‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 22 sur 38 · AZ · texte numérisé non relu

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introduise donc sans retard dans nos campagnes ces éléments de vie qui ont permis à nos pères de maintenir durant des siècles ces garanties populaires sur lesquelles repose aujourd'hui la loi fondamentale du pays. Qu'on habitue nos paysans à pratiquer cette solidarité que nous trouvons à l’origine même de notre histoire et qui a tant facilité la fusion des différents peuples qui sont venus s'implanter en Gaule. La Révolution a eu un moment l'idée vraie des nécessités qui s’imposaient pour cette œuvre d’émancipation communale en faisant participer à tous les pouvoirs l’ensemble des citoyens. Elle n’a pas réussi parce que la transition avec l’ancien régime était trop brusque ; elle ne s’est pas rendu compte que depuis l’époque où le clergé avait accaparé le rôle du defensor civitatis, il s'était écoulé environ douze siècles d’asservissement pour nos classes populaires. Mais aujourd’hui il est temps d’entrer hardiment dans cette voie et de compléter l’affranchissement de la propriété et de la personne, la grande œuvre de la Révolution, en attribuant à la classe paysanne une part dans la direction sociale et politique de notre pays. Tandis que les ouvriers ont pu ouvrir à quelques-uns des leurs les portes de nos assemblées politiques et départementales, tandis qu'ils ont leurs conseils de prud'hommes, leurs syndicats où ils jouent un rôle effectif; tandis que les commerçants ont leurs chambres de commerce, leurs tribunaux de commerce, les paysans n'ont entrée qu'au conseil municipal de leur commune et ici encore leur rôle est bien amoindri par le peu d'importance des questions qu’ils ont à y traiter et par la tutelle qui pèse encore sur ces assemblées malgré la loi assez libérale de 1884. Quant à leur action

dans les syndicats agricoles, je pense ne pas être contredit en disant qu’elle est nulle pour la moitié de ceux qui en font partie et qu’elle est insignifiante pour l’autre moitié. Il me paraît donc nécessaire de leur donner un rôle plus actif dans la société, de chercher à retenir les riches paysans par l’ambition de fonctions sociales qu’ils seront très fiers dé remplir et pour lesquelles les capacités ne tarderont pas à se faire apprécier. La législation rurale est déjà tres abondante, mais je n'ai pu y découvrir une institution, un acte qui soit réservé à la sagacité de nos paysans. Donnonsleur les chambres d'agriculture. réservons leur une place à côté du juge de paix, et pour commencer, dotons chaque commune d’une association agricole dans laquelle ils trouveront un sujet qui les intéressera par-dessus tout etqui contribuera beaucoup plus que la fonction municipale à faire leur éducation sociale et politique.

Enfin, disait M. Baudrillart en 1885, « ce qui manque le plus aux campagnes en général, aux campagnes normandes en particulier, c’est l'esprit d'association. On ne saurait trop le redire : le côté faible de ces campagnes, c’est l’association. Il y a là pour l’avenir un sujet d’études, une matière à solution à peine ébauchée dans la vie rurale dont les habitudes s’y montrent réfractaires. L'expérience enseigne pourtant qu'elle peut y recevoir des applications partielles fort heureuses dans la culture pour certains procédés, engrais, productions spéciales, institutions de crédit populaire, caisses d'épargne (1). »

Nous entendons encore constamment le même cri : Nos paysans n’ont pas l'esprit d'association. Cependant Fou-

(1) BAUDRILLART, 0p. cil., p. 344.

rier à dit, non sans raison, que tous les attraits, toutes les forces vives, toutes les facultés, tous les besoins de l’homme le poussent invinciblement à s'associer avec son semblable. Évidemment nous avons l'instinct d’association, mais cet instint a été combattu par tous les moyens, Aussi soyez certain que lorsque nos paysans sauront qu’il y à dans la commune une association qui s'occupe uniquement de choses du métier, lorsqu'ils verront leurs voisins s’y rendre, entrer même dans des associations spéciales, ils s’enquerront, ils examineront, ils voudront essayer et alors naitra et se développera l'esprit d'association. « L'histoire des peuples et de l'humanité est tout entière dans cette unique manifestation de l’homme : il compare, juge, décide et s'entend avec son semblable (1). »

(4) Fuxck-BRENTANO, 0p. cit., p. 36.

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