‹ L'Association des idées [electronic resource]Chapitre 38 sur 93 · INDUCTEUR · texte numérisé non relu

INDUCTEUR

Qu'il soit ou non le résultat d'une dissociation, d'une concentration préalable, l'inducteur peut être une perception simple, comme celle du bleu, de la forme, du sucré, etc., ou complexe, comme celle d'un objet (dont on comprend la signification — Il va sans dire qu'il faut noter auquel de ces deux cas on a affaire, sinon il est impossible d'apprécier le mécanisme psychologique de l'association effectuée Le couple crayon-cigarette, par exemple, aura une valeur bien différente suivant que c'est IdL forme cylindrique (perception simple) du crayon.

I . Sur la différence psychologique de ces deux degrés de la perception, v. plus loin, ch. VII,

FORMES DE l'aSSOGIATIOî^

OU au contraire le crayon lui-même en tant qu'objet (perception compliquée) qui a produit l'évocation.

C'est surtout lorsque l'inducteur est un mot qu'il convient de noter avec précision s'il a été l'objet d'une perception simple ou complexe ; mais ici, la chose est un peu plus compliquée que pour les excitants non verbaux. — Un mot peut en effet agir comme son (ou par la forme des lettres, si le test est visuel) ; l'inducteur n'a alors rien de verbal, ce n'est qu'une vulgaire perception simple. — Le mot peut être reconnu pour un mot, mais sans que sa signification intervienne (identification primaire de Wernicke) ; l'association est alors purement verbale. — Enfin, le mot peut agir par son sens (identification secondaire de Wernicke) ; c'est ce cas qui correspond à la perception complexe des inducteurs non verbaux.

Au lieu d'une perception, l'inducteur peut être une représentation (simple ou complexe).

Passons maintenant aux variétés du p'hénomène associatif lui-même.

Nous avons vu plus haut qu'il fallait en arriver à classer les associations d'après leur valeur; mais, certaines connexions sont dépourvues de toute valeur tant objective que subjective, associations bizarres comme on en trouve dans les rêves, dans les séries expérimentales, et même dans la vie ordinaire. Une première répartition s'impose donc : associations sans valeur^ associations avec valeur.

Association sans valeur. — Cette classe comprend les couples dont l'induit n'est qu'une simple exclamation, un mouvement réflexe, balbutiement ou

un mot prononcé un moment auparavant et qui sur git à nouveau sans que son évocation puisse être jus tifiée. — Il est difficile de dire s'il faut ranger dans cette classe les couples dont le second terme n'es qu'une simple répétition du premier, ainsi que le associations par assonance. De telles évocations ne sont pas sans quelque valeur ; ainsi le couple dra peau-crapaud a tout au moins cette valeur que le deux mots riment ensemble. Au point de vue biolologique, un être qui répète le mot qu'on lui dit, ou qui lui trouve une rime, est supérieur à un être qui est incapable de telles réactions. Un singe, un petit enfant, un idiot ne sauront pas même répéter ou associer par rime ; si faibles que soient de pareilles associations, elles ont donc quelque valeur, puisqu'elles sont Findice d'un certain développement psychique. — Les cas dCévocation libre, c'est-à-dire d'évocation produite sans cause apparente (excitation par la circulation sanguine, etc.), rentrent dans cette catégorie, si toutefois il est permis de les considérer comme des associations. — Les associations médiates, bien qu'elles paraissent formées d'éléments sans lien aucun, ne sauraient être placées ici ; il suffit de découvrir le terme intermédiaire pour avoir la clef de leur valeur.

Association avec valeur. — Avant de déterminer la valeur objective du couple formé, il faut prendre en considération la valeur subjective de l'association, s'enquérir de la façon dont le sujet a éprouvé cette valeur, s'il en a eu ou non conscience. Or, deux cas se présentent : tantôt le sujet n'a eu aucunement le sentiment de la relation qui s'établissait en lui, tantôt au contraire, le sentiment de cette relation était enjeu.

