I.’ ENCHAINEMENT DES FAITS DE CONSCIENCE
B. L’inducteur peut être lui-même indifférent, au point de vue affectif, et n’évoquer un sentiment que grâce à l’expérience passée, au cours de laquelle ce sentiment s’est trouvé lié à l’idée inductrice. L’éveil de ce sentiment paraît donc être l’évocation elle-même. Ainsi le mot Rome fera jaillir peut-être une émotion esthétique ; on pourra considérer celleci comme l’induit.
Mais il y a toute une série de cas où cette distinction sera très difficile à faire ; si le mot tristesse, ou deuil, fait surgir un sentiment de tristesse, faudra-t-il considérer cet état affectif comme faisant partie de l’inducteur ou comme étant l’induit? — Il faudra interroger le sujet, qui seul pourra juger de la chose. Ne nous dissipulons pas cependant que la décision risque presque toujours d’être arbitraire ; et ce serait peut-être nécessaire d’adopter, entre psychologues travaillant sur l’association, une règle conventionnelle à cet égard.
Quoi qu’il en soit, tantôt l’inducteur lui-même et son ton affectif concourent à déterminer l’induit, tantôt c’est le ton affectif seul qui est l’élément déterminant.
Sciupture (6) a noté, dans quelques expériences, l’influence exercée par le sentiment accompagnant l’inducteur. Tantôt ce sentiment collabore à l’évocation de l’induit, tantôt il est l’agent d’une évocation spéciale qui se produit parallèlement à l’autre. Les formules suivantes, empruntées à Scripture, font bien comprendre la diffé-
frence de ces divers cas (l’inducteur était la perception d’une couleur ou d’un portrait) :
6 2 l’association des idées
Perception — Sentiment Représentation
P S — >- IV Ri — U2
Rourdon, au cours de très nombreuses expériences, a remarqué que la forme grammaticale de l’inducteur influait sur la forme grammaticale de l’induit. Or, la forme grammaticale comme telle ne correspond-elle pas, psychologiquement, à un sentiment ? On aurait ici un exemple intéressant de l’influence du sentiment accompagnateur sur la forme de l’induit.
4° Action de la constellation. — Nous avons dit tout à l’heure que le même mot arbre, suivant que l’on parlait mécanique, botanique, ou généalogie, évoquait en nous des idées bien différentes. Gela vient de ce que, suivant que nous traitons de l’une ou de l’autre de ces disciplines, le réseau de représentations que chacune implique se trouve par cela même subexcité — notre cerveau est, pour ainsi dire, dans un certain ajustement — et, par suite, les images appartenant à ce réseau atteignent plus facilement l’intensité nécessaire à l’évocation1.
i. C’est ce que montrent bien les expériences de Flournoy (d) : on met beaucoup moins de temps pour lire une liste de mots en prononçant tous les mots d’une certaine categorie (noms d’animaux, par ex.) qu’en les sautant. Cela vient de ce