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ORGANISATION DE L'ASSOCIATION COMMUNALE

Le comité agricole. — Dans toute société un peu nombreuse, il y a un président et un bureau ou comité. Que sera le comité de l’association communale agricole ou, comme il sera désigné, le comité agricole ? I]: devra constituer l'élément principal de l'institution, il sera l’âme de l'association agricole. C’est le comité qui devra par sa vigilance, par le dévouement et l'intelligence de tous ses membres, donner une impulsion énergique à l'esprit d'association, à l'application des méthodes nouvelles de l’art agricole.

En Amérique, dit de Tocqueville, les habitants les plus éclairés de chaque canton se servent sans cesse de leurs lumières pour découvrir des secrets nouveaux propres à accroître la prospérité commune; et, lorsqu'ils en ont trouvé quelques-uns ils se hâtent de les livrer à la foule. (Démocratie en Amérique, t. III, p. 211.) C'est le comité qui devra faire dans les limites de la justice tout ce qui sera en son pouvoir pour améliorer la condition des classes pour lesquelles l'initiative privée n’est point aisée, afin

que, moins durement éprouvés sous le fardeau quotidien de la vie, ils deviennent à leur tour capables de concevoir et d'exercer cette initiative dans laquelle les économistes classiques voient non sans raison le plus noble apanage de l'être humain (1).

C'est le comité qui en résumé devra résoudre les trois problèmes que, d’après M. Sécrétan, comporte la question sociale : le problème économique en suivant les progrès de l’art agricole et en les expérimentant eux-mêmes pour mieux les faire apprécier; le problème Juridique en s’occupant des réformes à introduire dans nos mœurs pour que chacun soit justement rémunéré de son travail; le problème moral, en faisant l’éducation professionnelle et économique des camarades et en veillant plus spécialement à celle des adolescents et à l’instruction primaire des enfants. N'oublions pas ces paroles de M. d'Haussonville : « Au découragement de la liberté qui est la cause première du mouvement socialiste, s’en ajoute un autre plus noble de sa nature, c’est le souci croissant de la condition des classes populaires (2). » Le rôle du comité est donc des plus importants ; pour le remplir, il faut des hommes éclairés autant que possible sur les besoins de la localité, assez dévoués pour consacrer une partie de leurs loisirs à la cause commune. Pour cela ils ne doivent pas être pris au hasard ; 1l faut que ces conditions soient garanties par un choix. Or, ce choix, qui peut mieux le ‘faire que les intéressés, c’est-à-dire l’ensemble même des agriculteurs ? De plus l'élection établit entre le comité et

(4) Worms : Organisme et Société, p. 347.

(2) Revue des Deux-Mondes, juin 1891.

la population agricole un lien extrêmement favorable au développement de l'institution, elle rappellera à intervalles aussi rapprochés que possible, aux indifférents ou réfractaires que leur indifférence ou leur résistance est pure sottise de leur part ; elle prêtera enfin aux élus une autorité morale qui donnera à leurs actes et à leurs paroles plus de force pour triompher des difficultés qu'ils auront à aplanir surtout dans les débuts. Il n’est pas douteux qu’à la création même de l'association on ait de la peine à constituer un bon comité; tantôt il faudra vaincre l’apathie de ceux qui pourraient utilement exercer ces fonctions, tantôt, par suite des divisions locales, des questions de clocher, des éléments ou peu recommandables ou absolument insuffisants pourront s’introduire dans le comité. Mais l'expérience ne nous indique-t-elle pas que la persévérance et l’énergie sont indispensables pour établir de nouvelles mœurs ? Elles seront d’ailleurs aidées par le développement de l'instruction et l’influence exercée par les premiers essais. Aussi Je crois qu'avant trente ans, vingt ans peut-être, tous les agriculteurs ambitionneront ce poste d'honneur et de confiance et ils seront suffisamment instruits et assez honorables pour qu’on n’ait que l'embarras du choix.

