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civile ces classes aient pu aller si loin avec tant d'ensemble. En renversant les anciennes barrières si rapidement et d’une manière si décisive, elles laissaient voir quelles destinées attendaient leur labeur, quelle large voie s’ouvrirait devant elle à mesure que leur travail deviendrait plus réservé et plus libre (1). » Il faut donc que le travail soit absolument libre, et nous avons vu quelles charges il supportait; mais il en est une dont les paysans devraient être affranchis, c'est la routine. Tous les agronomes la condamnent et recommandent de faire les plus grands efforts pour la combattre. Aussi est-on un peu surpris de rencontrer des partisans, rares fort heureusement, de « cette expérience plusieurs fois séculaire (2) », ou encore de « cette assurance contre certains risques », comme l’ont définie certains économistes.
Oui, il est urgent que le cultivateur ait des connaissances économiques et scientifiques, et qu’à la pratique il joigne une théorie agricole (3).
tl)-DoNroL: 0p:cit., p. 252.
(2) L. Duranp : le Crédit agricole en France et à l'étranger, p. k, Paris, Chevalier-Marescq, 1891.
(3) En voicila définition d'après M. Lecouteux : « Ensemble des connaissances qui peuvent se transmettre par tradition et s'acquérir par la lecture, par les études d’amphithéâtre, par l'observation des faits agricoles. Autrefois basée sur l'hypothèse, elle est désormais entrée dans la voie expérimentale, la seule qui puisse la rendre positive et partant digne de l'attention des praticiens. Elle élargit les idées par la comparaison des faits ; elle développe l'esprit d'investigation, elle rectifie le jugement en le rendant moins absolu ; elle élève l'agriculture dans l’ordre social en la mettant en mesure de comprendre les travaux des savants, de les approprier à son industrie, et, chose essentielle, c'est par ses lumières que le praticien sait choisir entre les progrès réels dus à la science et les fausses pro-
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On cite souvent ce passage d’une allocution de Le Juge de Forez aux États-Généraux de 1484. « Assurez au laboureur le fruit de ses travaux, bientôt il se relèvera de son abattement, se remplira d’une nouvelle ardeur et la terre se couvrira de moissons. Les vraies richesses de l'État ne consistent pas dans une grande quantité de métaux précieux, mais dans leur culture abondante. » Nos modernes économistes n’ont pas mieux parlé.
« Larichesse, dit Bastiat, ce n’est pas un peu plus ou un peu moins d'argent: c’est du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui sont nus, du bois qui réchauffe, de l’huile qui allonge le jour, une carrière ouverte à votre fils, une dot assurée à votre fille, un jour de repos pour la fatigue, un cordial pour la défaillance; c'est l'instruction, l'indépendance, la dignité, la confiance, la charité, tout ce que le développement de nos facultés peut livrer aux besoins du corps et de l'esprit; c'est le progrès, c’est la civilisation. » (Maudit Argent ) La richesse des hommes, dit M. Frédéric Passy, c’est l’abondance des choses. Il faut donc produire et produire toujours d'avantage, c’est le cri de tous les économistes, et Michel Chevalier dans ses lettres sur l’organisation du travail s’efforçait de nous démontrer que la France ne produit pas assez et que « l’amélioration populaire exige avant tout l'agrandissement de la production, le dévelop-
messes des demi-savants qui prennent à la science son langage et non ses vérités. Pour tous ces motifs donc, la théorie est un auxiliaire puissant qui ne saurait, nous le répétons, dispenser en aucune facon de l'acquisition des habitudes et des connaissances de pratique, mais qui du moins abrège de beaucoup la durée du stage auquel doivent se soumettre les hommes appelés à diriger les entreprises de grande culture. » (Lecoureux, op. cit., t. IT, p. 16.)