‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 17 sur 38 · SENS · texte numérisé non relu

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pement de la puissance productive du travail (p. 18). C’est également la thèse de M. Novicow. « La véritable charité consiste dans les efforts faits pour accroître la production (1). »

Les agronomes contemporains, de leur côté, ont découvert les lois scientifiques de la culture et sont unanimes à déclarer qu'une culture scientifique de notre sol peut nourrir plus de cent millions d'hommes; et, sans revenir sur la question déjà traitée de la supériorité de l’agriculture sur l'industrie 1l faut énergiquement repousser la proposition de certains économistes d'abandonner la culture du blé sous prétexte qu’elle n’est plus rémunératrice et que l'Amérique, l'Inde, la République Argentine, l'Algérie, la Tunisie, l'Australie peuvent nous approvisionner à bien meilleur compte D'ailleurs, dans une étude intéressante, M. Brouilhet, avec un esprit large, prétend que le blé peut aussi servir à la nourriture des animaux, ce qui serait une nouvelle solution de la question de la culture intensive (2). L'exemple de l'Angleterre suffirait pour nous en dissuader. D autre part il faut compter que l’émigration de la population agricole aura un terme ; dès lors il faudra bien trouver du travail agricole. Mais nous sommes rassurés: « La consommation, en augmentant partout, développe la production et oblige à faire de nouveaux appels au travail. La terre peut occuper plus de bras encore et la culture perfectionnée nourrir beaucoup plus d'hommes; elles est loin, de l’aveu de tous les juges com-

(41) Les Gaspillages des sociélés modernes, p. 233. (2) Voir Questions pratiques de législation ouvrière et d'économie sociale, «La culture du blé », janvier 1902.

pétents, d’avoir dit son dernier mot sous le rapport de la fécondité (1). »

Outre cette fertilité qui n'a pas encore été mise entièrement à profit, il y a une partie du sol qui n’est-pas cultivée ou qui ne l’est que par intervalles, ce sont les communaux et les jachères. Les premiers qui constituent un reste de propriété collective, qu'ils soient allottis ou qu'ils soient mis à la disposition du publie, sont encore considérables (8). Un mémoire intéressant du baron de Scott, en 1775, prouve l'inutilité des communaux et démontre l’avantage qu’il y aurait à les transformer en propriétés individuelles. Ils ont cependant des partisans, M. Cauwès entre autres, qui y voient une ressource des pauvres ; la Révolution elle-même qui avait déjà procédé à divers partages les à suspendus et avec raison car c’est lentement et par ventes successives de petites portions que doit s’opérer cette translation. En tout cas les communes doivent en faciliter le défrichement immédiat et l'exploitation dont elles pourraient tirer profit tout en donnant à la classe la moins aisée le moyen de se procurer du travail et à la longue un commencement de propriété. Il en est de même des domaines nationaux

(t) Bauprizzant: la Population agricole de la France, p 326.

(2) M: Pardessus réfute Loiseau, Merlin et autres qui ont prétendu que les biens Communaux provenaient d'une concession faite par les seigneurs aux habitants des villages agricoles: il éite le titre XLII de la loi des Burgondes, le titre LXXVI de la loi des Ripuaires ct les $ 29 et 30 du titre XXIX de Ja loi salique qui signalent déjà cette propriété collective. Mais, comme le fait remarquer M Gar$onnet, le domaine éminentdu seigneur féodal s'est superposé à cette propriété collective saus la détruire. V. Parpessus: Loi salique, p. 545 ets. et Garsonnet: Historre Ces locations perpétuelles et des baux à longue du- LOS SDIMTSACEES"

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dont la conservation, comme pour les forêts, n’est pas imposée par l'intérêt général, ad reges potestas omnium pertinet ad singqulos proprietas, a dit Sénèque. Quant à la jachère, elle est presque unanimement condamnée. C’est qu’en effet, accroître sans cesse notre production agricole, tel doit être notre but. D'ailleurs les agronomes s’accordent à dire que la jachère ne compense pas les années perdues et que le prix actuel de nos engrais permet de la supprimer dans nos systèmes de culture: « La disparition de la jachère, dit M. Bernard (1), à des conséquences heureuses, elle amène à la culture continue avec assolement, d’où meilleure utilisation du sol, dela main-d'œuvre, des instruments de travail et des bêtes de trait, par une diminution marquée des chômages forcés. L'idéal d’une bonne agriculture, quelle que soit la richesse ou la pauvreté du sol, est de laisser celui-ci le moins possible en repos. » Une réforme également importante, ce serait la suppression complète de la vaine pâture ou du moins de ses abus. lesquels déjà signalés sous l’ancien régime sont encore. malgré le code rural de 1791 et les lois plus récentes des 9 juillet 1889 et 22 juin 1890 (2), une gêne pour les exploitants, une entrave à l'amélioration du sol, une déperdition de forces économiques : souvent elle nécessite des clôtures coûteuses qui seraient inutiles, stérilise les prairies basses, empêche les plantations d'arbres fruitiers. Elle est surtout une cause de dévergondage pour les enfants qui, livrés à eux-mêmes, se laissent entrainer à la pratique du maraudage, de la rapine, prennent l'ha-

(1) F. BerNarD, op. cit., p. 266.

2) Voirthèse Lacarne: De l'extinction des droits de pdturage,

bitude de faire l’école buissonnière, et faut-il le dire, perdent prématurément leur innocence. Ce côté moral seul suffirait pour motiver la suppression d’un droit déjà si désastreux au point de vue économique.