Il va sans dire que je ne veux point du suffrage universel tel que celui qui élit le conseil municipal ; il divise ordinairement une commune en plusieurs clans bien distincts ; ce suffrage ne saurait convenir pour la formation du comité agricole où toutes opinions doivent être représentées et où aucune unité économique ne doit pouvoir être privée des lumières de quelque membre de ce comité. Deux conditions peuvent résoudre ce problème

électoral : un nombre suflisant de membres du comité et le sectionnement électoral. Il est certain d’abord que plus lé comité sera nombreux, plus on aura de chance de satisfaire tout le monde, c’est-à-dire de permettre à chaque associé de voir dans l6 comité des hommes à qui il pourra s'adresser. Cependant ce nombre doit être renfermé dans de justes limites pour ne pas diminuer l’importance et l’influence de cette petite assemblée. Je crois toutefois qu'il doit être supérieur à celui des conseillers municipaux, en général le double, mais sans indiquer de proportion fixe, car la pratique sous ce rapport sera la meilleure conseillère. Il y a deux causes caractéristiques qui serviront de bases à toute détermination de nombre l’activité incessante du comité qui risque d’être compromise par une trop grande division de la force centrale et le rôle très important des membres du comité à l'extérieur où ils doivent être les guides éclairés de leurs voisins et mandants et les promoteurs hardis des réformes agricoles. Quant au sectionnement électoral, j'y attribue une grande importance car il offre ce considérable avantage de donner une représentation non seulement aux hommes mais encore à la terre que nous devons aimer et apprendre à aimer. Le cadastre donne une idée de ce sectionnement, il pourra être utilisé par le comité pour délimiter les sections électorales. Un exemple fera mieux comprendre comment j'entends ce fractionnement du corps électoral. Prenons une commune de 500 habitants, tous agricoles, sur une surface de 3.600 hectares; elle comprend deux grands villages réunissant environ 400 habitants, les cent autres étant dispersés à travers

les champs, soit comme fermiers, soit comme proprié-

taires exploitant leurs biens. J’établirai quatre sections électorales. Or, en fixant à vingt-quatre le nombre des membres du comité, je tiens compte à la fois du chiffre de la population et de la superficie sur laquelle j'étends chaque groupe électoral. Ainsi, je pourrai attribuer au groupe central composé de 250 habitants, dix membres ; au deuxième village qui a 150 habitants, six membres: et à chacune des deux autres sections qui comprendra 90 habitants environ, quatre membres. Cette division peut varier à l’infini mais je pose comme règle essentielle que toute section électorale doit comporter au moins trois membres pour permettre la représentation de la minorité. Enfin, pour rendre plus sûre cette représentation des minorités, il faut prendre comme mode de suffrage un système de représentation proportionnelle à base très large. Ainsi sur cinq candidats à élire dans une section, pourquoi ne pas admettre qu'on ne pourra voter que pour trois noms seulement, ce qui permettrait à la minorité d’être bien représentée ?

J'aime à croire qu’en bien des cas, l'élection se fera sous une forme beaucoup plus simple, celle du vote par acclamations, tous les électeurs réunis en même temps et dans le même lieu. C’est un usage ancien qu’on fera ainsi renaître, j'en conviens, mais nous souffrons encore des conséquences de mesures prises sous l'influence de l'esprit parfois trop individualiste du xix° siècle et il est bien des choses, des institutions disparues qui gagneraient à être adaptées à notre organisation sociale moderne. Quoi qu'il en soit, il faut déterminer d’une façon précise quels sont électeurs et quels sont éligibles. 1° Seront électeurs les seuls travailleurs des champs à

partir de dix-huit ans. Quant aux femmes, « toujours mineures pour faire valoir leurs droits et majeures pour acquitter leur obligations » (Beaumarchais), bien que partisan de leur émancipation au point de vue purement social, je crois qu'il serait difficile, peut-être même dangereux d'établir une ligne de démarcation entre celles qui se livrent aux travaux des champs et celles qui ne s’occupent que des soins du ménage, aussi ne devra-f-on admettre que les veuves ou.femmes non mariées, chefs d'exploitation. Notre droit positif est d’ailleurs en ce sens. Mais dans les travailleurs des champs, je comprends tous ceux qui travaillent dans les champs ou dirigent ce travail, donc les bergers et les gros fermiers ou propriétaires exploitants; 2° seront éligibles tous les électeurs d’abord, les propriétaires non exploitants à qui tous les économistes demandent de se rapprocher davantage du laboureur, de l’aider de leurs lumières. Age: 25 ans. Cette liste d’éligibles ne comprend ni les ministres des cultes ni les instituteurs qui ne rentrent dans aucune des deux catégories. On a prétendu que l'élément religieux était nécessaire pour aboutir à un résultat, les Allemands, qui ont mis à contribution le clergé, n’ont peut-être pas toujours eu lieu de s’en féliciter; mais notre susceptibilité en matière religieuse comme en matière politique nous oblige à éviter absolument tout ce qui pourrait porter atteinte à laneutralité stricte que doit observer l'Association agricole à ces divers points de vue. Quant aux instituteurs, il ne nous paraît pas possible de les éliminer malgré l’antagonime stupide qu'a fait naître leur caractère essentiellement laïque et neutre; et voici la raison qui rend leur entrée au comité absolument nécessaire et nous les fait

