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CONCLUSIONS

L'association agricole a pris dans les Ardennes une importance qu'on ne peut lui dénier. Les services qu’elle rend, sous quelque aspect qu’on la considère, sont des plus appréciables, les chiffres en seraient une preuve suffisante, si la fidélité des premiers adhérents et l’extension toujours corissante des œuvres de solidarité ne venaient renforcer encore la conviction que c’est faire œuvre utile que de propager l’idée d’association.

Il se trouve encore cependant un trop grand nombre de réfractaires ou d’indifférents, et ia statistique fait voir qu’il reste en dehors de groupements agricoles la majorité des cultivateurs.

Les C'omices comptent au total 2.587 membres Bien que leurs statuts portent généralement que le dixième au plus peut-être pris en dehors

des agriculteurs, fort souvent cette proportion est dépassée ; d'autre part, un certain nombre de personnes font partie de plusieurs sociétés. On peut par conséquent ramener à 2.200 environ le nombre des adhérents cultivateurs. Or, ces derniers sont 21.357. C’est done un exploitant sur dix qui entre dans ces sociétés. Ceux qui restent en dehors sont, pour la presque totalité, les petits exploitants, qui n’ont pas recours au travail d'autrui. On ne peut leur faire grief d’économiser et le montant de la cotisation, et le temps consacré aux séances des comices. Les plus travailleurs, ceux qui tiennent au progrès» se rencontrent cependant chaque année dans les concours, souvent méme à titre d’exposants, et s'intéressent ainsi aux travaux des sociétés agricoles. Il semble bien qu'on ne puisse leur demander davantage.

Une autre remarque s’impose : dans les Ardennes, tous les Comices et Cercles agricoles ont l'arrondissement pour circonscription ; ces mêmes sociétés, au contraire, sont cantonales dans un certain nombre de départements. Chacun des deux systèmes a ses avantages et aussi ses inconvénients. Les sociétés cantonales sont forcément moins nombreuses, et leurs concours ne peuvent être aussi brillants. Par contre, ils sont plus fréquents dans la même région, puisqu'ils y

reviennent chaque année, et les populations s’y intéressent plus directement. Le côté faible du système, à notre avis, réside dans ce fait que tous les cantons n’ont pas de comices, que ce sont les moins riches qui en sont dépourvus, n'ayant d’autres ressources que les grands concours des sociétés départementales, où ne se hasardent généralement que les gros exploitants.

Notre préférence est donc acquise au système ardennais, dont les sociétés, suffisamment puissantes, organisent des concours remarquables, qui stimulent le zèle des éleveurs et des constructeurs. Leurs décisions, leurs avis, ont, d’autre part, plus de poids auprès des autorités administratives.

Les Sociétés d’'horticultur: sont véritablement trop peu nombreuses. Par l’attrait qu’exercent les concours et expositions des sociétés existantes, par le succès toujours croissant de la plus récemment créée, celle de Rethel, il est facile de se rendre compte qu’elles répondent à un besoin, et on est en droit de se demander pourquoi des cités comme Vouziers, Givet ou Rocroi ne tiennent pas à honneur d’avoir, elles aussi, leur société d’horticulture.

Quant aux Jardins ouvriers, ils sont en assez grand nombre pour classer le département en

un rang fort honorable, mais insuffisants toutefois si l’on considère que quatre localités seulement en sont pourvues et qu'il est cependant des centres ouvriers multiples à qui cette institution rendrait les services les plus éminents. La vallée de la Meuse, notamment, si industrieuse, et, d'autre part, si dépourvue de fruits et de légumes, qui s’approvisionne à des prix élevés sur le marché de Charleville, trouverait sûrement, malgré son peu de largeur, des espaces suffisants pour créer ces jardins où sa population trouverait par le travail en plein air, aux heures de liberté que laisse l’usine, une salutaire dérivation à son dur labeur de la forge ou dun laminoir, en même temps qu’elle se créerait des ressources nouvelles fort appréciables. (C’est la première impulsion qui manque, sans doute.

Ne se trouverait-il pas une municipalité pour en prendre l'initiative, quelque homme dévoué qui se chargeât des travaux d’organisation ?

