‹ L'Association des idées [electronic resource]Chapitre 39 sur 93 · I. WuNDT (a), 376-879. — Cf. aussi KhaepeliiN (c), 5i · texte numérisé non relu

I. WuNDT (a), 376-879. — Cf. aussi KhaepeliiN (c), 5i

FORMES DE L ASSOCIATION

l'association sera prédéterminée. Cette prédétermination sera univoque, si une seule idée peut être associée à l'inducteur selon le rapport voulu; ou miiltivoque , si plusieurs idées sont dans ce cas (la prédétermination, l'évocation multivoque, constitue d'ailleurs une forme intermédiaire entre l'association prédéterminée et les autres formes d'association). Si l'on prie quelqu'un d'associer à l'idée de pesanteur une représentation qui soit avec elle dans un rapport de causalité, l'association sera à peu près univoque, car il n'y a guère que le mot attraction à répondre. Au contraire, elle sera multivoque, si on fait la même demande pour le mot orage, par exemple, car on pourra répondre chaleur^ électricité, dépression atmosphérique, etc., et chacun de ces mots ne sera évoqué que grâce à des circonstances autres que la prédétermination elle-même.

2° Associations libres : le sentiment de la relation est conscient après la présence de l'inducteur ; — mais il peut occuper deux places différentes par rapport à l'induit.

a) Le sentiment précède l'induit et est évoqué luimême par l'inducteur. — Cette forme est assez délicate à apercevoir ; peut-être même sa réalité demande-t-elle à être confirmée . Il m'a semblé cependant que, parfois, le sentiment de la relation, bien que contribuant à déterminer l'évocation, succédait à l'inducteur et était éveillé par lui. Supposons que l'inducteur soit mammifère : avant que ce mot en ait évoqué aucun autre, on sent déjà dans quelle direction se fera la réponse, on a déjà conscience de la relation qui unira l'inducteur à Fin-

duit encore inconnu ; dans l'exemple ci-dessus, ce sera peut-être la conscience d'une subordination qui surgira, et alors seulement on répondra cheval ou mouton. N'est-ce pas aussi à cette forme que l'on a affaire, lorsque, par exemple à l'inducteur 3 -|- 4 on répond 7 , en ayant le sentiment de la valeur de cette association ? Avant que le chiffre 7 eût surgi, on a eu déjà plus ou moins conscience que la forme de l'association produite serait un rapport d'équivalence, et ce sentiment a sans doute contribué à ce que cette relation devienne une réalité.

6) Le sentiment de la relation succède aux induits, mais contribue à déterminer l'évocation. — Ce cas ressemble à celui que nous avons examiné à propos de la valeur mécanisée : l'inducteur évoque toute une constellation d'images qui se présentent confusément, mais simultanément, àl'esprit. Mais, cette fois, ce n'est pas l'intérêt provoqué par une de ces images, mais Vintérêt provoqué par un des rapports existant entre ces images et l'inducteur qui va déterminer la sélection de l'induit. Le mot pesanteur, par exemple, éveillera simultanément les images de poids, balance, attraction, physique, etc.; on aura là des relations d'équivalence ou de ressemblance, de fm à moyen ^ de causalité, de coexistence dans le temps, etc. Il se peut que ce soit parce que l'un de ces rapports, celui de causalité, je suppose, intéresse plus vivement le sujet, que le mot attraction est définitivement évoqué. • Une fois faite cette première répartition suivant le rôle psychologique du sentiment de valeur, reste à subdiviser chacun des grands groupes obtenus en sous-classes, suivant que les termes de l'association

