes occasionnelles représentées par la fatigue, les émotions, les intoxications) ; c’est aussi une constitution commune caractérisée par une grande fatigabilité et une faible résistance aux causes perturbatrices.
C'est également le fait que les mêmes malades passent facilement, au cours de leur existence, d’un état psychopathique bénin à un état grave ; c’est enfin. que les mêmes traitements physique ou psychique leur sont applicables.
Or, dans l’organisation actuelle, la loi a prévu l'assistance
de tous les faibles, malades, enfants, vieillards, infirmes et femmes enceintes. Seuls les psy chopathes ne sont obligatoirement secourus par aucun organisme adapté à leur état. La loi de 1838 sur le régime des aliénés est la seule quipuisse leur être appliquée. Mais, au-moment où elle a été élaborée, les pouvoirs publics étaient plus préoccupés par la défense de la société que par l'intérêt des malades. C'estpourquoi elle a imposé la procédure de l’internement à tous les psychopathes. De cette manière, un fossé a été creusé entre les formes inoffensives et les formes antisociales de l’aliénation, et les premières sont restées,en fait, en dehors de tout mode d'assistance. Aussi, dans le mouvement qui a créé des dispenpensaires pour les maladies « physiques », on n’a pas encore fait de place aux maladies « psychiques ».
C'est là l'origine du préjugécontre tousles aliénés et contre les établissements qui leur sont affectés, préjugé grave qui accompagne d'une tare tous les individus supects de troubles psychiques mêmes légers outransitoires,et qui fait écarter de l'asile les malades dans la période du début où ils seraient le plus facilement curable. Une des plus graves conséquences de de cette situation, car il est bien établi que la chronicité des troubles mentaux est liée au manque de soins précoces et que les individus atteints de troubles mentaux aigus et transitoires ne sont pas amenés à l'asile. C'est ce préjugé qui a le plus poussé à la création dans les hôpitaux de services de
«délirants aigus », qui ne sont, le plus souvent, que des ser-
vices de fortune. Le personnel de surveillance et les locaux ne sont guère adaptés à ce genre de malades, et ne leur assure pas notamment contre le suicide, une sécurité suilisante. Et malgré la valeur des médecins qui en sont chargés on peut craindre que les malades ne puissent recevoir les soins que leur donneraient des aliénistes.
Or l'expérience de la guerre a montré l'importance d'une organisation et d’une conception très spécialisée; dans son service de Villejuif, le D: Colin a pu obtenir 800 guérisons sur 1.500 militaires traités.
den our PNA For RARE: is Ars
De toute manière, une lacune grave apparaît dans l’assistance des psychopathes, qui reste soumise à des conceptions périmées ; il manque un mode d'assistance libérale, qui soiten harmunie avec l’état actuel de la science psychiâtrique et ue la mentalité générale. Et cette lacune aboutit généralement à transformer des malades en chroniques, plus ou moins perdus pour l'activité productrice et dont beaucoup finissent par tomber complètement à la charge du département. 2
Aussi,un mouvement s’est marqué depuis quelques années, surtout à l'étranger, én faveur de l'assistance des psycho- k pathes, qui tend à réduire le plus possible les formalités de : placement. L’on cherche de plusen plus à n’interner les psychopathes qu'après un passage dans un service ouvert, et 4 quand leurs troubles impliquent des réactions dangereuses. Et les chroniques inoffensifs comme les convalescents, bénéficient de modes d'assistance plus libéraux. La vérité c'est £ que beaucoup de malades de nos services pourraient jouir d'une liberté égale à celle des malades des hôpitaux. C'est aux Etats-Unis qu'on a perfectionné ces formes nouvelles d'assistance, Il existe un grand nombredecliniques ouvertes où les psychopathes sont admis librement ou avec un minimum de formalités ; car on a observé qu'ilen était de la folie comme de la syphilis:toutes les mesures coercitives renforcent la répulsion contre les établissements traitants et vont à l'encontre du but qu'ils se proposent.