6.319 hommes et femmes sont inscrits aux Syndicats déciarés à la préfecture des Ardennes. Un certain nombre font double emploi, étant à la fois d’un syndicat local et du syndicat départemental. Par contre, dans les syndicats ou sections non déclarés, qui sont rattachés au Syndicat de la Champagne, figurent un certain nombre d’autres syndicalistes. On peut donc évaluer

à 7.000 environ les cultivateurs ardennais faisant partie d’un Syndicat agricole. En rapprochant ce chiffre des 21.357 exploitants que le recensement accuse, on constate que la proportion des affiliés est à peu près du tiers.

Se trouve ainsi confirmée l'opinion générale. ment admise que les syndicats agricoles répon” dent à un réel besoin, et que le Parlement doit se préoccuper, non pas de restreindre des droits sans doute acquis prématurément, mais de les consolider par une législation aussi libérale que possible. |

Les syndicats agricoles peuvent se ranger en deux catégories, ceux qui se préoccupent uniquement de traiter pour leurs membres les achats de matières nécessaires à leurs exploitations, et ceux qui abordent en outre la fondation d’autres œuvres qui créent de véritables liens de solidarité.

De ce nombre, le Syndicat départemental dont dépend la caisse de réassurance contre la mortalité du bétail, le Syndicat de la Retourne, à Poilcourt, qui a créé des sociétés plus restreintes pour le battage des récoltes, la tonte des moutons, ete. Mais ce sont les syndicats rattachés au Syndicat de la C'hampagne qui sont entrés le plus résolument dans cette voie, ne perdant jamais de vue leurs membres, multipliant les

œuvres diverses qui permettent de se les attacher davantage, les attirant à des assemblées générales agrémentées de fêtes, créant ainsi, par dessus les petites associations, un courant de sympathie qui chaque jour acquiert de nouvelles forces. Le mysticisme indéniable dont s'entourent ces syndicats vise au renforcement d’un parti politique, dit-on. Nous ne voulons Pas nous prononcer sur ce point, ayant dit déjà que c’est un droit pour tous d’user des armes légales. Nous constaterons toutefois que c’est parmi ces syndicats que s’est propagée à peu près uniquement la pratique des achats de denrées autres que celles nécessaires à la culture, achats qui ont provoqué les actions en justice dont la conséquence fut l'arrêt de 1908. N’avaient-ils pas l'intention, par là, de s'attacher aussi bien la femme qui dirige le ménage, que l’homme qui traite des affaires plus générales ? Ne voulait-on pas retenir davantage les uns et les autres, leur rendre le syndicat indispensable, et par lui les guider plus sûrement ? La présence fréquente de prêtres à la tête de ces Syndicats ou dans leurs conseils d'administration a certainement contribué à répandre cette idée. Nous ne pensons pas que les pouvoirs publics aient lieu de s’émouvoir outre mesure de la Propagande politique que pourraient faire les dirigeants desdits Syn-

dicats. Lè où ils gagnent le plus de terrain se dressent à côté d’eux, en face d'eux, des syndi- Cats de tendance opposée. « Je n’ai fondé un syndicat, nous écrit un de nes eorrespondants, ‘que pour retenir les cultivateurs de mon village qui voulaient entrer au Syndicat catholique de la commune voisine . » Il est regrettable sans doute d’avoir à constater que desipstitutions si utiles ne sont issues parfois que d’un sentiment de rivalité politique: mais il convient; de le constater quand même, ne serait-ce que pour essayer d’asseoir sur une base plus généreuse et plus noble, la propagande utile, nécessaire, urgente si l’on veut, en faveur des syndicats, d’où peuvent sortir ensuite tant d'œuvres de solidarité, destinées à unir et non à séparer, dont l’aboutissement final doit être, avec:le: progrès matériel, la réalisation d’un idéal moral qui chasse la haine par l’amitié et la concorde,

La pratique de la Coopération proprement dite est à peu près nulle dans les Ardennes. Les syndicats, tels qu’ils fonctionnent, ne sont au fond, il est vrai, que des coopératives de consommation. Mais, à part les deux laiteries de Carignan et d’'Avaux-le-Château, aucune autre coopérative de production ou de vente. On a bien esquissé dans la région du Chesne la création d’une coopérative de vannerie, celle-ci figure même

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dans certaines statistiques, mais elle n’existe que là.