admettre comme membres de droit, c’est qu'ils sont chargés d’un enseignement agricole et qu’ils peuvent continuer cet enseignement aux cours d'adultes. Il y a donc raison majeure sans parler de la part prépondérante qu'ils peuvent prendre au développement de l'association par leur instruction et les loisirs qu’ils y peuvent consacrer. Enfin il est tout naturel que le mandat de membre du comité ne soit que temporaire; il est bon de retirer cette délégation à ceux qui ne porteraient pas dans leur mission les qualités nécessaires pour le maintien et le progrès de l'institution et de la renouveler à ceux qui ont rempli tout leur devoir. Une nouvelle élection ne pourra qu’accroître leur autorité en même temps qu’elle leur donnera une juste récompense du bien qu’ils ont fait. Ce renouvellement du comité devra se faire par année et par fractions ; ainsi, dans l’exemple ci-dessus, chaque année une section renouvellera ses représentants. Pour cela on adoptera une date fixe. Alors le président, assisté de deux membres pris dans les autres sections, se transportera dans le hameau central et procédera aux opérations électorales; un avis préalable indiquant le jour et l'heure et le lieu du scrutin, devra avoir été affiché et annoncé, si nécessaire, par voie de tambour. Reste à déterminer qui sera chargé de valider les élections. Ce sera le comité.

Le président agricole. — Le président du comité sera pris parmi les membres du comité et élu par eux. son mandat devra être renouvelé chaque année après les élections partielles. La voie du suffrage universel est encore ici écartée parce que la popularité, qui en est la conséquence, excite les ambitions et il ne faudrait pas que

cette nouvelle fonction sociale püt servir de marchepied pour ariver aux honneurs et aux hautes charges. Sans doute cet inconvénient ne sera pas complètement évité parce que l’amour du pouvoir qui est inné chez l’homme lui fait trouver toutes sortes de chemins pour parvenir à son but. Pour cette raison encore il ne pourra cumuler cette fonction avec celle de maire ou adjoint. Je voudrais que le président füt l’honnète homme dans toute l’acception du mot, l’homme universellement estimé, un homme de bien qui pût trouver dans cette charge toute volontaire l’occasion d'exercer ses vertus et de laisser aux générations à venir un nom à jamais respecté et honoré, Le titre de Président agricole me paraît bien suffisant pour luiassurer la considération dontil devra être entouré. Son rôle sera de représenter la commune économique dans les différentes relations que l'association pourra avoir avec d’autres associations ou avec les pouvoirs publics et locaux, mais il sera surtout l'intermédiaire entre le professeur d agriculture ainsi que toutes les personnalités extérieures qui s'occupent des questions agricoles et les paysans de sa commune qui auront besoin de renseignements pour apporter des améliorations à leur culture. Ce sera, on le voit, une fonction aussi importante et assurément plus active que celle du maire qui souvent ne connait rien des affaires administratives et s’en remet entièrement à son secrétaire. Aussi on va se demander s’il sera bien possible de trouver dans chaque commune cet homme extraordinaire qui doit tout réunir : vertu, science, travail. Il serait peut-être téméraire de répondre oui d’une façon absolue, mais il serait non moins injuste de dire que

