I. CicÉRON. De oratore, II
LES CONDIÏIOAS DE l'aSSOGIA ÏION 5l
d'en expliquer Fassociation à la façon de Mlnsteii- BERG, par les mouvements réflexes provoqués.
On peut alléguer, il est vrai, que lorsque D est présenté, A est encore dans la conscience, mais est trop faible pour être aperçu ; ou bien qu'il est subconscient. Mais j'estime que cette façon de parler est absolument défectueuse, surtout lorsqu'il s'agit d'expliquer un phénomène, et il vaut mieux avouer qu'au point de vue purement psychologique, les choses se passent comme si l'association s'effectuait par succession. — Mais comme, d'autre part, il est logiquement absurde de penser qu'une liaison peut s'effectuer entre deux représentations, lorsque l'une des deux n'existe plus et qu'il n'y en a par conséquent qu'une en présence. . . d'elle-même, je préfère, dans l'alternative de dire ou une hérésie psychologique, ou une absurdité logique, renoncer à formuler la loi de simultanéité en langage psychologique V
Il faudra donc, pour être correct, parler d'une loi de simultanéité cérébrale, que l'on pourra énoncer ainsi :
Lorsque deux processus cérébraux ont lieu simultanément, il s'établit entre eux une relation telle que la réexcitation de l'un tend à se propager jusqu'à l'autre; c'est cette relation qu'on appelle association.
I. Wahle (428) remarque judicieusement que si on pouvait trouver un motif d'association dans le fait que deux états sont présentés à la conscience en deux moments différents , il faudrait en conclure que tout serait associé, que tout pourrait s'associer, et ce ne serait plus la peine de discuter sur les conditions de l'association.
l'associatioîs' des idées
Ainsi portée sur le terrain cérébral, la simultanéité échappe aux objections dont elle était tout à l'heure passible. Les processus physico-chimiques correspondant à une excitation pourront se continuer dans la profondeur du tissu nerveux longtemps après l'extinction de la conscience de cette excitation, et il ne sera donc pas paradoxal d'admettre qu'il reste encore quelque chose de A lorsque D apparaît, et que c'est grâce à cela qu'il se crée entre ces deux processus une association. Ce sera au contraire très logique.
Ward profese une opinion diamétralement opposée : il pense que l'association par simultanéité de temps se ramène en réalité à une association par succession : « Il semble à peine possible, dit -il, de citer un cas où l'attention prêtée aux objets associés n'a pas été successive. » Mais la remarque de Ward, si intéressante soit-elle, n'exprime qu'un fait d'introspection, sur lequel chacun est d'accord ; elle n'a pas, et n'y prétend peut-être pas, de valeur explicative.
§ 5. — Le mécanisme de l'association.
Pourquoi la simultanéité a-t-elle cette vertu associative ?
Malebranche (V, § 2), il y a deux siècles, a déjà nettement répondu à cette question : « Il suffit que plusieurs traces aient été produites dans le même temps, afin qu'elles ne puissent plus se réveiller que toutes ensemble, parce que les esprits animaux trouvant le chemin de toutes les traces qui se sont faites en même temps, entr'ouvert, ils y continuent leur
LES COTSDTTIONS DE l'aSSOCIATION
chemin à cause qu'ils y passent plus facilement que par les autres endroits du cerveau. »
Et Charles Bop^net (6 § 643) : « La fibre A a donc imprimé à la fibre B [lorsqu'elles ont été ébranlées simultanément] des déterminations qui ont produit en elle l'habitude d'être ébranlée par la fibre A. »
L'habitude, voilà en effet la raison que l'on peut invoquer : la simultanéité des deux impressions leur a laissé une habitude d'être conscientes ensemble. C'est pourquoi, lorsque l'une est de nouveau présente, l'autre se reproduit aussitôt. — Mais si l'ha-, bitude explique pourquoi, une fois Vassociatiori^ créée, la reproduction se fait selon cette association ' il est clair qu'elle n'explique pas pourquoi et com ment se crée cette association K 11 faut donc admettre que la contiguïté entre ces deux impressions, occasionnée par la simultanéité, a laissé derrière elle une disposition persistante, de la substance spirituelle ou de l'âme, diront les uns — disposition de la substance nerveuse, diront avec Malebranche et Bonnet ceux qui préfèrent les explications concrètes.
I. Franck a raison de contester que l'habitude puisse créer l'association. Ceux qui le prétendent la prennent un peu trop pour une divinité mythologique. L'habitude est au contraire un effet de cette création. — Il est amusant de constater que dans l'objection qu'il fait à Franck, Rabier (19/i) entend, sous le nom d'association, V évocation des idées, le jeu de l'association, tandis que l'auteur du Dictionnaire comprend sous ce même terme la création de la première liaison. La discussion soulevée est donc absolument vaine et stérile ; ils ont tous deux raison à leur point de vue : l'habitude créée par la première liaison de deux idées est la cause de leur éveil subséquent.
L'ASSOCTAÏION DES IDÉES
On peut en eHbt fort ])icn concevoir ([uo, par le fait qu'ils se produisent simultanément, deux processus nerveux puissent créer une certaine modification des voies nerveuses reliant les j)arties qui en sont le siège. Mais nous ne sommes guère plus avancés que les anciens auteurs cités plus haut, sur le mécanisme intime de ce phénomène de soudure. Certes, nous comprenons mieux que celle-ci ne doit pas être nécessairement un accolement grossier de deux fibres, ni même de deux cellules, et nous admettons que cette association qui se crée est surtout de nature dynamique. Mais ce terme implique luimême certaines modifications matérielles, moléculaires, encore inconnues, et ce sont elles que nous appelons du mot commode association, bien que cette association ne se manifeste, en fait, que lors du rappel d'un des états par l'autre : à Fétat de repos, cette liaison est latente, potentielle ; elle n'est représentée que par des modifications matérielles le long d'un certain trajet nerveux.
Mais comment ces modifications matérielles sont-elles produites? En gros, nous admettons cju'à la décharge causée dans un certain point du cerveau par une excitation, correspond une irradiation de « force nerveuse », qui tend à se propager dans le voisinage, lorsqu'un second point du cerveau est, en même temps, le lieu d'une décharge semblable. Dans l'ignorance actuelle de la physique cérébrale, le mieux est de s'en tenir à cette formule vague, qui est l'expression empirique d'un fait, que de tenter une explication qui risquera d'être d'autant plus fausse qu'on la voudra plus exacte. Un psycho-neurologue comme Zieiien (« i54), par exemple, bien placé pour