L ENCHAINEMENT DES FAITS DE CONSCIENCE IO
Forme : On montre au sujet la syllabe LA ; çà lui suggère le mot LAC ( addition simple). — L’image d’un oiseau lui suggère celle d’un arbre au-dessus duquel volent quelques oiseaux, puis de l’arbre lui-même ( addition réductrice). - — Dans la substitution , l’inducteur et l’induit ne coexistent pas dans la conscience, l’image évoquée ne contient plus rien de l’image évocatrice : c’est le castype de l’association. S. a pu suivre tous les degrés entre l’addition simple et la substitution.
Mais, l’addition est elle-même l’effet d’une association, qu’il faut expliquer ; quant a savoir pourquoi l’évocation prend tantôt la forme de l’addition, tantôt celle de la substitution, c’est en dehors de l’association elle-même que, le plus souvent, il en faut trouver l’explication.
Le contenu de l’addition peut être une représentation, un sentiment, un fiat volontaire, un sentiment de récognition, etc.
4° Retentissement : S. comprend sous ce nom l’action des représentations déjà sorties de la conscience [Nous en reparlerons sous le nom de constellation].
Scripture en conclut que l’évocation d’une idée est déterminée par l’action combinée de l’influence et du retentissement.
Ces expériences de Scripture montrent que la question de l’évocation est autrement compliquée qu’on ne l’avait cru jusqu’ici, et que l’association ne rend compte que d’une partie du phénomène ; elles ont attiré aussi l’attention sur ce fait que l’évocation est préparée par un processus dont l’association ne rend pas compte. Mais il y a avantage à reprendre cette étude d’une façon plus systématique ; nous allons donc passer successivement en revue les divers facteurs de l’évocation, à savoir :
i° Préparation de l’inducteur;
2° Action propre de l’in- \ ducteur ; 1
3° Action du ton affectif f ^ . . .
i iv i , > invocation associative,
de 1 inducteur ; {
4° Action de la constella- \ tion ; J
5° Age de l’association ;
6° Influence du milieu. (et du corps) ;
7° Influence du sentiment sous-jacent;
8° Piôle de l’intérêt ;
9° Réduction de l’induit.
i° Préparation de l’inducteur. — Il est inutile de revenir sur les remarques de Scripture à ce sujet. Constatons seulement que cette préparation est l’effet d’un processus de dissociation, de concentration, de réduction, lui-même étranger à l’association, mais qu’il ne faut pas oublier, puisque c’est lui qui va être une des conditions déterminantes de l’association en déterminant l’inducteur.
La conclusion pratique à tirer de cette remarque est que, lorsqu’on envisage une association, soit pour J a classer, soit pour en déterminer l’origine, la première chose à faire est de s’enquérir de la préparation que le sujet a fait subir à l’objet présenté. Avant de chercher pourquoi la vue d’un cheval évoque tantôt l’idée d’un cavalier, tantôt celle du maréchal ferrant, il faudra [demander au sujet si, lorsqu’il a vu le cheval, sa vue s’est attachée à l’animal lui-même, ou s’est concentrée, pour une raison ou pour une autre, sur ses sabots.
En pratique, cependant, il est souvent très difficile
l’enchaînement des faits de conscience i5o
desavoir ce qui revient à l’association, et ce qu’il faut considérer seulement comme préparation. Si l’on me crie arbre et que je réponde tronc, il y aura association, sans doute, si je ne me suis rien représenté ; mais si je déclare avoir vu intérieurement un arbre, et que mon attention se soit fixée sur son tronc, d’où ma réponse, faudra- t-il dire que V image arbre a évoqué V image tronc? Non, car celle-ci était impliquée dans celle-là, et, somme toute, l’association, qui paraissait être entre des idées, ne régit plus que la compré hension et la détermination des mots ; le processus est le suivant :
mot arbre > image arbre > image tronc > mot tronc
association concentration association
il comprend un acte de concentration entre deux associations verbo-idéale et idéo-verbale.
Jusqu’ici on a considéré ces cas comme une association régulière ; mais il me semble que c’est à tort, et il serait bon d’élucider ce point. Lorsqu’on mesure la vitesse de l’évocation, par exemple, il n’est pas indifférent de savoir exactement ce que l’on mesure, si c’est un automatisme associatif ou un acte de concentration ou même de choix.
2° Action propre de iinducteur. — Une fois l’inducteur bien déterminé, on peut se demander quel est son rôle par rapport à celui des autres facteurs ci-dessus énumérés. Il agit par contiguïté, et suivant la force de celle-ci ; mais son action n’est efficace qu’en s’ajoutant à toutes les autres, à moins qu’elle ne soit plus forte que toutes les autres à la fois. C’est ainsi
l’association des idées
que, si je parle mécanique, le son arbre fera surgir en mon imagination une tige de fer servant d’axe à une roue, et non pas un tronc branchu surmonté de feuillage bien que, sans aucun doute, à ne considérer que la contiguïté seule qui relie ces diverses images au son arbre j celle-ci soit bien plus forte dans le second cas que dans le premier.
3° Action du ton affectif de i inducteur . — Au lieu d’agir par lui-même, il se peut que l’inducteur agisse par l’intermédiaire ou avec le concours spécial du sentiment qui l’accompagne.
Et tout d’abord, une remarque : comment faut-il envisager cet élément affectif? Doit-on le regarder comme étant lui-même l’état évoqué, ou au contraire comme faisant partie de l’inducteur?
Deux cas sont à considérer: A. Si, au cours d’une expérience d’association, on me montre un papier gris, que je réponde froid, et que je reconnaisse que cette couleur a provoqué en moi un sentiment de quelque chose de triste, sentiment que j’ai traduit par le mot froid, il me semble qu’il faut considérer ce sentiment comme faisant partie de l’inducteur. Ce n’est' pas, en effet, par suite d’une habitude acquise que j’ai lié ensemble la sensation de gris et ledit sentiment ; non, il s’agit là d’une réaction émotionnelle innée, le sentiment vient, pour ainsi dire, se fusionner avec la sensation, et les deux ne forment qu’un même tout, comme le gris ne forme qu’un avec l’étendue du papier qu’il colore. On pourra donc formuler :
couleur grise santiment
mot froid.