c'est impossible. Ce qui manquera au début des asso-

ciations, ce sera la science et l’art de la direction, car sur les autres points on ne sera pas embarrassé : dans nos campagnes les familles sont nombreuses où les traditions d'honneur se conservent indéfiniment. Alors que faire ? faudra-t-1l abandonner une institution qui peut avec le temps rendre les plus grands services à nos paysans et à l’agriculture sous prétexte qu'on ne trouvera pas un homme réunissant toutes les conditions pour remplir ‘cette mission de président? Mais laisse t-on des communes sans maire parce que nos paysans n'y enten- dront rien en affaires administratives ?Nous n'avons donc qu'à commencer et s’il faut guider ce président, s’il faut lui faire son éducation, pourquoi hésiterions-nous, et au lieu de tant discourir sur les maux de l’agriculture pourquoi ne dépenserions-nous pas notre talent, notre activité à donner à ces hommes de bonne volonté les conseils nécessaires pour mener à bien leur tâche ? Il est plus que temps, nous l'avons vu dans l'introduction de cette étude, de réunir nos efforts à ceux de nos braves paysans pour relever notre agriculture; ce n’est plus par les paroles mais par l’action qu'il faut acquitter les nombreux engagements qui ont été pris.

Fonctionnement de l'association. — Pour le fonctionnement de l'association un local est nécessaire; la salle de mairie pourra y suppléer provisoirement, mais il est de beaucoup préférable qu’un local spécial lui soit consacré. Là se réunira le comité; là encore, le président, si ses occupations le lui permettent, pourra recevoir à Jours et heures déterminés, là seront la bibliothèque, les journaux et publications agricoles et économiques que tous

les membres de l’association pourront venir consulter. La bibliothèque sera alimentée au fur et à mesure, suivant les ressources de la caisse ; elle sera composée d'ouvrages agricoles, scientifiques, économiques et littéraires; les prêts en seront faits par l'intermédiaire d’un membre du comité avec approbation du Président. M Baudrillart a écrit des pages excellentes sur la nécessité de multiplier les bibliothèques populaires. € Il faut, dit-il, des biblio-

thèques abondantes en volumes, appropriées aux besoins:

non d’un seul, mais de tous, offrant leurs richesses à quiconque veut en jouir... Il faut que tout homme, possédé du besoin d’une instruction qui lui offre, tantôt un substantiel aliment, tantôt une honnête distraction, tantôt un secours pour l'exercice intelligent de son état, rencontre aisément sous sa main le livre destiné à lui présenter ce qu’il cherche. » Quant aux journaux, il sera bon d’en avoir de la région et de Paris ou de tout autre centre important, c’est-à-dire des Journaux traitant de questions générales pour la France et même pour les pays étrangers, et d’autres traitant de questions spéciales à Ja région. Comment ne pas voir dans cette presse qui pénétrera dans les plus humbles chaumières le plus puissant moyen d'émulation et d'éducation. Je crois enfin que dans ce local où tous les paysans pourront venir, où ils ne causeront que de choses agricoles, où les murs seront remplis de découvertes ou inventions concernant l’agriculture, renaîtra cette vie locale qui répandra son influence bienfaisante sur toute la commune et dont le parfum exquis adoucira les mœurs tout en apportant dans la demeure de nos paysans un peu plus de bien-être et un brin de bonheur,

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Mais ce local et tout ce qu'il renferme nécessiteront des dépenses. C’est en somme la question d'argent qui se présente partout et que nous avons maintenant à résoudre. On ne peut nier que cette question sera parfois difficile à trancher : l'association communale ne donnant pas de résultats immédiats et surtout de bénéfices facilement appréciables, on se heurtera à une indifférence ou à un manque de persévérance qui seront le plus grand obstacle à L'extension de cette institution. Et là encore le dévouement des hommes de science et de cœur trouvera de quoi se montrer. Tout d'abord les fonctions de Président et de membres du comité seront gratuites. À cela pas ou peu d’inconvénients, car dans nos campagnes on respecte la loi du repos hebdomadaire, et comme ce repos coïncide avec le dimanche pour tout le monde agricole, comme, d'autre part, les traditions dans la plupart des régions sont que les paysans vont en grand nombre au chef-lieu de la commune, il sera facile à nos paysans de se rendre à la Maison agricole, et les membres du comité pourront tenir leur réunion sans que cela nuise à leurs travaux. Donc pas de difficulté de ce côté, je crois même que la curiosité, l'intérêt établiront assez vite l’habitude de fréquenter cette nouvelle maison commune. Examinons alors les frais occasionnés par le local et qui paraissent les seuls absolument nécessaires. Nous allons voir qu'ils peuvent être bien réduits et qu'avec peu d'argent on peut faire beaucoup. Trois sources de dépenses ont été citées : immeuble, bibliothèque, publications ; les frais d’installation réduits au strict minimum pouvant être couverts soit par une souscription publique, soit par une répartition entre plusieurs années. Les dépenses annuelles : loyer