Il y aurait place cependant pour des coopératives de belle envergure :

1° La vente des céréales se fait aujourd’hui par l’intermédiaire des courtiers de commerce qui fréquentent les agences de Charleville, Rethel, Vouziers et Reims. Ce sont eux qui établissent les prix en se basant sur des données dont les producteurs n’ont que rarement une vague connaissance, et dont ils subissent l’influence sans la discuter. Ce système n’est pas normal, puisqu'il ne met pas en présence deux parties contractantes disposant d'armes égales: d’un côté, une demande qui n’est pas toujours en rapport avec les besoins, qui trop souvent ne s'appuie que sur la spéculation, et qui procède par une entente étroite entre tous les acheteurs ; de lPautre, une offre mal renseignée, qui se fait au hasard, sans cohésion, stimulée souvent par la nécessité de vendre à tout prix, l’argent faisant défaut.

Des coopératives bien conduites acquerraient vite de la puissance et traiteraient à égalité d'armes avec le commerce ou directement avec Pindustrie;-elles pourraient aussi se porter adjudieataires des fournitures pour le compte de l'Etat. De toute façon, l’influence du vendeur

pourrait désormais peser sur les cours, alors que maintenant celle de l’acheteur est seule à s’exercer.

2° La culture de la betterave a aussi son importance dans les arrondissements de Rethel, Vouziers, voire même Sedan. Quatre sucreries et neuf distilleries, avons-nous vu, travaillent la betterave, mais toutes au compte de particuliers ou de sociétés commerciales. Il serait téméraire de provoquer la coopération pour la fabrication du sucre, qui nécessite une installation très coûteuse, une direction scientifique et financière dont les coopérants français, trop timides encore, n’oseraient certainement assumer la responsabilité. Il n’en est pas de même des distilleries. Un essai, du reste, a été tenté en 1900, dans un centre que nous ne croyons pas devoir désigner : fles 100 hectares nécessaires à l’exploitation étaienttrouvés, les fonds indispensables à la mise en marche étaient souscrits, l'emplacement de l’usine déterminé, les statuts provisoirement admis, le conseil d'administration élu, dans une séance que chacun croyait décisive. Le lendemain, tout ce bel édifice était démoli. Deux ou trois des administrateurs nommés ne plaisant pas à quelques ‘propriétaires, ceux-ci retirèrent leur adhésion au moment de la confirmer par écrit. De guerre lasse, les organisateurs, dont nous

étions, abandonnèrent une tâche qu’ils considéraient comme désormais impossible.

Ne vaudrait-elle pas d’être reprise ? En dix ans, les idées progressent ; l’idée d’association notamment à fait du chemin, beaucoup de chemin. La législation elle-même s’est amendée : la loi de 1906 aide à mettre les coopératives sur pied en les subventionnant largement. Il suffirait sans doute qu’un homme d'initiative reprit l'affaire pour la mener à bonne fin. L'exemple de la vallée de la Suippe (Marne) y aidera sans doute, car les cultivateurs viennent d’y créer une distillerie coopérative qui réussira, espérons-le, et servira d'exemple à d’autres. La découverte d’un dénaturant à bon marché qui vulgarisât l’usage de l’alcool dans l’industrie ne pourrait également que stimuler les agriculteurs.

3 Nil à été question au (C'hesne d’une coopérative de vannerie, c’est que la chose avait paru possible. Pourquoi n’en pas poursuivre la réalisation ?

4 Plusieurs cantons de la région centrale sont grands producteurs de fruits à cidre. Ils gagneraient certainement à introduire dans leurs essences les fruits de table et la coopération pourrait leur en faciliter l'écoulement. Nous ne pouvons mieux faire à ce sujet que d'extraire

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du rapport sur le budget de 1912, par M. Fernand David, la citation qu’il fait lui-même de l'ouvrage de M. Bellettre, le Marché anglais des fruits.