Ainsi donc, produire beaucoup, utiliser tout le sol cultivable, débarrasser la terre des entraves qui s'opposent à sa fertilité, voila le programme économique de tout agriculteur. Mais une question se pose, surtout depuis que St.Mill a posé sa loi sur le non-rendement proportionnel de l’agriculture. Faut-il pousser le rendement au maximum de produit brut ou au maximum de produit net? M. Alb. Thaër a été un fervent apôtre de la doctrine du produit brut porté au maximum par lemploi de gros capitaux. C’est la même doctrine qu’enseigne M. Gide et à laquelle tendent aujourd’hui la plupart des agronomes et économistes. La thèse de maximum de produit net a été soutenue par MM. Royer, H. Passy et surtout par M. Lecouteux (1) qui combat vivement « l’école du produit brut à

(1) Telle est la situation qui nous domine; l’agriculture des pays ‘de haute civilisation. doit comprendre que le marché universel impose sa loi à tous les producteurs ; il faut travailler pour le débouché, réduire les prix de revient, approprier à chaque milieu économique, à chaque sol, à chaque climat, le système de culture qui donne le plus de produit net; il faut solidariscr l’agriculture et la zootechnie au point de vue de la fertilisation du sol et des avantages financiers que le prix croissant des denrées animales peut procurer à la production agricole en général; il faut utiliser les engrais de . toutes provenances; il faut employer les machines; il faut en‘un mot réaliser entre le capital et la terre exploitée plus ou moins intensivement cette proportion sans laquelle les uns veulent faire tropavec trop peu, tandis que d’autres font trop peu avec trop (Op. cit, p. 51, L D.

Il énonce dans son ouvrage d'économie sociale si remarquable et si souvent cité dans cette étude, les trois lois économiques très importantes et que nous reproduisons : 4° loi du rapport nécessaire entre le capital et l'étendue de terre cultivée; tout système de culture

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outrance qui prêche la réforme agraire à coups de charrue et de capitaux ».

Aussi le produit net comprenant les frais de nourriture et d'entretien de toute la famille et le bénéfice net ou profit, il semble plus conforme à l’état général de notre agriculture de rechercher tout d’abord ce maximum qui a l’avantage d'exiger moins de capitaux. « Augmenter économiquement les rendements, c’est abaisser les prix de revient : or, plus on y réfléchit, plus on se convainc que là est la voie du progrès, je dirai presque de salut de la première de nos industries (1). »

Cette question de la production avec la tendance du marché à s’universaliser devient chaque jour plus importante. La mévente des vins du Midi que nous avons rappelée plus haut nous montre l’urgence des mesures à

comporte un certain Capital au-dessus et au-dessous duquel les profits ne sont plus proporlionnels, si même ils ne disparaissent pas pour cause de prodigalité dans les dépenses ou d'insuffisance des déboursés (p. #45, t. Il) ; 2° loi des limites variables’ du produit brut et des frais de production : il a été démontré par des faits irrésistibles que si partout l’agriculture doit viser le maximum de produit net, il y à cette énorme différence entre les situations économiques que, pour les unes le maximum du produit net ne peut sortir que du maximum de produit brut, c'est-à-dire d’une agriculture portée à son plus haut rendement de récoltes, tandis que pour les autres, le maximum de produit net ne peut résulter que d’un produit brut relalivement très limité (p. #41, € ID); 3? loi d'abaissement des prix de revient ; plus on dépense par hectare jusqu'à la limite nécessaire pour obtenir le maximum du produit brut en argent que comportent les milieux économiques, moins on dépense par quintal ou hectolitre de récoltes ; plus on dépense par tête de bétail ou par quintal vivant jusqu’à la limite nécessaire pour obtenir le maximum de produit brut en argent que comportent les milieux économiques, plus on abaisse le prix de revient du bétail et de ses produits (p. 448, LIT).

(1) Journal des Économistes, 1900, t.-H, p. 179. « Le mouvement agricole », par GRANDEAU,

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chercher pour régulariser notre production agricole. Je suis tout porté à croire que dans chaque région, dans chaque commune, il faudra éclairer nos paysans sur la direction qu’ils auront à donner à leur culture. Et je ne vois pas de meilleur instrument pour cette tâche difficile que l'association communale et les organes de publicité qu’elle provoquera.

Mais la production agricole dépend beaucoup du système de culture adopté et on sait que toute l’agriculture peut être soumise au régime intensif aussi bien qu’au régime extensif. Lequel donc choisir ? L'opinion générale est pour la culture intensive, nos paysans entendent tous les jours la recommandation de ne plus faire désormais que de cette culture. M. Lecouteux en est également partisan, mais seulement pour l'avenir ; quant au présent, il veut qu'on vise au mode de culture le plus lucratif (1). M. Durand prétend qu’ « elle est d'autant moins avantageuse que les cours des produits agricoles sont plus déprimés et que par conséquent, bien loin d’être le remède universel contre la crise économique qui sévit sur l’agriculture, elle ne peut être recommandée que dans :les moments de prospérité » (2). Enfin, M. Cauwès dit que « l’option entre la culture intensive et la culture extensive dépend de plusieurs considérations : 1° du capital disponible ; 2?’ de l’étendue des débouchés ; 3° de l’emplacement; 4° des caractères du sol. On ne conteste pas que le mode d'exploitation le plus avantageux n’est pas toujours celui qui fait produire davantage à la terre ; ainsi il

(1) L. Duran, 0p. cit. p. 83.

(2) Cauwks, op. cit, t. I, p. 435 ets.

al. ne

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