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a été établi que dans le Nord le capital foncier rend au propriétaire 2.81 pour cent et en Corse 3.57 pour cent ; et cependant le Nord n’est pas près d'abandonner la culture intensive. Il y a donc des avantages qu’on ne .voit pas et qui paraissent considérables à voir la richesse de cette contrée. I] faut donc conclure non seulement que l’avenir est à la culture intensive, mais encore que dès maintenant on doit se préoccuper de la développer. Un seul obstacle s'oppose à une pratique générale et immédiate de ce mode d'exploitation. Ce n’est pas le manque de capitaux comme on pourrait le croire, mais c’est la manière de s’en servir qui fait défaut à nos agriculteurs. Les gros fermiers euxmêmes ont des notions économiques assez vagues sur la distinction du capital foncier et du capital d'exploitation, sur la nature géologique du sol qu’ils cultivent. Quan
aux détenteurs de la propriété paysanne, on peut dire que toute leur éducation est à faire; or, la première chose, urgente, me parait être de les exhorter à prendre l’habitude de tenir eux-mêmes une comptabilité qui donne les moindres détails de leur explotation. Ts y verront de intuttu les modifications à apporter chaque année à leur: culture pour accroître les rendements. Ils se rendront compte de cette vérité trop méconnue par eux que « l’agriculture qui opère avec parcimonie est celle qui, à produits égaux, demande le plus de capitaux » (Rieffel). Ils se convaincront que le meilleur placement à faire de leurs économies est d'augmenter leur capital d'exploitation. Ils hésiteront moins à changer leur système de culture et,
parcelle par parcelle, ils arriveront à étendre la culture
intensive. Enfin, chose importante, ils aimeront süre-
ment davantage cette terre à laquelle ils auront donné
toutes leurs sueurs et toute leur épargne, mais qu’ils verront pour ainsi dire grandir sous leurs yeux comme un enfant qu'on élève et qui profite des sacrifices qu’on fait pour lui.
Dans l'étude des différentes parties dont se compose le capital d'exploitation, nous ne ferons que rappeler l'emploi très prudent des machines à cause du chômage inévitable de ce capital, l’élevage du bétail à vente qui a été la ressource des cultivateurs intelligents contre la baisse des céréales, la mesure et la qualité des semences qui ont changé par suite des progrès scientifiques apportés à cet élément du capital circulant. Mais la question des engrais prédomine en culture et nécessite quelques observations qui montreront combien nos agriculteurs, qui en vingt ans ont doublé la quantité de ces matières fertilisantes, sont encore loinu but pratique qui leur est assigné par les savants agronomes et combien l’association communale peut leur être utile dans cette question primordiale de la culture.
M. Lecouteux rapporte que la doctrine de la fumure du sol au maximum a été pratiquée par l’école des fumiers de Roville, Grignon et Bichelbronn et l’école des engrais chimiques de Boussingault, Liebig, Gilbert, Georges Ville; il ajoute que la première école n’a pu atteindre le maximum de rendement qui est la grande caractéristique de l’agriculture basée sur les engrais chimiques comme complément du sol et des fumiers. Il rappelle les expériences de Rothamsted (1837), de Vincennes (1860) et conclut : € Ce que j'ai cherché à mettre en lumière dans cette étude, c’est surtout cette vérité que l’amélioration du sol par le fumier, engrais incomplet et mal perfec-
nos
tionné, engrais très cher lorsque le bétail est mauvais payeur de fourrages, constitue fatalement une œuvre de longue haleine et presque toujours une mauvaise rémunération des gros capitaux mis en jeu (1) ». D'autre part, les chimistes se plaignent qu’on n'utilise pas assez les eaux-vannes, les détritus organiques, qu’on ne fait pas assez d’irrigations ou de drainages malgré les encouragements de l’État. Ils ont en outre calculé que nous ne rendons pas à la terre la moitié de ce que les récoltes lui enlèvent et que notre industrie des engrais est tout à fait insuffisante pour combler ce déficit. Mais si on est d'accord sur l'insuffisance des fumiers, sur l’incurie de nos Cultivateurs qui ne cherchent pas à augmenter leurs engrais, on ne l’est plus pour la détermination de la quantité à employer; il y a la théorie de la fumure à outrance (2) et la théorie de la fumure limitée au point de vue économique.
Une observation rigoureuse dans la pratique, aidée de quelques expériences, doit indiquer à chaque laboureur les engrais qu’il doit mettre dans son sillon. L'essentiel est qu'il connaisse la valeur de ces engrais et surtout qu’il ne soit pas trompé par le vendeur. Aussi devons-nous approuver le régime d'exception imposé à ce commerce (loi du 4 février 1888 ; règlement du 10 mai 1889).
(1) Lecoureux : op. cit., p. 500, t. I.
(2) C'est:incontestablement dans l'emploi quasi illimité des matières fertilisantes offertes aujourd'hui à bon marché par l'industrie et le commerce, que notre agriculture doit chercher l'augmentation des rendements, seul remède vraiment efficace à l’abaissement du prix des denrées et seul moyen en même temps d'ouvrir à nos produits notamment au blé, le marché extérieur. (Journal des Économistes, loc cit., GRANDEAU.)
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Dans le capital d'exploitation rentrent également les salaires qui constituent les moyens d'existence d’une catégorie de paysans. Il y a donc des salaires dans l’agriculture comme dans l’industrie. Mais ce mot peu connu dans nos campagnes n’y excite pas autant d’amertume, autant de haine que dans les villes. Cela vient sans doute de ce que les salariés agricoles ne sont pas concentrés comme ceux de l'industrie puis de ce que le salariat est souvent accompagné d’une parcelle de propriété ou d’une. habitation qui a vu naître et mourir leur aïeux et qui les rive à leur sort quel qu'il soit. Font partie de cette classe rurale : 1’ les domestiques, hommes ou femmes, attachés à une exploitation et demeurant le plus souvent dans les immeubles même de cette exploitation ; 2° les journaliers ou tâcherons qui ne peuvent ou ne veulent se louer soit, parce qu'ils ont une famille à élever, soit parce qu'ils ont déjà une certaine quantité de terrain à cultiver comme propriétaire ou petit fermier mais insuffisante pour les occuper pendant toute la période de travail. Le nombre de ces salariés est d’environ trois millions (3.058.346 d’après la statistique agricole de 1892). Leur rémunération varie beaucoup selon les pays ou les saisons, elle varie même entre domestiques et journaliers car, tandis que le salaire des premiers s’est élevé de 1882 à 1892, celui des seconds est au contraire descendu de 3,11 à 2,94 pour les hommes et de 1,87 à 1,78 pour les femmes, et cette différence s’est encore accentuée depuis 1892. M. Deschanel (loc. cit., Chambre, 10 juillet 1897), pour réfuter un tableau sombre de M. Jaurès, a cru devoir relever la condition de la domesticité. Peine inutile, car
nos paysans eux-mêmes, sentant la servilité à laquelle ils se