« L'association, dit M. Bellettre, rend d’abord possible l'édification des magasins nécessaires pour la conservation et l'emballage des produits ; la construction de ces bâtiments exige un capital relativement élevé, qu'une collectivité forme aisément.

« Avec le système coopératif, l’acquisition des emballages indispensables devient moins onéreuse par la passation de contrats relativement importants avec les fabricants ; ceux-ci, nantis d’ordres considérables, peuvent acheter leurs matériaux aux prix les plus avantageux et accorder en retour à l'association des concessions exceptionnelles. Rien n'empêche d’ailleurs les grandes coopératives d’annexer à leur magasin un atelier de réparation et mêmede fabrication d'em. ballages, añn de réaliser une nouvelle économie.

« La coopération des producteurs permet aussi l'affectation d’un personnel spécial expérimenté à l'emballage des fruits et rend ainsi cette délicate opération plus rapide et moins coûteuse pendant que les adhérents, libérés de toute préoccupation de ce côté, peuvent se consacrer entièrement à leurs travaux agricoles.

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« Elle fait participer en outre chacun des membres de l’association au bénéfice des concessions tarifaires octroyées par les Compagnies de chemins de fer ou de navigation pour les grosses expéditions ou des courtages réduits consentis par les commissionnaires britanniques pour les fortes consignations ; elle les exonère des charges résultant de lPhabitude qu'ont les compagnies d’arrondir les poids réels, en faisant, par exemple, payer 30 kilogrammes à un colis qui ne pèse que 20 ou 22 kilogrammes ; elle leur fait réaliser les mêmes économies dans les frais de camionnage et leur évite le payement des droits de timbre et d'enregistrement, qui frappent chaque expédition partielle. »

5° Enfin, dans les régions d'élevage, les herbagers n'auraient ils pas davantage à se grouper pour organiser l'écoulement méthodique de leurs produits ?

Autant de branches, nous semble-t-il, où la coopération est possible. Que le signal en soit donné par un homme connu pour sa pratique des affaires et sa haute probité, des hommes de bonne volonté se trouveront en nombre suffisant pour propager ensuite l’idée et en faciliter Papplication.

La pratique de la Mutualité contre la mortalité du bétail est loin d’avoir atteint dans les

Ardennes l’importance qu’elle pourrait acquérir. 1.892 propriétaires seulement sont entrés dans les diverses sociétés, quand leur nombre total s'élève à 21.357. La moyenne est donc de un onzième environ. Elle est trop faible. Il n’y a pas lieu de désespérer toutefois : la propagande active que fait en faveur de l’œuvre le dévoué professeur départemental, M. Fiévet, dans ses conférences de la saison 1911-1912, ne peut manquer de porter ses fruits. l’exemple des assurés qui ont été victimes de sinistres et qui, tous, ont régulièrement et mathématiquement touché 70 ou 80 % du montant de leurs pertes, doit lui aussi exciter à la prévoyance. Mais, ainsi que nous l’avons remarqué, des régions entières n’ont pas de caisse. Peut-être se trouve-t-il néanmoins dans des communes qui n’en comptent pas des propriétaires désireux de s'assurer à une mutuelle et qui sont dans l’impossibilité de le faire, faute de coassociés en nombre suffisant. (est alors, semble-t-il, que s'impose la création de caisses cantonales, analogues à celles d’'Omont, Carignan, Grandpré, ete. N’appartiendrait-il pas aux élus, conseillers généraux, conseillers d’arrondissement et maires, d'en prendre linitiative ?

Les Ardennes ne connaissent pas la Mutualité- Accidents. Il est vrai que, pour la France entière,

c'est également dans ce domaine qu’elle s’est développée le fnoins. En faut-il chercher la cause dans la crainte de trop grands risques à faire courir aux sociétés ? Les Compagnies accusent plus de pertes que de gains dans ce compartiment de leurs portefeuilles. Mais leurs opérations portent sur les accidents prévus par les lois de 1898 et 1899, envisagés comme conséquences du risque professionnel, accidents que le législateur considère lui-même comme plus fréquents, parce que causés par des moteurs inanimés.

