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Cf aussi la bonne critique de Rabier, i32-i3G

facteur personnel (types sensoriels, etc.) d’où dépend la plus ou moins grande facilité d’acquisition de certaines images, etc.

•La conservation est une fonction qui résulte en grande partie du nombre de liens contractés. Mais, en outre, il faut supposer que la rétention des états associés eux-mêmes est liée à une certaine « empreinte » cérébrale, et toute étude de celle-ci est en dehors du cadre de notre ouvrage.

La reproduction ou évocation est au contraire le résultat même du jeu de l’association — abstraction faite des cas possibles d’une évocation libre ; — nous n’avons pas à y revenir.

Restent la reconnaissance et la localisation dans le passé, deux phénomènes que l’on a voulu confondre (Ribot, b, 2), bien qu’ils soient, au point de vue psychologique, totalement différents : on ne peut, notamment, expliquer le premier par le second, car un « sentiment de déjà-vu, de familier, » n’est pas « un sentiment de lieu, de situation ». Il arrive que la figure d’une personne que nous croisons dans la rue nous soit familière, mais nous ne pouvons dire quand nous l’avons vue, s’il y a trois jours ou trois mois ; au contraire, on nous présente quelqu’un avec qui nous nous sommes trouvés en rapport il y a quelques années; nous nous souvenons très bien, en effet, du jour et des circonstances de cette ancienne entrevue, mais la figure de cet individu était sortie de notre mémoire et nous paraît nouvelle ; nous savons que nous le connaissons, mais nous ne le reconnaissons pas : il y a localisation, mais pas récognition.

Reconnaissance. — IIôffding a cherché, nous

l’asssciation des idées

l’avons vu, à l’expliquer par l’association par ressemblance : si une sensation A se fusionne avec son image a, elle est reconnue. Mais comment comprendre qu’une fusion d’états supposés identiques puisse donner naissance au sentiment du familier — car il s’agit là d’un sentiment, ainsi que l’a bien vu Bourdon (c, i63) — ? L’état faible doit se noyer dans l’état fort, et admettre que celui-là serve à reconnaître celui-ci, c’est « comme si l’on disait que nous avons besoin d’une bougie pour voir le soleil » (James, I, 592).

Lehmann a cherché à combattre l’hypothèse de Hôffding : son but était de montrer que c’est la loi de contiguïté qui explique la récognition, non la loi de ressemblance ; lorsqu’une sensation A est reconnue, ce n’est pas parce que son image a intervient, mais parce que, forcément, A s’est trouvé lié à d’autres sensations B -|- G -f-D... Au moment où A réapparaît, les images b-hc -hd... sont évoquées par contiguïté ; il se produit alors une attente : on s’attend à voir B, C, D... surgir. S’ils surgissent en réalité, V attente est justifiée, et la sensation est reconnue. Si A est isolé, pas de reconnaissance possible ; celle-ci dépend de la congruence entre b, c, d, attendus et B, G, D réellement perçus. Voici la formule de Lehmann :

Il II II

Un certain nombre d’expériences délicates ont été organisées ; elles ont montré que l’exercice et la répétition des présentations ne facilitaient pas la récognition comme la théorie de Hôffding le voudrait.

Lehmann a remarqué par exemple que le sujet reconnaissait mieux, dans une série de teintes grises, celles auxquelles ont pu être assignées un nom ou un numéro d’ordre, que celles qui étaient présentées isolément. Or, si la dénomination d’une teinte facilite sa reconnaissance, nous sommes en présence d’un fait que la théorie de Hôffding n’explique pas, car, d’après celle-ci, l’évocation du nom B ne pourrait être que postérieure à la , fusion A — a , et ne pourrait donc rendre compte de la récognition. Au contraire, d’après l’hypothèse de Lehmann, on comprendrait que le nom, évoqué par contiguïté A — b , puisse faciliter la reconnaissance.

Mais, si les expériences de Lehmann ont montré la vanité de l’hypothèse de Hôffding, il saute aux yeux que son explication ne vaut guère mieux : Lehmann ne fait, en somme, que reporter sur le second terme b - — B, et sous le nom de congruence, la fusion A — a de Hoeffdina, sauf qu’il admet que cette congruence implique une comparaison. Mais cela contredit l’expérience psychologique.

Sans entrer plus en détail dans cette question qui ne nous appartient pas, concluons donc que l’association par ressemblance n’a rien à faire avec la récognition l.

Cela ne veut pas dire, certes, que le sentiment du déjà-vu ne puisse passer, par transfert, d’une image à une image associée : c’est même là l’explication la plus plausible de la par amnésie. Mais ce ne sont

i . Aussi est-on étonné de voir Bourdon (c), apres avoir bien insisté sur ce que la reconnaissance est un sentiment, la considérer « comme une sorte d’assooiation par ressemblance » (p. i85). — D’ailleurs, nous reconnaissons les images aperçues en rêve, bien qu’il n’y ait pas là possibilité d’une fusion de l’image avec une impression externe.

jamais les images associées qui constituent, par leur présence plus ou moins subconsciente, la récognition. J’ai cherché à mettre ce fait en lumière en invoquant quelques observations pathologiques : tantôt ce sont des malades qui, ayant conservé la compréhension des objets qu’ils voient, éprouvent cependant, à les considérer, une impression d’étrangeté ; d’autres, au contraire, possèdent à un très haut degré le sentiment du déjà-vu, bien qu’ils ne reconnaissent pas les objets, — preuve que la complication d’images associées qui sont présentes lors de la « reconnaissance intellectuelle » ne rend nullement compte du sentiment de récognition l.