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I. — Valeur mécanisée. Si la valeur de l'association n'est pas consciente pendant l'instant où elle s'établit, cela signifie que le sentiment de cette valeur, de cette relation, n'a contribué en rien à déterminer l'évocation ; que celle-ci est purement mécanique. Mais cela n'empêche pas le couple d'avoir une certaine valeur en soi, une valeur intrinsèque. Tout mécanisme acquis est en effet le fruit de l'expérience passée, et le mécanisme vaut, objectivement parlant, ce que valait alors cette expérience. Il en est de même des associations qui, bien que purement mécaniques, ne sont pas dépourvues d'une certaine raison. J'appelle donc « valeur mécanisée» celle des couples qui, psychologiquement, ne sont accompagnés d'aucun sentiment de cette valeur, mais qui ont cependant, biologique ment parlant, une valeur intrinsèque. — Cette valeur pourrait donc fournir des renseignements intéressants sur la façon dont les expériences passées se sont organisées dans l'esprit, et par suite, — une fois le départ fait de ce qui incombe, dans cette organisation, à l'éducation déjà stéréotypante des écoles, — sur les dispositions innées à fixer dans un certain ordre mental les expériences acquises, c'est-à-dire, en fin de compte, sur l'intérêt qu'ont pour l'individu certaines relations de préférence à d'autres.

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Ce n'est qu'une fois décidée la question de savoir ! si la valeur est mécanisée ou non, qu'il y aura lieu ' de commencer la répartition suivant la nature même du rapport effectué : coexistence, coordination, etc. ! Nous verrons plus tard comment doit se faire cette répartition ultérieure, car la même question se pose pour chacun des embranchements de notre classification.

Dans les associations mécanisées, deux cas peuvent se produire : i ° tantôt un seul induit est suggéré ; les facteurs de l'association suffisent donc à rendre compte de l'évocation ; — 2° tantôt plusieurs induits sont suggérés simultanément, plus ou moins confusément, et alors, forcément, l'un d'eux est choisi. i Ce dernier cas, qui n'a pas encore, que je sache, été envisagé, paraît cependant assez fréquent; je Fai observé très souvent sur moi-même. Ainsi le mot Napoléon a fait surgir une fois dans mon imagina- I tion visuelle la représentation schématique suivante : c'était une carte d'Europe où se lisaient quelques mots relatifs à la vie du grand conquérant : léna, Russie, Elbe, Waterloo, etc. Tout ceci était apparu simultanément à mon esprit, et pourtant un seul de ces mots, Russie, a été l'objet de ma réponse ; c'est que ce mot, pour des raisons diverses, est celui qui qui m'a le plus intéressé ; il a donc été choisi. — 11 faut bien remarquer cependant, que cet acte de choix n'a rien à faire avec la valeur de l'association ; je n'ai pas eu conscience de la valeur du rapport Napoléon-Russie ; au moment où la sélection de ce dernier mot s'est produite, je ne pensais déjà plus à Napoléon : en d'autres termes, Fimage induite, non l'association comme telle, m'a intéressé. C'est la rai-

son pour laquelle, bien qu'il y ait eu autre chose qu'un pur mécanisme associatif dans cette évocation, je la range cependant dans Tassociation avec valeur mécanisée, car l'acte de choix a été postérieur à l'acte associatif qui, lui, est resté sans valeur, la relation de l'induit à l'inducteur n'ayant pas été consciente.

L'interprétation de cette relation sera des plus délicatCj car il est bien évident, puisque la réponse n'exprime qu'un des induits réellement suggérés, qu'il y aura quelque arbitraire à ne prendre en considération que le rapport de l'inducteur avec ce dernier induit, tandis que plusieurs autres rapports — - de valeurs objectives différentes — étaient impliqués dans l'acte associatif (puisqu'il y avait plusieurs induits).

II. — Valeur actuelle. — Ici, le sujet a conscience, pendant l'acte associatif, de la valeur de l'association ; cette valeur contribue même à déterminer l'évocation. Ce sentiment de la relation associative peut précéder l'arrivée de l'inducteur dans la conscience, ou lui être postérieur.

1° Associations prédéterminées : le sentiment de la relation est conscient avant la présence de l'inducteur. — WuNDT ^ avait déjà signalé la différence entre la gezwungene Association et la freie Association ; majgré l'importance de cette distinction, on n'en a pas teriu compte dans les classifications plus récentes. Si l'on dit par exemple à quelqu'un d'associer au mot qu'on va lui présenter un autre mot, qui soit tel que les deux termes du couple expriment un rapport de causalité (ou de subordination, ou de contraste, etc.),

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