L'assurance mutuelle contre les accidents agricoles englobe, au contraire, les accidents survenus dans les exploitations qui n’utilisent pas ces moteurs. Elle assure donc les risques qui tombent encore et uniquement sous le coup de l’art. 1382 du Code civil. Elle est, par conséquent, de la plus haute utilité, et le succès qu'a rencontré la société « La Sarthoise », qui étend son action sur tout un département, la réussite des nombreuses sociétés locales qui viennent de se fonder en Indre-et-Loire, sont un sûr garant et de la prospérité des associations elles-mêmes et de la vogue dont elles jouissent, parce qu’elles répondent à un réel besoin. « Les petites mutuelles-accidents ont un rôle très intéressant à jouer. Elles permettront, entre les adhérents habitant tous la même commune, un contrôle.

et une surveillance qui empêcheront les fraudes inévitables pour les grandes sociétés. » !

Rien ne s’opposerait, du reste, à ce que chaque département créêt une fédération des mutuelles locales, qui opérerait la réassurance. comme cela se pratique pour les mutuellesbétail. Mais, au premier degré de l’assurance, les mutuelles rurales répondent mieux que les mutuelles départementales au but que l’on doit sc proposer. Les adhérents se connaissent tous, le contrôle est facile à exercer, les frais de gestion sont moins élevés.

Le Crédit aï:zricoie, dans les Ardennes, est certainement une des institutions les mieux organisées. Il étend son rayon d’action sur l’ensemble du département, et fonctionne avec une régularité parfaite, donnant des résultats fort appréciables, du moins pour, le crédit à court terme. Le crédit à long terme est de création trop récente pour que l’on puisse porter un jugement sur son application.

La vogue dont jouit le crédit * court terme est l’indice certain que le cultivateur ardennais en apprécie tout le mérite : la ponctualité avec laquelle se font les remboursements, le peu de renouvellement de papier qui est demandé,

1. Louvrz: L'Association mutuelle agricole en France (thèse de la Faculté de Caen, 1911).

démontrent surabondamment que les emprunteurs sont justement pénétrés de l’esprit même de la loi qui a voulu, par les avances qu’elle consentait, permettre la culture intensive à ceux qui manquaient des disponibilités nécessaires. Grâce à lui, le cultivateur donne au sol l’engrais complémentaire dont il n'aurait pu faire les frais sil lui avait fallu emprunter dans les conditions ordinaires ; il fait un choix judicieux dans les semences sélectionnées qu’il achète, au lieu d'utiliser maladroitement, toujours la même graine provenant de sa récolte, et qui finit par dégénérer. Le crédit facile et à bon compte lui permet encore de ne pas vendre toutes ses récoltes au lendemain de la moisson parce qu’il a besoin d’argent ; mais il attend, au contraire, le moment favorable.

Par lui, le cultivateur est devenu moins routinier, plus calculateur : il sait, en effet. se rendre compte de l’avantage qu’il retire d’un emprunt, ayant calculé ce qu’il lui coûtera en intérêt et autres frais, et ce qu'il lui rapportera en plus-values diverses. Le crédit a donc contribué à introduire dans la pratique agricole les méthodes industrielles, et habitué l’homme des champs à tenir une comptabilité régulière, à acquérir même plus d'indépendance, n'étant pas dans la main de préteurs occultes.

Ne serait-ce pas le moment de faire valoir que le Crédit agricole n’a rencontré aucune sympathie chez les fabricants de sucre et les distillateurs, qui tiennent à faire eux-mêmes les avances de graines et d'engrais? Nous ne nous permettrons pas d’appronfondir cette question et de rechercher quel intérêt les guide. Mais nous ne sommes pas éloigné de croire que leur but n’est pas seulement d’assurer la qualité de la récolte par l'emploi de matières dont ils ont reconnu l’efficacité, mais encore de s’attacher plus sûrement les fournisseurs de betteraves qui, ayant un compte ouvert à l’usine, subissent plus facilement leurs memes exigences.

