‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 25 sur 38 · LIVRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE Il

Institutions agricoles à fonder par l'association communale.

Si, comme on l’a dit, on doit juger un peuple par les institutions qu'il se crée au moyen de l’association (1), nous sommes assurément les derniers au point de vue de l’agriculture; nous sommes même dépassés par de petits États comme la Suisse, la Belgique, le Danemark, cependant « il ne faudrait pas oublier que la société se modifie tous les jours, aussi bien, plus même dans sa forme économique que dans sa forme politique ou morale ; c'est faire inutilement œuvre de réaction que de s’opposer à cette évolution (2) ». C’est donc par une absolue

(1) Les Américains de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les esprits s'unissent sans cesse. Non seulement ils ont des associations communales et industrielles auxquelles tous prennent part, mais ils en ont encore de mille autres espèces... Partout où à la tête d'une entreprise nouvelle, vous voyez en France le gouvernement et en Angleterre un grand seigneur, comptez que vous apercevrez aux États-Unis une association. (De TocQUEVvILLE, op. cit., p. 214,1. III.)

(2) Économiste français, samedi 3 mars 1900. « Les sociétés coopératives de consommation », WILHELM.

Joseph Bouraun. A1

nécessité qu’il faut faire apercevoir à nos paysans cette évolution qui doit remplacer la routine par la science appliquée à la méthode culturale comme à l’organisation sociale. Il est grand temps de les inviter, de les amener à multiplier les ressources de l’agriculture par une foule d'institutions aux formes les plus variées. Toutefois 1l faut apporter une grande sagacité dans ce travail d’organisation, car on n’a pas toujours laissé la part de l'initiative et de l’activité individuelles qui doit toujours être prépondérante. L’Association-Providence ne vaut pas plus que l'État-Providence. « Nous devons rester très défiants à l'égard de toutes les institutions qui pourraient paralvser l'esprit d'initiative et accroître cette anémie des volontés donton se plaint aujourd’huiavec raison (1).» Et pour faire observer cette mesure nécessaire, il ne suflit pas de dire que « lêtre collectif est celui qui fait et possède tout ce que ne peut pas faire et posséder l'être individuel, tandis que l'être individuel est celui qui fait et possède tout ce que ne peut pas faire et posséder l'être collectif » (2). I] semble préférable de recommander aux promoteurs de toute institution de bien considérer le but à atteindre et de ne pas sacrifier sans nécessité le développement des facultés intellectuelles. Comme le père de famille, l’association communale veillera avec une sollicitude toujours égale sur le besoins de la commune éeonomique, elle ne laissera aucun progrès de la science, aucune idée nouvelle sans examiner si elle peut et doiten profiter, elle donnera à sa famille communale les instruments de travail et de

(4) BLonneL : Réforme sociale, 1°* décembre 1897.

(2) De GirarniN : De la liberté et du pouvoir.

perfectionnement, c’est-à-dire toutes institutions utiles ou nécessaires, sur lesquelles, une fois créées, elle continuera discrètement sa vigilance pour en arrêter les symptômes de désorganisation ou y provoquer des amélio= rations.

Nous grouperons toutes ces institutions agricoles sous un triple chef: la coopération. la mutualité et l’assistance. Elles feront ainsi l’objet de trois chapitres.

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