‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 5 sur 38 · SN ET ES · texte numérisé non relu

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moments où la France était le plus heureuse furent souvent ceux où les Français étaient le plus malheureux. Le pays faisait l'admiration du monde et le désespoir de ses habitants (1). » C’est donc une erreur que de confondre le bien-être du paysan et les progrès de l’agriculture : Jamais la campagne ne fut plus malheureuse que sous Louis XVI et cependant la culture fit à cette époque de grands progrès. Le x1x° siècle n’a pas complètoment détruit cette erreur, car il y a encore des économistes qui désirent l'amélioration de l’art agricole pour accroître la richesse générale du pays et non spécialement et avant tout dans l'intérêt des classes paysannes. Certains, comme M. Dareste, souhaitent la formation d’une classe moyenne très riche. « Plus il y aura d'hommes riches et aisés éclairés dans les campagnes, plus on y verra l’aisance générale les connaissances hygiéniques se répandre, l’enseignement s'étendre, les établissements charitables se multiplier (2). » Mais cette classe moyenne existe en Angleterre, cela n’a pas empêché un véritable prolétariat agricole ; elle existe même chez nous et, pas plus que les {armers d'outre-mer, elle n’a empêché la formation d’une catégorie de paysans qui souffrent et vivent sans jouir d’une façon intelligente des bienfaits de la civilisation. A un tel spectacle, qu’il ne faut ni exagérer niamoindrir, on en tenté de s’écrier avec M. Jaurès: « C’est chose étrange, c’est chose surprenante que la longue patience du travailleur paysan et de la souffrance paysanne (3) ) ;

(1) Vicomte D'AVENEL, op. cit., p. 349.

(2) DARESTE DE LA CHAVANNE, 0p. cil., p. 550.

(3) Journal officiel, interpellation Jaurès, séance du 19 juin 41897, p. 1588, col. 3.

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et l’on est plutôt étonné de l’optimisme de M. Deschanel dans sa réponse à l’orateur socialiste, optimisme qui rappelle le mot que l’on prête à Marie-Antoinette: « S'il n’y a pas de pain, on mangera de la brioche »; optimisme quid’ailleurs contraste avec cette conclusion: (les hommes de la terre doivent eux aussi se préparer à des pensées. nouvelles, à des destins nouveaux... Oui! nous croyons, nous aussi, à un ordre nouveau, à une organisation nouvelle du travail (1) ». Il faut en effet une organisation nouvelle du travail pour changer l’état moral et la situation matérielle de tous nos paysans ; et ainsi on conciliera les deux parties trop longtemps séparées du problème agricole, le bien-être du paysan et le progrès de l’agriculture ; on aura aussi trouvé le moyen d’inculquer dans l'esprit des travailleurs de la terre la notion exacte de l'égalité sans laquelle tout progrès est impossible. Nous verrons plus loin quelle peut être cette nouvelle organisation du travail et le rôle que peut y remplir notre institution de l'association communale agricole.

Au bien-être de nos paysans, M. Bernard (2) ajoute, comme condition essentielle du progrès de l’art agricole, la sécurité de la propriété. Mais puisque tout le monde est d'accord pour demander une nouvelle organisation du travail, les économistes comme les socialistes, il est peut-être bon d'indiquer sous quel régime de propriété elle pourra s'établir et porter les meilleurs fruits. C’est ici que l’on se divise ; et, sans m’attarder à réfuter les opinions divergentes, je n'hésite pas à déclarer que

(4) M. Paul DescraNez, Journal officiel, Chambre des députés, séance du 10 juillet 14897, p. 1943, col, 2.

(2) Principes d'économie rurale, p. 15, Paris, Masson, 1898,

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