‹ L'Association Communale AgricoleChapitre 7 sur 38 · VEN · texte numérisé non relu

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centres industriels des moyens d’existence qu’ellés n'y trouvent pas toujours et d’où elles ne rapportent souvent que des vices. » La sincérité et la précision de cette observation, que nous pouvons tous faire encore aujourd’hui, nous dispensent de citer d’autres témoignages non moins importants mais aboutissant tous à cette conclusion brève de M. de Foville : « Plus la terre se divise, plus sa fécondité augmente (1) », attendu que « tout le secret de la petite propriété est que le paysan travaille sans compter, parce qu'il sait qu'il travaille pour lui et rien que pour lui et parce qu’il peine sur cette terre qui est sienne et qu’il aime (2). »

Au point de vue social, les avantages du morcellement ne sont pas moins considérables. Quel moyen plus propre d’attacher le paysan à la terre que d'établir par le droit de propriété une sorte de contrat de mariage entre elle et lui? [Il na pas échappé à la perspicacité de M. Baudrillart dans son enquête en Normandie. « Ces petits domaines, ces parcelles parfois, le moraliste ne doit pas l’oublier, c’est la famille, ayant un toit, quelques aliments, un revenu qui varie dans d'assez modiques proportions, mais suffisant pour permettre au travailleur qui loue ses bras de discuter son salaire. Le résultat n’est pas à dédaigner non plus pour l’économiste. Le plus grand revenu net n’est pas tout. Ce qui assure les existences individuelles et les met à l’abri au moins en partie des incertitudes de la main-d'œuvre est un bien incontestable. Sous ces toits qui paraissent pauvres, on soufire rarement de

(1) A. pe Fovirce: le Morcellement, p. 1#, Paris, Guillaumin, 4885. (2) R. Henry : la Petite Propriété rurale en France,Paris,Pédone,1895.

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la faim, du froid, du dénûment complet. Le mot de paupérisme ne trouve que peu à s’appliquer dans les campagnes. Souvent c’est une véritable aisance qui résulte du mélange du salaire agricole combiné avec ces Jouissances assurées par la propriété (1).» L'École Le Play, qui se place sur ce terrain pour attaquer le morcellement, commet une erreur quand elle prétend que la propriété a détruit la famille. Je suis persuadé que, au contraire, plus il y aura de propriétaires, plus vite sera réalisée la « famille souche ». L'essentiel n’est pas de rayer de nos lois le régime égalitaire qui est entré aussi profondément dans nos mœurs, ni d'importer l’anerbenrecht qui, dans sa patrie, n’a fait que se substituer à de vieilles traditions absolument semblables, mais bien de chercher le lien, la force qui unira à jamais l’homme à la terre. Ce lien, cette force, peut-être l’association communale agricole pourrait nous la donner.

Nos législateurs de la Révolution paraissent avoir surtout considéré le point de vue politique. C’est bien à tort qu’on leur a adressé l’injure d’avoir voulu favoriser une classe de la société, car, nous l’avons vu, toute leur législation en cette matière est empreinte d’un esprit profondément démocratique. « La loi, dit de Tocqueville, partage, divise, dissémine les biens et la puissance. Il arrive quelquefois qu’on est effrayé de la rapidité de sa marche. Désespérant d'arrêter ce mouvement, on cherche du moins à créer devant elle des difficultés et des obstacles ; on veut contrebalancer son action par des efforts contraires. Soins inutiles. Elle broie et fait voler en éclats tout ce qui

(1) H. BAUDRILLART, 0p. cit., p. 274.

SUR Tue

se rencontre sur son passage. Elle s'élève et retombe incessamment sur le sol Jusqu'à ce qu’il ne présente plus à la vue qu'une poussière mouvante et impalpable sur laquelle s’asseoit la démocratie (1). » Nous savons que les grandes propriétés aristocratiques de l’Angleterre n’ont réussi qu’à développer une classe ouvrière agricole tout acquise aux doctrines collectivistes ; et, si nous regardons l’histoire, nous voyons que les grandes concentrations de la propriété ont amené la ruine des plus grandes nations et que, malgré ses lois agraires, Rome a dû succomber sous le développement incessant de ses latifundia. En France, la division des biens nous a permis de résister à des crises économiques et politiques qui ont été plus terribles chez nous qu’en aucun autre pays. « Le suffrage universel, le morcellement de la propriété, l'avancement à l’ancienneté ou au choix dans toutes les carrières, ont fait perdre à la question sociale son caractère alou (2). Un publiciste anglais, sir G. Campbell, le déclarait au congrès de association anglaise de la science sociale de 1874 : « La France à été en proie à des révolutions incessantes et elle a essuyé de terribles malheurs ; néanmoins, son crédit public reste ferme et les idées communistes y ont peu de chances de réussir. C’est que, dans ce pays, la grande division de la terre sert de contrepoids à l'instabilité des idées et des formes politiques (3). » Il y a bientôt trente ans que ces paroles étaient prononcées et, malgré le progrès des théo-

(1) De la Démocratie en Amérique, ch. V.

(2) T. Funck-Brenrano: la Politique, p. 118.

3) Cité par Cauwks, Cours d'économie politique, &. HE, p. 477.

L'ENRHE

ries socialistes, et leurs concessions en faveur des petits paysans, la campagne ne s’est pas laissé entraîner à des idées absolument contraires à ses intérêts. Cela nous indique notre devoir, à savoir la démocratisation de la propriété. Si nous abandonnions ce principe de justice et de raison, il serait à craindre qu’il ne s’opérât en agriculture la même évolution, on pourrait presque dire la même révolution, que dans l’industrie. Mais l’Europe vient nous montrer que nous sommes dans la véritable voie en cherchant à détruire la propriété aristocratique partout oùelle se trouve, surtout en Angleterre où les économistes contemporains se préoccupent vivement d’une réforme agraire, et en donnant une extension de plus en plus grande à la propriété de l’avenir, c’est-à-dire la propriété paysanne ou démocratique. « Le développement de la petite propriété rurale et urbaine, dit M Jannet, est un intérêt social de premier ordre. Presque tous les gouvernements européens s’en préoccupent. La Russie vient d’édicter des lois pour protéger les petites propriétés rurales contre la vente inconsidérée. L'Allemagne cherche à multiplier dans ses landes les Reutengüter. La Suède va donner le droit à tout cultivateur de s'établir sur les terres vagues appartenant aux communés. L'Italie veut coloniser la Sardaigne par les petits propriétaires. La Belgique met en œuvre son admirable loi du 9 août 1889 sur les habitations ouvrières et, avec l’aide des comités de patronage, elle multiplie les habitations urbaines possédées par les ouvriers... Enfin l'Angleterre, sentant la nécessité de réparer les injustices du passé, qui ont été peut-être plus grandes chez elle que dans les autres pays de l’Europe occidentale, prépare des

Joseph Bouwraup, D

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