En outre les grands centres possèdent des dispensaires psychiatriques où les aliénistes, aidés d'infirmières visi- ; teuses spécialisées (assistantes sociales) accomplissent un premier triage. Les psychopathes sont dépistés dans les divers milieux (familles, écoles, ateliers, prisons). On x cherche à soigner et à dirigerces individus de manière à leur éviter l’hospitalisation, toujours coûteuse à la collectivité. On suit de la même façon les malades sortis guéris des asiles alin de prévenirdes rechutes en favorisant leur réadaptation à la vie sociale.
On remarquera que ce procédé de lutte prophylactique est exactement celui qu'on emploie contre les maladies « physiques » comme la tuberculose et la syphilis. Et c'est dans cetesprit que les Américains ont créé, contre la psychopathie, une vaste organisation prophylactique dirigée par le: Comité national d'hygiène mentale. Le but de son action estessentiellement pratique, et vise à éviter à la collectivité par des mesures préventives, les pertes en travail et en frais d'hospitalisation qui résultent d’un mauvais système d'assistance. En France, on est à peine entré dans cette voie : il
convient de citer, cependant, l'établissement de Fleury-les- Aubrais, près Orléans, qui, sur l'initiative du D'Raynau est ouvert à des malades non internés. Signalons encore la clinique d'Esquermes, à Lille, dirigée par le Professeur Raviart, où les malades sont placés temporairement.
7e, Nr
han
— L'expérience la plus large a été faite pendant la guerre par le gouvernement militaire de Paris.
Des militaires psychopathes ont été soignés à l'asile de Maison Blanche, dans des services ouverts, et les résultats ont répondu au but poursuivi. Mais il convient d'aboutir à une organisation durable et plus vaste, d'autant plus que ce mouvement d'assistance libérale était parti de chez nous il y a plus de vingt ans sous l'impulsion du D: Toulouse, dont les efforts dans ce sens n'ont pas cessé.
. Dès 1899, la commission mixte chargée d'étudier les questions intéressant l'hospitalisation des aliénés, avait demandé des pavillons ouverts dans les asiles. Et le Congrès international de Médecine mentale de 1900 émit un vœu dans cet esprit. Le professeur Ballet, faisant siennes ces idées d’hospitalisation sans internement, a poursuivi le même but. La création du Comité d'hygiène mentale (12 avril 1920) et dela Ligue de prophylaxie et d'hygiène mentales (8 décembre 4920) montre que la question a vraiment mûri et que l'on peut sans danger aujourd'hui entrer dansles voies de réalisation prudente. | |
Il importe de reconnaître tout d'abord, qu'il n'existe, dans la Seine, aucun organisme adapté à la sélection et au traitement des psychopathes d’après les principes libéraux appli- ‘qués dans les autres pays.
C'est pourquoi il convient d'étudier l'organisation des disem et des services ouverts pour les psychopathes
ibres. Il n’est pas douteux que la loi de 1838 qui a prescrit l'assistance aux aliénés sous la forme seule de l’internement, fut dans son principe destinée à assurer l'assistance de tous les psychopathes. C’est donc au département qui en a la charge à la réaliser sous une nouvelle forme. Le Conseil général de la Seine est déjà entré dans cette voie libérale où la philanthropie s’allie à un sage esprit de prévoyance, en autorisant le placement volontaire des malades appartenant au département de la Seine, et sans faire dépendre cette mesure de leurs ressources personnelles, comme le font la généralité des départements. La place de ces services départementaux est rationnellement indiquée dans les asiles départementaux d’aliénés qui sont, d'autre part, les mieux adaptés à ces genres de malades par leur personnel médical et infirmier et aussi par la disposition des locaux. Il y aurait lieu de commencer par l’Asile clinique, qui, situé dans Paris, est le plus à mème de remplir le rôle qui lui serait imparti. Mais si l'expérience réussit, on en arrivera à créer soit des services soit des quartiers ouverts dans les asiles extérieurs.
On pourrait faire de la place en évacuant en province un certain nombre de malades chroniques et non susceptibles de bénéficier de ce nouveau mode d’hospitalisation.
