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I. Freud. Paralysies hystériques, Arcli. de Neurol., XXVI

Claparède. 20

talement une ligne 2, 3, 5 fois plus longue, vous y arriverez sans peine. Pour expliquer que la représentation suggérée l’est par association, il faudrait que, précédemment, vous ayez perçu simultanément, d’une part, la ligne donnée et les mots « 2 fois plus longue » d’autre part, la ligne demandée de longueur double. Or, il est évidemment absurde de le supposer. (Une telle condition est réalisée, par exemple, pour les opérations du livret arithmétique, où 5 fois 6 a été perçu en simultanéité avec la réponse 30 .)

Autre exemple : je vous montre une personne que vous n’avez encore jamais vue, et je vous dis que mon ami A, que vous ne connaissez pas non plus, lui ressemble en plus joli, ou en plus laid, ou en plus maigre, ou en plus petit, ou en moins pâle, etc... Vous modifierez sans peine votre perception dans le sens indiqué. Or, cela ne peut pas plus que pour l’exemple précédent s’expliquer par l’association. — Je pourrais multiplier les exemples i.

Nous avons affaire là à un mode d’activité mentale, activité modificatrice, combinatrice, qui résulte bien de Y action d’un sentiment (sentiment du plus,

1. Les cas de ce genre sont innombrables : ainsi on peut se représenter une teinte intermédiaire à deux teintes données et que l’on voit pour la première fois. — Tous les ordres que l’on donne et qui se rapportent à des actes que l’on n’.a encore jamais exécutés de cette façon-là réalisent des cas de combinaison. Si on commande à un soldat exercé : « En joue, feu ! » sa réaction s’explique sans doute par la fonction associative ; mais si l’on dit à quelqu’un qui ignore le maniement d’armes: « Prenez ce fusil, tenez-le horizontal, etc. », il est difficile de concevoir que l’association préside seule à l’exécution de son acte. 11 doit avoir tout au moins le sentiment qu’il s’agit d’un acte à exécuter, et que cet acte doit se rapporter à ce qui est commandé.

du moins, du multiplié par, du supérieur, du double, du triple, etc.) sur une image, — mais sans qu’il soit possible de concevoir cette action comme consistant en une association. Il faudrait supposer, au point de vue physiologique, pour expliquer la chose, un renforcement ou une inhibition de certains processus cérébraux sous l’influence des variations de certains autres processus, correspondant aux états affectifs, — ou la collaboration d’un certain nombre de centres divers. Mais il nous est difficile de concevoir pourquoi la modification de la perception donnée, au lieu d’être simplement quantitative (adjonction d’autres éléments) est qualitative. — C’est là un problème obscur qu’il suffisait de poser, pour que l’on se rende compte de l’immense quantité de faits d’activité mentale qui échappent totalement à l’association.

3° Direction de la pensée : Il ne suffit pas, pour résoudre le problème de la vie mentale, d’expliquer par quel mécanisme, associatif ou combinateur, telle idée, telle image est amenée sur la scène de la conscience; il faut encore montrer pourquoi les idées s’enchaînent dans un certain ordre logique, ou harmonique, pourquoi elles se systématisent en vue d’une certaine fin. Là encore, c’est aux dispositions affectives qu’il faudra s’adresser pour avoir une solution. Les psychologues, après s’être trop longtemps contentés, sous l’influence du sensualisme, ou même de l’intellectualisme, de faire une psychologie purement cérébrale, ont enfin compris qu’il fallait aller plus profond, aux sources mêmes de la vie organique, pour rendre compte de la systématisation, de l’unité de la pensée (Horwicz, James, Pauliian, Fouillée). Pour

Fouillée (221) « l'association [ou plutôt l'enchaînement] des idées présuppose en effet celle des émotions et, sous celle des émotions, celle des impulsions. L’impulsion dominante, comme la haine, éveille par association les impulsions secondaires dirigées dans le même sens, colère, ressentiment, soif de vengeance, etc. Le lien qui les relie est l’unité d'un but par rapport auquel elles sont causes coopérantes. Cette solidarité des impulsions tient probablement à la solidarité même des organes , au retentissement de l’excitation centrale dans des parties du système nerveux unies par une loi de corrélation. »

Ribot (c, 172) doute que ce facteur affectif soit toujours présent : il ne voit aucune raison pour admettre que le mathématicien et le métaphysicien qui enchaînent une longue série d’abstractions aient un état émotionnel pour soutien et véhicule de leur pensée. Il me semble, au contraire, bien difficile de ne pas l’admettre. Certes, nous ne pouvons encore nous représenter en quoi consiste l’action mécanique de cet état émotionnel, mais nous pouvons affirmer que des sentiments de rapport, du juste, du faux, de l’évidence, sans parler de l’intérêt attaché au but à atteindre, interviennent à chaque pas du raisonnement du savant.