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sont homo-sensoriels ou hétéro-sensoriels, particuliers ou généraux, etc., et suivant la forme intrinsèque du rapport impliqué : rapport de contiguïté ou rapport logique, etc. Ici une question se pose : au- I quel de ces motifs de groupement faut-il donner la préséance ? Je ne veux pas la discuter ici, car elle ne pourrait être débattue qu'en sortant du domaine de la psychologie elle-même, puisqu'il ne s'agit de rien moins que de la hiérarchie des valeurs, à savoir si une forme a, en soi, plus de valeur qu'une autre. Pour trancher ce problème psychologiquement, il faudrait savoir quelles sont les formes qui supposent le mécanisme le plus complexe, celles qui supposent le mécanisme le moins complexe ; on aurait ainsi un critère permettant de décider ce qui doit être considéré comme groupe, comme sous-groupe, comme genre, comme sous-genre, etc., dans la classification. Mais on l'ignore, ce mécanisme, et l'on ne pourra arriver à le sonder que grâce aux expériences de psychométrie ; comme, d'autre part, celles-ci ne peuvent être interprétées que si l'on possède une classification, on voit le cercle vicieux dans lequel on est enfermé. Heureusement, il n'est d'aucune importance que cette classification ultérieure soit faite dans un ordre plutôt que dans un autre ; le principal est que Ton puisse arriver à déterminer chaque forme, de telle sorte que l'on sache exactement, lorqu'on compare deux couples associatifs, en quoi leur mécanisme est commun, en quoi il est différent. — Quant aux diverses relations qui peuvent être impliquées dans une association, elles sont innombrables ; il faut se borner à les énumérer.

La classification proposée, en mettant au premier plan la valeur psychologique des associations, au second plan seulement leur valeur intrinsèque ou la complexité de leur mécanisme, permet d'embrasser non seulement Fexpérimentation de laboratoire, mais encore l'activité associative en général. Il me semble, en effet, que Ton peut mettre en regard de chacune de ces grandes divisions quelques-unes des formes typiques de l'activité mentale ou motrice.

Aux associations sans valeur correspondront par exemple les mouvements ataxicjucs, les tics, les tressaillements de peur ou de surprise, bref, les mouvements désordonnés en général.

Dans les associations avec valeur mécanisée on trouvera le type des mouvements réflexes adaptés, des instincts ^ et surtout des mouvements automatiques ; le type des usages, des coutumes et des lieux communs, en un mot, de l'habitude.

L'association prédéterminée ^ est caractéristique de l'activité volontaire (attention volontaire, évocation volontaire, effort intellectuel, acte de chercher dans sa mémoire) : Witaser (192) et, plus récemment, Bergson (6), l'ont bien remarqué. Le penseur qui cherche le terme moyen d'un syllogisme, le savant qui cherche à vérifier une hypothèse, le poète qui cherche une rime à un mot donné, mettent en jeu cette forme

1. En réalité, les actes instinctifs ne sont pas homologues à des associations mécanisées ; il est fort probable qu'ils ne résultent pas d'associations acquises et transmises. Cependant ils se comportent comme s'il en était ainsi.

2. Je ne préjuge pas ici la question de savoir si le mécanisme de l'association suffit à rendre entièrement compte de l'évocation, de la combinaison prédéterminée (v. plus loin ch. vir, § A).

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associative. Celle-ci intervient aussi dans les réactions simples et dans les réactions de choix.

L'association libre du type a mè paraît être représentée par l'activité motrice volontaire non préméditée ; lorsc[u'on réagit volontairement à un excitant, le sens de la réaction n'est pas prédéterminé, mais succède à l'action de l'excitant. Lorsque je vois un fruit sur un arbre, et que celui-ci provoque le désir de le prendre, j'exécute exactement les mouvements qu'il faut pour cela; cela ne I signifie-t-il pas que le désir, la tendance, joue ici le rôle 'd'un sentiment de fin à moyen, sentiment qui, parmi toutes les images possibles associées à l'idée de fruit ou de manger, va choisir précisément celle qui sera dans un rapport de moyen à fin avec l'objet désiré, à savoir l'image du mouvement à accomplir pour saisir le fruit ? — Mais la question du mouvement volontaire est encore trop pleine d'obscurité pour que nous puissions voir avec certitude quel rôle y joue exactement l'association.

