‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 14 sur 38 · MN LE · texte numérisé non relu

MN LE

C’est List qui déclare que le protectionnisme est nuisible à l’agriculture. La protection, dit M. Piret, est un artifice dangereux qui profite d’abord à certaines classes de commerçants, d’industriels ou de cultivateurs, puis qui finit par ne plus profiter qu'aux propriétaires fonciers qui réunissent les bénéfices d’un monopole naturel, la terre, à ceux d’un monopole artificiel, la protection. C’est de Cavour qui déclare que le protectionnisme procède en ligne directe du socialisme, car le protectionnisme, c’est

l'État garantissant pour le capital le droit au profit et le socialisme, c’est l'État garantissant pour le travail le droit aux salaires élevés (1). Concluons donc : 1° que les droits protecteurs doivent constituer un régime de transition propre à favoriser l’éducation agricole, ce qui rentre parfaitement dans nos vues sur le rôle éducateur de l'État ; 2° que la liberté du commerce est bien le but définitif vers lequel les nations doivent marcher ; et ce n’est pas seulement dans l'intérêt du consommateur, mais tout autant dans celui du producteur, comme l’ont très bien démontré Ad. Smithet les autres maîtres dela science. Toutefois, le but ne peut être atteint que progressivement et de manière à ne pas compromettre les intérêts qui se sont constitués dans une autre voie (2). Nous devons toutefois constater qu'un eourant favorable au libre échange s’accentue chaque jour : à tout instant on s'aperçoit que le protectionnisme à outrance dans lequel nous ont lancés les

(4) Essai sur l’organisation et l'administration des entreprises agricoles, p. 40, t. I.

Cité par Ed. Lecouteux, op. cit. Voir aussi le pamphlet de Bastiat adressé à Thiers, intitulé Protectionnisme et Communisme.

(2) La Liberté commerciale, par Paul Roucier, p. 664.

syndicats agricoles fait un tort considérable surtout à notre agriculture; et les États-Unis, cette forteresse du protectionnisme, ne viennent-ils pas de déclarer au monde, par la voix de leur ancien président Mac-Kinley, que la protection doit être toujours limitée et temporaire.

Mais en attendant ce régime de liberté commerciale avec l'étranger, ne pourrait-on pas l’établir d’une façon définitive dans l’intérieur même du pays. La liberté du commerce intérieur a bien été décrétée le 5 novembre 1790, mais les barrières douanières entre les villes et la campagne sont restées debout et fonctionnent avec des charges toujours croissantes pour l’agriculture. Le législateur cependant s’en est occupé ; il a déjà de lui-même enlevé les droits sur les boissons hygiéniques et enfin a donné aux villes la faculté de supprimer leurs octrois et d’y suppléer par certaines taxes dites de remplacement. Déjà deux villes ont tenté cette réforme ; 1l est à présumer que l'exemple donné par la ville de Lyon, où l'opération présentait de grandes difficultés, ne tardera pas à être suivi et à nous débarrasser de cette institution surannée.

A l'État, nous devons enfin demander ün bon système d'impôts. On ne cesse de répéter les profondes iniquités de notre régime fiscal, on dépose propositions sur propositions, mais sans aboutir à cette «solution démocratique » que nous désirons tous etque nous n’arrivons pas à trouver. Le plan de cette étude ne permet pas d'examiner les différents systèmes d'impôts, il suffira de dire qu’à mon avis l'impôt progressif sur le revenu est le seul quiréponde à la pensée de justice de nos pères de 1789, quand ils

Page 1