Godfernaux (i5q) a magistralement décrit cette action du sentiment sur la pensée ; il a bien montré que la tendance affective est le véritable moteur de la pensée et de l’action. Il peut y avoir simultanément plusieurs sentiments dirigeants, emboîtés, pour ainsi dire, les uns dans les autres. Voici un orateur qui prononce un discours. Cet acte suppose « d’abord une

émotion générale, qui donne à l’ensemble du discours son caractère d’unité » ; puis « la tendance fondamentale se décompose, monte pour ainsi dire vers la pensée. Et chacun des développements de chaque partie, pris à part, représente lui-même une tendance plus concrète, qui elle-même se décompose en coordinations motrices d’un caractère plus défini... »

Bergson (8) a remarqué aussi, à propos d’un problème plus restreint, celui de l’effort intellectuel, cet emboîtement des tendances. Lorsqu’on fait effort pour évoquer un souvenir simple, on part « d’une représentation où l’on sent que sont donnés, l’un dans l’autre, des éléments dynamiques très différents. »

Rien n’est plus obscur que cette implication réciproque des sentiments, et que le mécanisme grâce auquel ils se dégagent peu à peu les uns des autres, l’un continuant à gouverner l’opération générale à laquelle la pensée s’applique, tandis que les autres, comme des officiers subalternes, s’appliquent à réaliser des systématisations plus limitées. L’association ne peut pas rendre compte de tous ces phénomènes. La nature de l’action du domaine affectif sur la direction de la pensée est encore absolument ignorée, mais il n’y a aucune raison de croire qu’elle s’effectue par association et il n’est pas même possible de comprendre qu’il puisse en être ainsi, à moins qu’on ne mette sous ce mot beaucoup plus de choses que de raison. C’est pourquoi nous considérons comme ne rentrant pas dans le cadre de notre étude le problème de l’activité mentale ‘, de l’effort intellec-

i. Par exemple, l’acte d’additionner, de soustraire, de multi-

tuel, etc., qui implique au premier chef cette action modificatrice et directrice du sentiment sur l’enchaînement des représentations.

§ 5. — Le moi et la personnalité.

Hume avait nié la possibilité de l’idée du moi , sous le prétexte que notre vie mentale n’est qu’une succession d’états continuellement changeants. Mais cette assertion était par trop contraire à l’expérience interne, pour laquelle tous nos faits de conscience, s’ils sont qualitativement différents, ont cependant ce caractère de former une même série continue. Or, la succession de divers états n’est nullement une raison suffisante, nous l’avons vu, de la perception, de l’idée de cette succession. Tous les associa tionistes qui ont fait dépendre le sentiment du moi de la connexion elle-même des états associés ont donc commis une double faute : d’abord la faute de méthode que nous venons de rappeler; ensuite, l’erreur de fait, qui consiste à confondre l’idée d’une série ou d’un tout avec le sentiment du moi, qui est quelque chose de différent et qui, au surplus, se manifeste à propos des sensations les plus simples, alors qu’il n’y a là ni série, ni connexion.

Si vraiment, comme on l’a soutenu, le sentiment du moi n’est pas primitif, ce ne peut être que d’une façon : c’est que, absent chez les animaux inférieurs

plier, etc., — hormis le cas du calcul élémentaire, appris par cœur à l’école, et qui s’explique par l’association seule.

(ou chez le nouveau-né), il apparaît soudainement, par variation, tel que le fait, par exemple, le sens de la vue ou de la musique. Mais il est encore plus simple de penser que ce sentiment prend naissance avec la première sensation, qu’il imprime sur tout jévénement de conscience ce cachet de moi-ïté qu’en fait on y trouve, même lorsqu’il s’agit de perception extérieure, et que l’idée du moi n’est qu’une abstraction de cet élément de moi-ïté, commun aux expériences les plus diverses — abstraction qui se distingue de toutes les autres en ce qu’elle porte elle-même, comme toute pensée, ce coefficient de moi-ïté, qui, dans le cas particulier vient ajouter son intensité vécue à l’image abstraite — en sorte que, l’expérience le prouve, on n’a jamais le sentiment du moi si intense que lorsqu’on pense à l’idée de moi.