Enfin Vassooiation libre du type b (avec choix du rapjport), représente schématiquement l'acte volontaire avec ^ choix : chez l'homme intelligent, toute fin évoque les ' images de plusieurs moyens, et l'un d'eux seulement, le plus apte à entraîner la fin proposée, est choisi ; c'est donc bien, ici, la valeur de la relation elle-même qui décide de la sélection. On trouverait peut-être aussi ce type d'évocation dans certaines formes d'imagination créatrice, surtout dans l'invention scientifique, lorsque ce sont moins les idées que les rapports entre les idées qui importent.

Mais il ne convient pas pour le moment de pousser plus loin ces essais de comparaison, car la vie mentale implique une telle complexité de processus qui s'équilibrent, s'ajoutent, s'entre-croisent, qu'on ne saurait, sans mutiler le phéj nomène mental dont on désire rendre compte, l'expliquer I par un seul type de mécanisme. Je désirais seulement montrer vers quel idéal doit tendre une bonne classification .

Ce qui m'a amené à la classification ci-dessus, ce n'est pas la recherche d'un groupement plus commode, mais celle d'une base de classification plii< psychologique, — non seulement cérébrale, mais biologique. Je crains d'ailleurs que cette classification réponde mal aux besoins de rapidité de la pra-! tique expérimentale; c'est là cependant, me semblet-il, une question secondaire. Il faut d'abord mettre* en lumière les facteurs à prendre en considération et ensuite, seulement, chercher la façon la plus commode de tirer parti des expériences. A quoi cela sertil d'entasser des observations si leur interprétation doit être viciée au nom de la commodité pratique ? Ili est préférable de regarder en face la difficulté du problème, que de se tromper soi-même et de s'exposer à des expériences aussi inutiles qu'infructueuses, en fermant les yeux sur les obstacles qu'il offre.

Peut-être, d'ailleurs, découvrira-t-on que la question de l'activité associative échappe, par sa complexité, à toute expérimentation précise ; mais, s'il doit en être ainsi, ne vaut-il pas mieux, en posant d'emblée tous les éléments de cette complexité, être en mesure d'en avoir le plus tôt possible la certitude, — que de se bercer trop longtemps, faute de les avoir suffisamment considérés, dans une illusion trompeuse?

La difficulté du problème de la classification ne tient pas seulement au désaccord qui règne à propos des classifications proposées, mais encore aux obstacles que l'on rencontre lorsqu'on doit interpréter les résultats des expériences. Il est très difficile en pra^ tique de distinguer ce qui revient à la préparation, à l'association et à l'élaboration ultérieure de l'induit.

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INous en avons déjà dit quelques mots plus haut !(p. i58). Lorsque l'inducteur est un mot^ faut-il i considérer comme induit le mot répondu, ou l'image d'objet, etc., correspondant à ce mot? Et comment j doit-on envisager les éléments affectifs accompagnant les associations ? Sont-ils des induits, ou simplement des états (provoqués par un mécanisme non associaitif) concourant à l'évocation?

■ Cordes, dans un travail récent, après avoir montré toute la variété des cas se présentant à l'introspection en conclut qu'il est souvent impossible de dire ce qui revient à l'inducteur, ce qui revient à l'induit, — d'autant plus que le mot-réponse ne correspond pas toujours à l'association faite — , que l'expérimentation dans ce domaine ne saurait aboutir qu'à des résultats illusoires, et que, notamment, une classification des associations est quasi-impossible.

Faut-il adopter ces conclusions pessimistes? Il n'est pas encore temps de désespérer. Peut-être éviteraiton quelques-uns des inconvénients signalés en s'asjtreignant à ne tenir aucun compte des associations I fournies par l'expérimentation, qui ne seraient pas ! absolument nettes, dont les termes ne seraient pas absolument distincts, et à ne travailler que sur ce matériel réduit, mais épuré. Quoi qu'il en soit, [cette question mériterait de faire l'objet d'une disjcussion à un prochain congrès de psychologie.

§ 4. — Fréquence relative des diverses formes.

I Trautscholdt, déjà en i883, a publié une statistique des formes principales d'association qu'il avait

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