avec entretien, abonnements de journaux, frais de correspondance du Président, pourront être couverts non par des cotisations qui doivent être rigoureusement écartées, mais par des fonds obtenus à l’aide de l'institution de membres honoraires où provenant de donations. Le rom de ces membres honoraires ou donateurs sera inscrit sur un registre qui constituera un titre de famille de l’association communale. À ces ressources on pourrait ajouter des subventions communales et départementales, qui constitueraient au fond une simple avance, car l’augmentation de richesse qui résulterait de l'institution, soit pour la commune, soit pour le département, rembourserait et au delà cette dépense. Enfin, pourquoi n’en feraiton pas une obligation pour les communes, elle se justifie d'elle-même par le rôle permanent et général qui est dans l’essence de l'association communale. L'État pourrait donc faire rentrer ces frais au nombre des dépenses obligatoires de la commune, même en laissant l’association facultative.

Il ne faut pas se le dissimuler, cette question d'argent sera le grand obstacle à l’organisation de ces associations. Institution essentiellement démocratique, elles seront mal vues de ceux-là mêmes qui pourraient les entretenir. Aussi ne voyons-nous guère qu'un moyen de les répandre si elles correspondent, comme je le crois, aux besoins de nos classes rurales. C'est d'y apporter le sceau de l’État. Dans ces derniers mois il s'est produit dans le Midi, dans le Puyde-Dôme même, quelques petites manifestations que l’on a qualifiées de politico-agricoles, mais qui me paraissent plutôt un avertissement pour les pouvoirs publics d’initier un peu plus la’masse dans les questions économiques,

chaque jour plus complexes, et non de voter toujours des droits protecteurs qui ne profitent qu'à quelques-uns et aux plus riches. C’est à la direction de la production que l’État doit songer, et, puisqu'il ne peut s’en charger, il doit tout au moins établir entre les paysans et lui une institution qui transmettrait directement à ceux-là tous les renseignements qu'il recueille, soit en France, soit à l'étranger.

Il nous reste à parler des réunions. Celles du comité seront très importantes ; leur objet, pour ainsi dire, illimité: recherche des moyens pour rendre l'association profitable à tous, communication et discussion des faits économiques intéressant les agriculteurs de la commune, étude de toutes les questions de crédit. mutualité, assurance, assistance et autres qui peuvent nécessiter des institutions spéciales, etc. Voilà un programme bien étendu et qui demandera des réunions fréquentes et des séances assez longues. Un registre donnera le procèsverbal de ces réunions et sera signé chaque fois par le président et le secrétaire. Üne copie en sera affichée sur les murs du local. À cette publicité s’ajoutera celle des séances du comité et des réunions générales. Dans ces dernières, le Président donnera communication des décisions prises par le comité en vue de créer une institution, des projets qui demandent à être soumis à l'opinion publique pour en faciliter la réalisation, des principaux faits importantset urgents que la lecture des journaux lui aura fait connaitre, de toutes choses enfin qui méritent par leur caractère d être généralisées de suite. Pendant l'hiver, des veillées pourront être organisées soit dans le local même de l'association, soit dans les villages où un membre du comité

Joseph Bouraup. 9

pourra donner ou faire donner lecture des publications de la semaine, en l’accompagnant d'explications et d’entretiens sur les essais à tenter dans la voie des améliorations agricoles. Je voudrais voir surtout se multiplier les conférences. Pour cela pas besoin de savants, cependant s'il s’en présente, il ne faut pas manquer l’occasion ; mais les agriculteurs eux-mêmes doivent se faire conférenciers ; quelques notes inscrites sur un carnet, développées simplement sur le ton de la conversation, des comptes rendus sur des expériences avec quelques observations sur le moyen de les appliquer dans les différents terrains de la commune, en résumé de véritables entretiens sous la direction du Président. On va dire que c’est encore trop demander. Eh bien! qu’on exigeune plus forte instruction primaire mais surtout qu'on commence, car tout est là.

D'ailleurs toutes ces questions d'organisation seront l'objet de statuts revisés à chaque renouvellement partiel du comité et approuvés par tous les membres. Ces statuts seront affichés dans le local avec le tableau des membres du comité. Dans les Bourses du travail on a placé en face la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, pourquoi n’en ferait-on pas de même dans la Maison agricole ?

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