Une fois la spécificité de ce sentiment bien reconnue — et je n’ai pas ici à en discuter l’origine — on peut aborder l’examen du rôle joué par l’association dans la constitution de notre personnalité (J’ai appelé moi-ïté le sentiment qualitatif et vécu qui nous fournit l’idée du moi, et ai réservé le nom de personnalité pour ce qui concerne le contenu de souvenirs, d’images et de perception que nous attribuons au moi). La personnalité apparaît ainsi comme une vaste association par ressemblance, association polycéphale dont les termes seraient d’une part, les mille souvenirs et sensations qui forment la trame de notre vie passée et présente, et qui aurait d’autre part, pour élément commun, le sentiment du moi; — ou plutôt la personnalité serait le sentiment du rapport impliqué dans ce vaste plexus associatif, sentiment

que toutes ces images diverses ont ceci de commun qu’elles sont liées à un même coefficient de moi-ïté (et que, par-dessus le marché, ce coefficient est le même que celui dont est affecté cet état de conscience en lequel consiste la présente constatation).

D’ailleurs, ce que nous appelons la personnalité varie suivant les points de vue, et est déterminé par la constellation. Notre moi est un moi intellectuel lorsque nous travaillons, un moi social lorsque nous sommes dans la rue ou en société, un moi physique lorsque nous avons faim, soif, ou sommes fatigués. Le sentiment du moi, ainsi qu’on l’a remarqué, peut se transférer, par association, jusqu’aux objets de notre toilette et de notre çntourage. Il est cependant un de ces moi qu’on s’accorde à considérer comme le principal : le moi physique. Gela provient sans doute de ce que c’est, en général, celui qui nous intéresse le plus ; péut-être aussi les sensations organiques et cénesthésiques, qui nous font connaître notre corps, ont-elles une plus grande ressemblance qualitative avec le sentiment du moi, ou encore, ces sensations provoquent-elles un sentiment plus vif du moi. Cette question est délicate ; mais il est imprudent de prétendre que lès sensations organiques constituent les éléments de la sensation du moi. Les cas de malades ou d’aliénés chez lesquels, à la suite de modifications de la sensibilité, a apparu une modification de la personnalité attendent encore une interprétation rigoureuse ; certains de ces malades se croient morts : « Je suis mort, disent-ils, pourquoi ne m’enterre-t-on pas? » (Stôrring, b 283), — ce qui ne les empêche pas de dire je et moi. Leur corps

paraît changé, mais leur je veille toujours, puisqu’il constate le changement. * — Il est d’ailleurs impossible de comprendre comment le sentiment du moi pourrait varier tout en restant le sentiment du moi. Or, même chez les malades qui se disent un autre, subsiste le même sentiment du moi comme fond de leur nouvelle personnalité. Mais ce n’est pas le sentiment du même moi (empirique), puisque, si leur cénesthésie est changée, ils ne peuvent plus évoquer ni reconnaître tous les événements qui y ont été associés, c’est-à-dire leur vie passée1.

C’est l’association qui explique que des groupements définis puissent former chacune des personnalités multiples des hystériques; mais elle n’explique pas la cause de cette division en deux portions d’un même individu. Quant à savoir lequel des deux moi ainsi formés est le véritable, ou s’il n’y a pas un troisième moi qui les embrasse tous deux, comme dans le cas si remarquable du Dr Morton Prince 2, c’est une question souvent embarrassante.

1. La mémoire est donc une condition du sentiment de la personnalité (empirique). Mais ce n’est pas parce que la série de nos souvenirs est continue que nous avons le sentiment qu elle forme un tout. En fait, apercevons-nous notre vie passée sous forme d’une telle série, absolument sans lacune? Nullement; nous reconnaissons au contraire des souvenirs passés comme nôtres, sans avoir aucunement la vision de la chaîne entière qui les réunit au moment présent. C’est donc parce que chaque anneau est nôtre que la chaîne entière nous apparaît comme nôtre, comme étant une même série.

2. Morton Prince. Genèse et développement des 5 personnalités de d/lle Beauchamp . Congrès de Psychologie de Paris, 1896, p. iq4. — H est à remarquer que les malades, dans les états où ils ont conscience à la fois de leurs multiples personnalités, disent: « J'ai plusieurs personnalités », et non « Nous

l’association des idées

Nous ne pouvons entrer dans plus de détails sur le plus obscur chapitre de la psychologie. Il suffisait ici de montrer que, si c’est l’association et l’expérience qui déterminent les éléments se rapportant à un même moi, ce n’est pas à elles que l’on peut ramener le sentiment du moi lui-même.

sommes plusieurs à avoir chacun une personnalité ». L’unité du moi subsiste à travers la diversité des personnalités empiriques.

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