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LA COOPÉRATION

But de la coopération. — La coopération a fait d'immenses progrès depuis les Équitables pionniers de Rochdale (1844) qui en est la première application due à un socialiste, Owen. Quel est le principe de la coopération ? C’est au chef même de l’École coopérative en France qu'il faut le demander. « Cette école, dit M. Gide, pense que les intérêts personnels, loin d’être nécessairement harmoniques, sont au contraire naturellement en conflit, et, à la lutte pour la vie qui est, si l’on veut, le régime naturel, elle oppose l’union pour la vie; à la devise « chacun pour soi » (self help), celle de « chacun pour tous » qui est la devise des sociétés coopératives. L'association coopérative est en effet le moyen qu’elle préconise. Sans doute le moyen peut paraître mesquin et hors de proportion avec le but à atteindre. Mais si pourtant on veut réformer l’ordre social actuel sans recourir uniquement à l'emploi de moyens coercitifs, sous forme de législation, et moins encore à la violence, sous forme de révolution, il ne reste d’autres moyens que le concours des bonnes volontés, c’est-à-dire des libres associations. Il faut songer encore

que la coopération est l’antithèse indiquée de la compétition que nous voulons supprimer : que sous toutes ses formes, qui sont infiniment variées, — production, crédit, consommation — elle tend à remplacer l’antagonisme des intérêts (entre le patron et le salarié, entre le créancier et le débiteur, entre le producteur et le consommateur), par la communauté des intérêts; que par là, elle se montre éminemment propre à faire l’éducation des individus et des classes au point de vue de la solidarité et à leur apprendre à faire le sacrifice de certains de leurs droits en faveur d'autrui. Enfin, il faut songer qu'elle tend à éliminer les intermédiaires, à supprimer le salariat, à limiter la part du capital dans les profits, à agradir la sphère de la propriété et de l’épargne collective, ce qui répond aux desiderata du socialisme, et finalement à régler tout le mécanisme économique en vue de la consommation plutôt qu'en vue de la production, ce qui répond aux plus récentes préoccupations de la science économique contemporaine (1). » Cette idée de coopération est devenue universelle;-un ancien ministre italien, M. Luzatti, appelle la coopération une tente de paix sociale qui abrite les phalanges fatiguées des travailleurs, M. Paul Leroy-Beaulieu lui-même, d'ordinaire si sévère pour tout ce. qui porte une teinte de socialisme, atténue la critique qu'il en avait faite dansson Traité d'économie politique comme mode général de transformation économique : « La coopération est un instrument qui dans plusieurs domaines, notamment dans celui de la répartition des produits, a rendu des services signalés. Elle

(4) Ch. Gine: Principes d'économie politique, p. 38.

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