AO 1] ROUE
l'introduction de l'institution du homestead; il exige la transformation des incapables et il s’accommode mal de toutes les entraves apportées à la réalisation du grand désidératum économique: the right man in the right place (1). » Si nous nous séparons ‘de cet auteur quand il prévoit la ruine de la petite propriété, nous sommes absolument d'accord avec lui sur l’inutilité de toute mesure légale qui tendrait à l’insaisissabilité, à l’inaliénabilité ou à l’indivisibilité de la petite propriété. C’est à l'association qu’il faut demander le développement de ce bien de famille qui existe déjà, il n’y a qu’à consulter les matrices cadastrales pour s’en assurer; et peut-être l'association communale agricole sera-t-elle l'institution nécessaire pour modifier sur ce point les habitudes de nos campagnes et aussi pour adapter les méthodes de l’art agricole à l’extension continue de la propriété paysanne. On a prétendu que le morcellement de la propriété favorisait la dépopulation des campagnes. Nous allons voir que c’est une erreur et que tout au contraire il ne peut que l'empêcher. Il en faut chercher ailleurs les causes. Mais il a été constaté que, malgré cette dépopulation, la production agricole n'avait cessé d'augmenter. Faut-il alors conclure que cette question afflige bien à tort tous ceux qui s’en préoccupent et qui y voient, au contraire, un malheur pour la France? Non, assurément. Henri IV disait : « La force et la richesse des rois consistent dans lenombre et l’opulence des sujets » ; et Rousseau s’écrie : « Il n’y a pire disette pour un État que celle des hommes. » Cette opinion est toujours vraie car, malgré
(4) P. BUREAU, op. cit., p. 338.
A res
la révolution économique du x1x° siècle, € l’homme sera toujours la force productive par excellence, celle qu'il importe le plus de développer en quantité comme en qualité (1) » et particulièrement dans l’industrie agricole (2). L'observation montre en effet que c’est dans les régions où la population est le plus dense que la culture intensive domine et procure l’aisance aux habitants, aussi pouvons-nous affirmer que la propriété paysanne développée sans secousse violente par la seule évolution du progrès de l’agriculture et du bien-être des paysans, au lieu de favoriser la dépopulation, aidera à en faire disparaitre les causes.
Ces causes, il faut les connaitre, non pas toutes, car elles nous paraissent aussi nombreuses et aussi variées que les sentiments du cœur humain, mais au moins les principales pour diriger nos recherches dans la solution de ce grave problème et voir si la conception d’une association communale peut y aider. Pour mettre un peu de clarté dans cette démonstration, nous allons réunir toutes les causes autour de deux faits importants que chacun a pu constater : l’émigration intérieure (l’émigration exté-
(1) LecouTeux, op. cit., t. I, p. 117.
(2) Dans un pays agricole, le développement de la population n’est favorable au développement de la production qu'autant que la culture du sol est encore très extensive, sinon les résultats obtenus pourront ne pas être en rapport avec l'augmentation du nombre des travailleurs ; dans un pays industriel, au contraire, la population en s’accroissant donne un élan de plus en plus fort à l’industrie nationale ; comme d'autre part les risques de famine semblent bien se présenter avec un caractère plus qu'hypothétique, nous pouvons conclure que pour la France, même au point de vue de la production, la dépopulation est plutôt un mal qu'un bien. (Gonnard, {a Dépopulation en France, thèse Lyon, 1898, p. 94.)