Il ne faudrait pas croire que toutes les Caisses voient leurs rentrée s'effectuer aussi régulièrement que les caisses ardennaises. Tout proche de là, dans le vignoble champenois, la crise de ces dernières années a, en effet, obligé beaucoup d’emprunteurs à demander le renouvellement de leur papier, pour un an, puis pour deux ans. Les Caisses ont dû alors, pour se mettre à couvert tout en faisant fléchir la rigueur de leurs statuts, exiger une garantie plus grande que, souvent, les débiteurs n’ont pu trouver que chez leurs acheteurs de raisin, les fabricants de champagne. Combien alors ont dû hypothéquer leur patrimoine, et se trouvent ainsi liés pour les

marchés de l'avenir ! Ne serait-ce pas dans de telles circonstances qu’il conviendrait de propager le crédit à long terme ?

Aucune Association syndicale ne s’est constituée depuis 1900. C’est que le but de ces associations étant des travaux d'améliorations foncières indispensables, lorsque ceux-ci ont été effectués là où ils étaient reconnus nécessaires, ce ne peut être qu'à de rares intervalles que par un amour réel du progrès, on songe à entreprendre d’autres travaux d'utilité secondaire, et on les retarde le plus possible, à cause des formalités et des frais. D’autre part, l'association ne peut être constituée dans ce cas, que si on rencontre le concours unanime de tous les intéressés ; sinon, l'administration ne peut forcer la main aux récalcitrants.

Par les dénominations des associations existantes, il est facile de se rendre compte, du reste, qu’elles se sont créées partout où une rivière capricieuse ou envasée pouvait être maintenue dans son lit ou curée, partout où des marécages étaient susceptibles d’être changés en prairies. C’est ainsi que sur tout le cours de la Bar, il ne se trouve pas de village qui ne soit affilié à une ou plusieurs associations syndicales.

En général, les résultats ont été excellents,

et l’on peut affirmer qu’en somme ils ont été obtenus à bon compte. Si nous reprenons, en effet, les chiffres fournis par le Syndicat d’Amagne, un de ceux dont les travaux ont été les plus importants eu égard à l’étendue de leur périmètre, nous constatons une dépense de 85 francs en première catégorie et 65 fr. en seconde, soit une moyenne de 75 francs à l’hectare. Or, les travaux ont produit leur effet entier durant quinze années avant de nécessiter des dépenses nouvelles, qui ne sont que des dépenses d’entretien. En admettant même, ce qui n’est pas, que la première dépense ait perdu son plein effet après ces quinze années, c’est donc par la minime contribution de 5 francs à l’hectare que les propriétaires se sont prémunis contre les inondations à peu près annuelles de leur prairie.

Les chiffres ont leur éloquence. Ceux-ci parlent d'eux-mêmes et prouvent sans conteste la grande utilité des associations syndicales.

Si, maintenant, nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur le développement considérable qu'ont pris en France les associations agricoles de tout genre, nous ne pouvons manquer d'en attribuer l'honneur et le mérite à la loi du 21 mars 1884, qui a suscité chez les cultivateurs le désir de s’associer, d’abord et uniquement pour les achats d'engrais.

Ce sentiment intéressé devait bientôt se muer en un autre plus noble, celui de la mutualité. Puissamment aidée par une législation nouvelle, l’idée d'association s’est étendue aux diverses branches de l’activité agricole, facilitant les échanges, et resserrant davantage les liens d’une solidarité bien comprise.

Et le mouvement, loin de s’arrêter, s’accentua chaque année, soit par la création d’associations nouvelles, soit par l’augmentation continue du nombre des sociétaires.

Les indifférents qui manquent encore à l’appel peuvent être convertis à leur tour, sans aucun doute, Il leur suffirait de rencontrer en chemin le mutualiste convaincu qui les éclaire ou stimule leur zèle.

Groupés ainsi en bataillons serrés, les cultivateurs sont et resteront une force dont l'Etat tient, avec juste raison, à soutenir la vitalité et l'énergie. Il l'a démontré par des encouragements efficaces souvent répétés. Il tiendra à honneur de parachever son œuvre, en complétant la législation si bien amorcée en 1884, et en codifiant, afin d’en rendre l’application plus simple, partant plus facile, toutes les lois qui, depuis cette date et selon les besoins du moment, ont peu à peu établi le régime légal des associations agricoles.

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