Les services libres projetés devraient être ouverts avec un droit de priorité aux pensionnés de la guerre, mais pour
— 96 — les motifs exposés plus haut ils devront recevoir aussi les malades hommes et femmes de la population civile. La mesure est-elle légale ? Rien dans la loi de 1838, selon les avis les plus autorisés, ne s'oppose à cette initiative.
C’est notamment l'avis de M. Rondel, inspecteur général des services administratifs au Ministère de l'Intérieur. D'ailleurs, ilexiste dans les hospices de Bicêtre et de la Salpétrière, des services fermés à côté des services hospitaliers ouverts, et même, dans les services d’épileptiques de Bicêtre, des quartiers ouverts contigus à des quartiers fermés.
Comme c’est la règle, l'initiative, ici, préparera la loi. Ge fut d’ailleurs le Conseil Général de la Seine qui, il y a plus de vingt ans, à l'instigation du D' A. Marie, a créé les colonies familiales, que la nouvelle loi sanctionnera un jour.
Une opposition pourrait-elle venir des communes à la charge desquelles on mettrait l'assistance aux psychopathes en dehors des prescriptions de la loi de 1838 ? S'il en était ainsi, le Conseil Général pourrait décider que, étant donné son caractère d'initiative généreuse, et d’intérêt général, ce nouveau mode d’assistance serait inscrit, comme le service des enfants assistés, directement sur le budget départemental, avec récupération des frais sur les malades ou leurs familles.
En principe, les places pourraient être réservées aux malades ayant leur domicile de secours dans la Seine, et, sur l'autorisation de l’administration à des malades étrangers au département et dont la situation serait particulièrement intéressante. Mais, pour que ces services soient rigoureusement affectés à des malades dont l'hospitalisation serait utile, un dispensaire de triage sera nécessaire comme cela l'a été reconnu en Amérique.
L'organisation de services ouverts dans les asiles serait le moyen le plus eflicace pour lutier contre le préjugé qui s'attache aux asiles et aux aliénés, et qui n’en disparaîtra que lorsque ces établissements se rapprocheront davantage (par suite d'adjonction de services ouverts) des établissements hospitaliers ordinaires. On pourrait alors remplacer le nom d’asiles d'aliénés par les noms d’hôpitaux placés sous le patronage de grands noms de la science psychiatrique. Ce ne sont d'ailleurs 1à, que des suggestions dont le Conseil Général pourra s'inspirer s’il le juge bon, en vue de faire un essai de ce mode nouveaud'’assistance. »
A la suite de ce rapport, La Ligue :
Considérant Que l'assistance des psychopathes lucides et inoffensifs n'est pas assurée dans le département de la Seine, où n'existent que des asiles fermés, soumis, pour les
formalités d’internement, aux prescriptions rigoureuses de Ja loi de 1838 ;
- Que cette forme d’assistance, qui ne répond plus à l’état de la science psychiatrique ni à la conception moderne de l'assistance, est particulièrement injuste à l'égard des anciens
militaires qu'on a désignés sous le terme de « petits mentaux » ;
Que l'assistance dans les services ouverts a été réalisée avec succès pendant la guerre par le Gouvernement militaire de Paris aux asiles de Maison-Blanche et de Ville- Evrard, et qu'elle est de plus en plus largement assurée dans divers pays, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suisse, sous forme de services ouverts et de dispensaires ; |
Que cette forme nouvelle d'assistance prend le mieux les intérêts des malades et ceux du département, en réalisant
- la prophylaxie des troubles mentaux, en évitant leur passage
à la chronicité et en rapprochant davantage les asiles des hôpitaux ordinaires, tout en assurant aux malades les soins de médecins et d’un personnel spécialisés, dans des locaux Spécialisés ;
Emet le vœu : Que le Conseil général assure l'assistance des psychopathes lucides et inoffensifs dans des services ouyerts placés dans les asiles de la Seine.
Nous croyons ce plaidoyer suffisamment éloquent pour gagner à la juste cause des malheureux psychopathes,la pitié dontonentoure touslesautres malades ; le programme technique qu'il contient est d’une
réalisation matérielle facile, qui ne dépend que d’une bonne volonté : nous voulons espérer que ces appels
seront entendus.