Localisation. — Certes, aii point de vue logique, la reconnaissance, le déjà-vu, implique une projection dans le passé. Mais, est-il certain que, psychologiquement, ces deux fonctions ne puissent être isolées ? Dans divers états de paramnésie que j’ai éprouvés personnellement, la récognition ne s’accompagnait d’aucune projection, et c’est là peut-être ce qui rend si bizarre, si surnaturel, ce phénomène. Il en est sans doute de même dans certains cas de prévision, comme dans celui de Mme Fairbanks 2, si intéressant à cause des détails exacts qui ont pu être fournis : en enten-

1 . Voir, pour les détails, ma Revue générale sur Vagnosie, p. 83 et 96, 97. — On montre à un malade de Bernheim (Rev. de méd., i885) un trousseau de clefs. Il prétend qu’il sait ce que c’est: « c’est pour marquer ». Il s’en sert comme d’une plume. Il constate alors que ce n’est pas cela: « Je l’ai vu cent millions de fois, c’est pour semer du grain, c’est une herse », etc.

2. K. Fairbanks. Note sur un phénomène de prévision immédiate. Archives dePsychol., 1, 1901, 96.

LES SENS, LA MÉMOIRE ET LES SENTIMENTS 33g

dant parler le professeur, Mrae Fairbanks « savait tout ce qu’il allait dire, mais non comme si elle se le rappelait, car elle avait constamment le sentiment que le sujet qu’il traitait lui était inconnu ».

Quoi qu’il en soit, la projection dans le passé est un phénomène dont le mécanisme psychologique est obscur ; il semble qu’il soit l’effet du concours de deux sentiments : celui de « l’avant » et celui du temps, l’un déterminant la direction de l’autre, et le tout enveloppant les images que nous appelons souvenirs. — Une fois admise cette projection possible, c’est grâce à l’association, sans doute, qui a soudé bout à bout les principaux événements de notre vie passée que notre pensée pourra retourner en arrière et franchir, comme sur un pont, l’abîme de l’oubli ; et c’est bien aussi par le moyen de ce pont, seul resté debout grâce à la solide liaison de ses parties, que, selon l’image pittoresque de Taine (II, 55) le souvenir voyage, « avec divers glissements, en avant, en arrière, sur la ligne du passé ». Mais quel est le pourquoi de ces « mouvements de bascule » ? lorsqu’on cherche à localiser un souvenir imprécis, l’esprit passe en revue les événements passés jusqu’à ce que le souvenir en question soit reconnu comme étant associé à ceux-là; mais l’acte de « passer en revue », l’association ne l’explique pas. — Il va sans dire que les images évoquées par un objet présent aident à le localiser dans le temps — ainsi que l’ont bien montré les intéressantes expériences de Vaschide. — Il en est de meme des schèmes visuels de l’année, des périodes de l’histoire, etc., qui jouent un si grand rôle dans la localisation des images. Chez moi, ce sont ces

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schèmes qui forment cette ligne du passé sur laquelle glisse le souvenir; mais ce schème lui-même n’est pas une construction empirique due à l’association : c’est bien plutôt une fabrication spontanée de mon émotivité.

Mnémotechnie. — L’art de retenir un souvenir dans sa mémoire n’est autre que celui d’enserrer la chose à retenir dans un réseau d’associations. Il faut lier l’événement nouveau à un événement ancien et déjà fixé. « Plus un fait est associé à d’autres, plus sa conservation dans notre mémoire est certaine » (James, I, 662). Avis aux pédagogues.

§ 3. — Langage.

Sans entrer dans la délicate question de l’origine psychologique du langage, rappelons qu’il ne suffit pas de faire consister celui-ci dans l’association (naturelle, ou conventionelle) entre certains sons ou gestes et certaines idées. Ainsi que l’a admirablement fait saisir W. James (II, 356), le langage n’est possible que si le rapport de signe à chose signifiée arrive à être senti comme tel, et que ce sentiment de dénomination intéresse suffisamment l’esprit pour être abstrait et généralisé. Une fois cette abstraction réalisée, on peut comprendre que, par l’effet d’une association par similarité, l’idée de dénommer les objets s’étende à chaque cas particulier.

Je vais prendre un exemple grossier pour fixer les idées : l’habitude et le hasard ont associé, chez un enfant, le son vocal a à l’obtention de l’objet A, le

son b à l’obtention de l’objet B, etc. Pour que l’enfant ait l’idée de donner un nom à quelque objet qu’il désire et auquel ne correspond encore aucun son, il faut préalablement qu’il abstraie l’idée du signe (et aussi l’idée de l’obtention) ; on comprend alors que, par similarité, le désir de l’obtention d’un objet X évoque l’idée de lui adapter un son approprié :

(son a) — (obtention de A) (son 6) — (obtention de B)

[sentiment de dénomination]

[idée d’obtention].

