‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 15 sur 38 · FESSES · texte numérisé non relu

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proposèrent l'impôt proportionnel aux facultés. Qu'on y arrive par gradation, ce qui est absolument nécessaire, qu'on prenne toutes les mesures possibles pour éviter toute vexation, mais qu'on ne songe plus à ces réformes de détail qui ne font qu'accroître les inégalités. La propriété foncière et surtout la propriété paysanne ne pourraient résister à des charges que nous avons vues écrasantes particulièrement pour elles. La réforme ne doit pas consister à exonérer les plus faibles de toute contribution; fût-elle réduite à la somme de 1 franc, elle est nécessaire pour rappeler à chaque membre de la société que s’il profite des services . publics, son premier devoir de citoyen est de prendre sa part des dépenses qui en résultent. Cette notion d'égalité dans les charges fiscales ne doit pas être confondue avec le principe du nivellement des fortunes qui à inspiré l'impôt progressif à toute une école. Puissions-nous dire, comme M. Chailley : « Réclamé par la justice ou imposé par les circonstances, cet impôt aura son heure (1). »

Voyons maintenant qu’elle doit être la part de l’initia- tive individuelle dans cette organisation du travail agricole. Le gouvernement à raison de rappeler aux agriculteurs qu’il dépend de leur initiative d'améliorer leur situation (Circulaire ministérielle déjà citée du 24 décembre 1885). Cette initiative doit être à la fois collective et individuelle. Michelet a dit: « Sil’on voulait entasser ce que chaque nation a dépensé de sang et d'efforts de toute sorte pour les choses désintéressées qui ne devaient profiter qu'au monde, la pyramide de la

(1) L’Impôt sur le revenu, p. 574.

France irait montante jusqu’au ciel, et la vôtre, Ô nations, toutes tant que vous êtes, l’entassement de vos sacrifices irait au genou d’un enfant (1). » Loin de nous la pensée de séparer les deux idées de patrie et d'humanité, mais nous ne croyons pas faire preuve d’égoisme national en demandant à tous les Français de faire pour nous-mêmes autant que pour l'humanité: Malheureusement, nous sommes trop divisés, et nous passons à nous critiquer un temps que les étrangers emploient à résoudre les problèmes économiques. Souvent dans les campagnes les questions locales, les questions de clocher ne sont pas moins vives que les questions politiques ; et quiconqueen a été témoin, a pu mesurer le mal qu'elles font. On a dit que le xix° siècle avait été le siècle de la philanthropie et que le xx° siècle serait celui de la solidarité. Espérons donc que cette prophétie se réalisera et que nous verrons enfin tous les paysans s'entendre, se réunir pour discuter les questions du métier et prendre toutes les mesures possibles pour améliorer leur art, en un mot former l’assoclation communale, économique agricole. Ainsi ils remplaceront avantageusement l’État et amélioreront l’organisation de notre gouvernement républicain qui n’a pas su se débarrasser des traditions monarchiques et qui entretient une armée de 600.000 fonctionnaires, c’est-àdire trois fois plus qu'il n’en faudrait pour des mœurs vraiment démocratiques.

Mais cette association générale que nous examinerons plus loin ne procède nullement du socialisme sociétaire ; elle respecte les deux principes chers à l’École libérale, la

(1) Le Peuple, p. 71.

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liberté du travail et la concurrence, elle doit enseigner et non imposer les meilleures méthodes de travail; elle doit surtout apprendre à chacun que « les plusgrands biens de la vie ne peuvent être acquis qu’au prix d'efforts suprémes ni surtout être conservés autrement que par Ja plus grande persévérance dans le travail » (1). Ce serait peine perdue,dit de Fontenay, que de prétendre énumérer les modifications radicales que l'action de l’homme a fait subir partout au sol. Ici, la nature avait créé des marais ou des tourbières, on en a fait des jardins; comme ailleurs, au contraire, on à transformé des vallées en en étangs. La, elle avait pétri toute une région de granit, on y a remis la chaux qu’elle avait oubliée. Plus loin, c'est.un coteau imperméable à l'air qu'on a désagrégé au moyen du sable; ailleurs, c'est la silice, l'alumine, le gypse, la cendre de la houille ou des schistes, la boue des chemins, l’alcali des plantes marines. la potasse de nos foyers, ou l’ammoniaque de nos égouts qui vont enrichir d'éléments nouveaux ce sol incomplet. Qui de nous n’a pas vu, dans le court intervalle de vingt ou trenteannées, des plateaux arides que l'irrigation a couverts de verdure; des argiles Jaunes et compactes que la culture à converties en terreau noir et friable; des plaines humides et froides que le drainage à essuyées et réchauffées? (2) » Le travail est bien en effet lasource de toute richesse. « Regardez autour de vous, dit M. de Lavergne, vousn'êétesentouré que des richesses acquises. pour trouver les richesses naturelles proprement dites, il faut aller dans les régions

(1) G. RosoHeR : 0p., cit. p. 595.

(2) R. pe Fontenay, le Revenu foncier, p. 154.

ERA où l’homme n’a pas encore pénétré, et vous savez Comment on y vit. » (Cours d'économie rurale, deuxième leçon). Telle est la puissance du travail qui devient synonyme de civilisation, car comme l’a admirablement soutenu Modeste, le travail est une partie de notre vie, de la vie humaine qui se déposesur chaque objet qui passeentre nos mains ou qui se transforme suivant la direction de notre esprit. M. Baudrillart le dit avec raison : « Aujourd’hui la honte s’est reportée tout entière sur l’oisiveté habituelle qui refuse de payer sa dette à la société. La dignité du travail sous toutes ses formes, aussi bien que la solidarité qui unit tous les travaux, est le dogme fondamental de l’économie politique et de la civilisation. » (Conférence, le Salariat et l'Association). Aussi, comme nous avons vu notre civilisation réhabiliter le travail que l'antiquité réservait aux seuls esclaves, nos arrièreneveux verront ce travail purifié du « péché originel » et transformé en plaisir. C’est la loi de l’évolution qui veut, en effet, que le travail après avoir été un châtiment devienne un devoir plus ou moins facile à remplir, et soit enfin une véritable joie pour tous les citoyens. Cette évolution d’ailleurs est faite pour beaucoup de nos paysans qui vontau travail en chantant non par habitude, mais par un sentiment de vive satisfaction d'aller remuer leur terre en la contemplant. En tout cas nous ferions injure à nos classes rurales que de leur recommander le travail, l’histoire cependant nous montre que l'intensité du labeur paysan à augmenté avec l'acquisition successive des droits individuels. « Il faut reconnaitre comme un des faits les plus considérables de l’histoire des classes rurales que si peu de temps après leur humble conquête

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