‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 11 sur 38 · CHU · texte numérisé non relu

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reprises l'écho des plaintes des bimétallistes, notamment de M. Méline, ancien président du Conseil des Ministres. Pour eux la démonétisation de l'argent et la dépréciation de ce métal qui a atteint 55 p. 100 est la grande cause de la baisse des prix. C'est là une question bien complexe, où l’on est loin de s'entendre, et où il semble difficile de donner une opinion précise : non seulement nous sommes en fait des monométallistes depuis la suspension de la frappe de l'argent dans les pays latins, mais encore notre stock d’or monnayé n'a pas subi la loi de Gresham comme on aurait pu s'y attendre, ce qui permet de croire que la dépréciation de l'argent n’a pas eu une grande influence sur la baisse du prix des produits agricoles. Cependant il y a une question monétaire à propos de l'agriculture, mais elle date du jour où la monnaie à remplacé les paiements en nature dans nos campagnes. Dès cette époque, c'est-à-dire vers le xvi* siècle, le numéraire a fait augmenter la rente foncière et transformé l'agriculture en une véritable industrie entrainant avec elle ses aléas et ses misères. Aujourd'hui que le cultivateur règle tout son budget en espèces sonnantes, il est incontestable que, ses dépenses ayantaugmenté alors que ses recettes diminuent, il n'y a plus les mêmes profits, quand la balance n'est pas en déficit.

Au surplus on s’est demandé avec raison si, en réalité, nous nous trouvions en face d'une crise agricole : le mot crise éveille plutôt l'idée d'un événement spontané qui produit sur les cours du marché des conséquences fâcheuses mais passagères. Or, la crise actuelle date pour les uns de 1879, pour d’autres de 1880, ce qui montre déjà qu'aucun événement frappant ne l'a déterminée; et comme on n’en

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prévoit nullement la fin, il faut admettre que c’est bien à tort qu'on l’a appelée une crise agricole. M. Bureau y voit « un déplacement des forces économiques auquel assiste notre époque ; elle n’a rien des accès périodiques et passagers d’une crise, cette dépression agricole qui se développe au contraire dans sa majestueuse toute-puissance; on pourrait plutôt la comparer à un grand fleuve aux eaux paisibles qui, par la lente poussée de la masse de ses eaux, écarterait sans fracas les obstacles s’opposant à l'immersion lente et sûre de terres qui s'étendent le long de ses rives » (1). M. d’Estournelles dit de méme : « Je crois que nous sommes en présence d’un mal permanent, d’un mouvement qui s’accentue, d’une évolution, la révolution économique, si vous voulez, résultat du progrès, du machinisme, de nos découvertes géographiques et scientifiques, résultat de nos inventions qui ont déchainé la concurrence de tous les peuples et avec la concurrence, la surproduction. et avec la surproduction, le nivellement général, le nivellement inexorable de la valeur du travail humain (2). »

D'ailleurs, elle n’atteint pas seulement notre pays; l'Angleterre, la Russie, l'Italie, les États-Unis, l’Allemagne...se préoccupent vivement de la nouvelle situation économique de l’agriculture. C’est donc en définitive une crise universelle ou si l’on aime mieux une transformation économique universelle. Ainsi étendue, on à imaginé qu’elle provenait d’un manque de débouchés, de l’insuffisance de la consommation, mais peut-on soutenir pareille

(4) BUREAU : op. cit., p. 333.

(2) Journal officiel, Chambre des députés, séance du 6 novembre 1897, p. 2309, col. 3.

démonstration devant la fécondité prodigieuse des Allemands, Anglais, Américains et de quelques autres peuples (1), à moins que, comme M. Secrétan, on ne rattache la crise agricole à la question sociale (2), ce qui n’est vrai qu’en partie.

On l’a encore attribuée au développement du militarisme qui dévore chaque année plus de douze milliards. C’est un mal, sans doute, qu’il faut combattre énergiquement mais qui ne pèse pas exclusivement sur l’agriculture, il est antérieur à la crise et lui sera, on peut l'afñirmer, postérieur, et au point de vue national, il ne faut même pas songer à le circonscrire. Nous sommes donc réduits à voir non pas une cause mais une foule de causes soit matérielles, soit morales, telles que le défaut de l’association chez nous. Seulement toutes ces causes, qui agissent différemment suivant les peuples et les circonstances, sont nées d’un fait économique considérable dans l’histoire de la civilisation, à savoir la révolution économique du xix° siècle; tandis que la science a complètement transformé l’industrie et le commerce, elle a peu profité à l’agriculture, de sorte que l'harmonie des forces économiques à été troublée au détriment surtout des classes rurales. La main-d'œuvre agricole a augmenté

(1) On cite que les neuf dixièmes de la population du globe vivent plus ou moins mal. « Le fait capital mis en lumière par les statistiques, dit M. E. Reclus, est que 200 millions d'Hindous doivent tromper leur faim par une nourriture tout à fait insuffisante. » (Nouvelle géographie universelle, t. VIT, p. 639.)

(2) « L'outillage actuel permettrait une extension très considérable de la production industrielle et même agricole; ce qui l’arrète, c’est l'absence des débouchés, c'est-à-dire la pauvreté du grand nombre. » (Études sociales, p. 20.)

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