L’association consécutive par ressemblance peut être formulée ainsi :

Ass.parress.

(obtention de X).

[idée d’obt.] [sentim. de dénomin.].

On voit donc que l’association joue un rôle dans la formation du langage, mais ce n’est pas le premier, c’est le second.

Mémoire verbale. — La pathologie du langage a mis en lumière la façon dont les divers centres (auditif, d’articulation, et visuel) du langage sont associés entre eux, avec le centre moteur de la main (écriture), ou avec les centres d’idéation. Les diverses mémoires verbales ne sont pas absolument indépendantes, comme l’avait enseigné Charcot, elles sont au contraire dans des rapports d’interdépendance mutuelle (Wernicke, Dejerine) : ainsi, les aphasiques sensoriels, malades qui ont une altération du centre verboaudilifdes mots (A) présentent de la paraphasie, c’està-dire que leur articulation est défectueuse. Il faut

donc admettre que, lorsqu’une idée I tend à s’exprimer en mots, elle agit sur le centre M (d’articulation) à la fois directement et indirectement par l’intermédiaire de A :

Nous avons là un cas intéressant de collaboration associative. — La clinique nous montre encore que certains de ces trajets intercentraux sont plus importants que d’autres ; les trajets qui passentpar le centre A seraient notamment prépondérants, ce qui s’expliquerait par ce fait que le centre verbo-auditif, étant le premier développé par l’éducation (l’enfant comprend avant de savoir parler ou lire), c’est à lui qu’ont été le plus solidement liées les images des choses. Stôrring (à) a récemment attiré l’attention sur la prévalence de ces associations; il est impossible ici d’entrer dans les discussions que soulève cette question. — La façon intime dont collaborent les centres verbaux fait comprendre les réponses bizarres que l’on obtient souvent dans les expériences d’association ; lorsque l’inducteur est un mot écrit, venir , par exemple, on répondra vomir purement automatiquement, et bien que la pensée ne se soit pas du tout dirigée sur ce mot, dont l’énonciation est l’œuvre uniquement des centres du langage (obs. personnelle).

La question de V écriture est entrée, depuis dix ans, dans une phase nouvelle : le centre graphique autonome décrit par Exner n’existe pas, — c’est-à-dire

que l’on ne pense jamais en images graphiques — et l’écriture consiste en une copie des images visuelles : car, lorsque le centre verbo-visuel est lésé, l’écriture est altérée ou impossible. Mais, chose bizarre, on observe aussi des troubles graphiques lorsque le centre de Broca est détruit. La parole intérieure articulée a donc ou une influence directe sur l’acte d’écrire, ou une influence indirecte sur celui-ci, par l’intermédiaire du centre verbo-visuel ; de même pour la mémoire verbo-auditive. On peut symboliser ce mécanisme par le schéma suivant, qui rappelle que l’acte graphique dépend de l’intégrité de tout le langage intérieur1 :

Langage intérieur

d’articulat.

O Idéation.

G. auditif des mots G. visuel des mots.

des mouvements graphiques.

Le phénomène de la cécité verbale pure (Dejerine) nous montre que l’identification primaire est empêchée, malgré l’intégrité du centre verbo-visuel, si le trajet cérébral reliant ce dernier au centre de la vision brute est lésé. Gela nous prouve que, pour le langage, fidentifi cation implique une transmission

i . On peut remarquer en effet que la destruction de l’un quelconque des centre et des voies de ce schéma affaiblit directement ou par contre-coup la quantité d’influx nerveux que doit recevoir le centre des mouvements graphiques.

l’association des idées

pseudo-associative ; mais on ne sait si, pour les autres sortes d’images, il faut admettre aussi un dédoublement des centres de réception et des centres de souvenir.

Quelles sont les conditions de compréhension du mot ? Pour comprendre un mot, est-il nécessaire que l’image de l’objet dont il est le symbole soit évoquée ? Il ne le semble pas. Le mot paraît, dans certains cas pathologiques où les images visuelles ont disparu, remplacer celles-ci, et commander à leur place les diverses associations qui en dépendent : tel un laquais qui, en l’absence du cocher, prend en mains les rênes de l’attelage. — On peut observer ce fait par l’introspection, dans les circonstances normales : quand on lit rapidement, par exemple, tous les mots n’évoquent pas l’objet même qu’ils désignent; il leur suffit, pour être compris d’évoquer les images disparates dont se compliquerait l’objet lui-même, s’il était présent, — auréole d’images par qui, nous l’avons vu, le sentiment de compréhension est provoqué. Nous sommes donc là en face d’un cas de transfert, que l’association explique suffisamment ; c’est, en somme, une association médiate.

§ 4. — Les sentiments.

Quel rôle joue l’association dans le domaine des sentiments P — Quelle influence les sentiments ont-ils sur l’association et l’enchaînement des idées? Voilà les deux problèmes connexes qui doivent être examinés ici.

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