JOUR
5e JOUR
Ge JOUR
Ce qui fait en pour 100 de force perdue :
SÉRIES de :
12 syllabes.
2e JOUR
3e JOUR
4e JOUR
5e JOUR
6e JOUR
Claparède. 6
l’association des idées
Le problème est le suivant : Pourquoi, au bout de 2 jours, la déperdition est-elle moindre qu’après 24 heures puisque, après l’étude du 2e jour, les séries n’étaient ni plus, ni moins bien sues qu’après l’étude du icr jour ?
Essayons de traduire par une figure les résultats ci-dessus :
Dans ces figures, les lignes verticales représentent pour chaque journée d’étude la force de l’association (toujours identique d’un jour à l’autre d’après les conditions de l’expérience), et les lignes courbes, les décroissances diverses de cette force.
La figure 2 schématise ce qui se passerait si la force associative gagnée â la première journée d’étude ne faisait pas sentir encore ses effets après la seconde journée d’étude : dans ce cas, en effet, II’O serait absolument égal à 10, et la force restante au 3me jour, soit aO serait égale à la force restante au 2mft jour, soit aussi aO.
La figure 3 se rapproche de ce qui se passe réellement : le déficit de la force associative est d’autant moins fort que la couche de mémoire est plus ancienne, ainsi le déficit d est plus petit que le déficit c, celuici plus petit à son tour que le déficit lia. Donc, plus une association consiste en couches anciennes, moins elle perdra de force d’un jour à l’autre. Pour les détails, v. le texte. — La ligne ponctuée OB montre que l’influence favorable de la répétition antérieure se fait relativement de moins en moins sentir.
Cf. la figure 4, plus loin.
Chacune des couches stratifiées représente le décroissement de la force associative pour chacune des nouvelles journées de répétition. Au moment où la série est apprise par cœur pour la première fois, la force associative est représentée par l’abscisse 10 ; mais, 24 heures après, cette force qui, nous venons de le voir, diminue de deux tiers dans les premières 24 heures, ne sera plus représentée que par l’abscisse aO. La seconde répétition, qui aura lieu à ce moment-là, n’aura donc plus pour but que de rétablir la force perdue, soit lia. Jusqu’ici, tout se comprend aisément. Mais pourquoi, pendant les secondes 24 heures, la déperdition de deux tiers ne se fait-elle presque qu’au détriment de la force lia remplacée la veille, et non au détriment de la force totale IIO? C’est évidemment une conséquence de la loi de décroissement de la force associative, loi d’après laquelle, nous l’avons vu, la déperdition est d’abord très forte, puis s’atténue à mesure que l’on avance dans le temps. Notre force associative du second jour, IIO, est donc composée de deux éléments : une force correspondant à des modifications cérébrales déjà anciennes, et une force d’acquisition récente. Il est donc naturel, toujours d’après notre loi de déperdition, que nos deux composantes ne diminuent pas dans la même proportion et que, le 3e jour, si la portion lia a perdu ses deux tiers, c’est-à-dire est tombée en b' , la portion aO, elle, plus ancienne, ne soit tombée qu’en a', puisque la déperdition entre le 2e et le 3e jour n’est que de i/5 environ (Y. plus haut). Même raisonnement pour les forces respectives des jours suivants. Le 6e jour, donc, la force associative se
oo
composera de plusieurs couches ou éléments anciens, restes de la force des Ire, IIe, IIIe, etc., présentations.
On peut maintenant se demander pourquoi la force de l’association ne décroît pas régulièrement. Cela nous prouve que la force associative n’est pas une force physique simple, qu’elle est sous la dépendance d’autres phénomènes plus complexes. Supposons que notre réservoir laisse évaporer, le Ier jour, les 2/3 de son contenu et que le second jour on rajoute ce qui manque ; observera-t-on que, le 3e jour, l’évaporation a été moindre, et que, chaque jour, il prend l’habitude de s’évaporer moins P
Comment expliquer qu’une association prenne l’habitude de moins diminuer, de se fixer de plus en plus avec le temps ? Si nous traduisons cet effet de l’habitude en termes physiologiques, nous verrons qu’il s’agit-là, sans doute, d’un travail d’orgakj r nisation : les modifications intervenues dans un trajet .. ^cérébral provoqueront, par voie réflexe, une modifias!.. cation de la .nutrition en cet endroit, de telle façon que les « traces » soient fixées. Bien loin de nous ^rendre compte de la nature exacte physico-chimique de ce travail de fixation, nous pouvons cependant nous représenter que, au fur et à mesure que les
traces sont mieux organisées, elles ont une chance relative d’autant moins grande d’être détruites, et que, par conséquent, la force associative ne décroît pas régulièrement.
Ces considérations nous étaient indispénsables pour aborder l’étude de la répartition des répétitions et de son influence sur la force associative.
Ebbingiiaus avait déjà remarqué (121) que si l’on
Ol
compare le mode d’acquisition par des répétitions espacées au mode par présentations cumulées, on voit que, dans ce dernier cas, il faut un plus grand nombre de présentations pour produire une force associative donnée. Si on lit, par exemple, 68 fois de suite une série de 12 syllabes, le lendemain il faudra la répéter 7 fois pour la savoir par cœur. La force associative conservée est 61/68, soit environ de 9/10. Au contraire, cette même force conservée 9/10 peut être le reste d’une force acquise par 37 répétitions seulement, si elles sont espacées ainsi : Ier jour, 17; 2e jour, 12, et 3e jour, 8 l.
Jost a repris cette question d’une façon méthodique. Une série de 12 syllabes devant être lue un certain nombre de dois, 3o fois par exemple, comment faut-il espacer ces lectures pour que la force associative acquise soit la plus grande possible ? On peut résoudre ce problème avec les méthodes d’économie et des associations justes.
Expériences. — Jost préparait 4 séries Vj, V2, V3, V*, destinées à être lues avec dispersion des lectures, soit 10 par jour, 3 jours de suite, — et 4 autres séries analogues Ct , C2, C3, C4, lues 3o fois, mais un jour seulement. Les lectures et les épreuves étaient disposées comme suit (La lettre (e) indique qu’il s’agit d’une épreuve d’économie) :
Ie jour: Vt ; V2; Ct; V3; V4; C2.
i. Ces chiffres sont extraits du tableau ci-dessus, en divisant par 9 les chiffres de répétitions des 9 séries de 12 syllabes, afin d’avoir, pour les besoins de la comparaison, les valeurs moyennes pour une seule série.
l’assoctation des idées
2e jour: Gt 0); Yi; v2; c2 0); V3; V4.'
3 'jour: V4; V2; C3; V3; V4; C4.
4e jour: (e); Vt (c); V2 («); C4 (e); V3 (c); V4 (e).
Les expériences, faites sur 2 sujets et répétées pendant 24 jours, ont montré que le nombre des répétitions nécessaires pour apprendre par cœur les séries G (cumulées) est supérieur au nombre de répétitions nécessaires à l’étude des séries Y (dispersées), c’est-à-dire que la force associative a moins diminué dans le second cas que dans le premier.