‹ L'association et le travail attrayantChapitre 4 sur 13 · CHARLES FOURIER IX · texte numérisé non relu

CHARLES FOURIER IX

Charles Fourier mourut à Paris le 10 octobre 1837.

Deux hommes illustres et d'une grande autorité dans la démocratie, Victor Hugo et Michelet, ont porté sur Fourier des témoignages qu'il convient de rappeler.

Le premier a écrit dans les Misérables :

n II y avait (c'était sous Louis XVIII) « à l'Académie des sciences, un Fourier « célèbre que la postérité a oublié, et dans « je ne sais quel grenier, un Fourier obs- « cur, dont l'avenir se souviendra. »

Le Nouveau Monde industriel et sociétaire^ in-8,

La Fausse Industrie, 2 vol., 1835.

Manuscrits, publiés depuis la mort de l'auteur, 4 vol.

La vie de Fourier, suivie d'un abrégé de sa doctrine, a été publiée par un de ses disciples les plus fervents, le docteur Ch. Pellarin, sous ce titre : Fourier^ sa vie et sa théorie. La 5« édition de cet ouvrage d'un grand intérêt, avec portrait du Maître, se trouve à la Librairie des Sc\ew<ie^§>ciciales et chez Vôditcuv Dentu.

X CHARLES FOUttIBR

Miohelet, dans la préface de son léivre du peuple^ s'exprime ainsi :

« Ce livre du peuple, particulièrement « fondé sur l'idée de patrie, c'est-à-dire « du dévouement, du sacrifice. n*a rien à V voir avec la doctrine de l'attraction pas- (( sionnelle. Je saisis néanmoins cette occasion d'exprimer mon admiration pour « tant de vues de détail ingénieuses, pro- (( fondes, quelquefois très-applicables, — « ma tendre admiration pour un génie « méconnu , pour une vie occupée tout « entière du bonheur du genre humain.

« — J'en parlerai un jour selon mon (( cœurl... ))

Victor POUPIN.

ET

Exposé et notions préparatoires.

L'association, ou ordre sociétaire, possède entre autres propriétés celle de créer l'attraction industrielle.

Les travaux utiles deviendront attrayants parTinfluence d'une distribution que je nommerai 5^m5 passionnées ou Séries de groupes contvastés : ^ ^^X»

le mécanisme auquel tendent toutes les passions, le seul ordre conforme au vœu de la nature.

Dans ce régime, la pratique de la vérité et de la justice deviennent voie de fortune ; et la plupart des vices dégradants selon nos mœurs, comme la gourmandise, deviennent voie d'émulation industrielle, de sorte que les raffinements gastronomiques y sont encouragés comme ressorts de sagesse; un tel système est l'opposé du mécanisme civilisé qui conduit à la fortune par le mensonge et place la sagesse dans les austérités. D'après ce contraste, l'état civilisé où régnent le mensonge et l'industrie répugnante, sera surnommé monde à rebours; et l'état sociétaire, monde à droit sens, fondé sur l'emploi de la vérité et de l'industrie attrayante.

Un préjugé a de tout temps empêché

les recherches sur Tassociation ; on a dit :

€ Il est impossible de réunir en gestion domestique trois ou quatre ménages^ sans que la discorde ne s'y manifeste au bout d'une semaine^ surtout parmi les femmes : il est d'autant plus impossible d'associer trente ou quarante familles, et à plus forte raison trois ou quatre cents. »

C'est très-faussement raisonné : car si Dieu veut l'économie et la mécanique, il n'a pu spéculer que sur l'association du plus grand nombre possible ; dès lors l'insuccès sur de petites réunions de trois ou de trente familles était un augure de réussite sur le grand nombre, sauf à rechercher préalablement la théorie d'associatvowxv^l>ir

14 LA8S00UTION

relie oa méthode voulud par Dieu, et conforme au vœu de l'attraction, qui est l'interprète de Dieu en mécanique sociétaire.

L'étude de Tattraction pastionnée oondttit directement à la découverte du mécanisme sociétaire ; mais si l'on veut étudier l'association avant l'attraction, l'on court le risque de s'égarer pendant des siècles dans les fausses mé-^ thodes^ de se rebuter et de croire à Timpossibilité ; c'est ce qui arrive aujourd'hui, où le problème de l'association> qu'on avait négligé pendant trois mille ans, commence enfin à fixer l'attention du monde savant.

Depuis quelques années on écrit sur le mot Association sans connaître la chose, sans même déterminer le but du lien sociétaire, les formes et méthodes qu'il doit adopter, les conditions qu'il

doit reinplir, les résultats qu'il doitdonner. Ce sujet a été traité si confusément, qu'on u'a pas même songé à ouvrir un concours sur la marche à suivre dans une étude si neuve. Ce concours aurait conduit à reconnaître qu'on ne peut pas réussir par les moyens connus, at qu'il faut en chercher d'autres dans les sciences encore yierges et intactes, sur* tout dans celle de l'attraction passionnée.

Si les pauvres (la classe ouvrière) ne sont pas heureux dans l'état sociétaire, ils le troubleront par la malveillance, le vol, la rébellion; un tel ordre manquera le but, qui est d'associer le passionnel ainsi que le ma* tériel, de concilier les passions^ les caractères, les goûts, les instincts et inégalités quelconques.

Mais si, pour satisfaire la classe

pauvre, on lui assure un bien-être, Tavance d'un minimum copieux en subsistance, vêtement, etc., ce sera la pousser à la fainéantise.

Le remède à cette fainéantise et aux autres vices qui désorganiseraient l'association, est donc la recherche et la découverte d'un mécanisme d'attraction industrielle, transformant les travaux en plaisirs, et garantissant la persistance du peuple au travail, et le recouvrement du minimum qu'on lui aura avancé.

D'après ces considérations, si Ton eût voulu procéder méthodiquement en théorie sociétaire, il eût fallu avant tout mettre au concours l'étude de l'attraction passionnée, par analyse et synthèse, afin de découvrir si elle fournit des ressorts d'attraction industrielle. Telle devait être la marche

régulière que n'ont pas entrevue ceux qui ont écrit vaguement et superficiellement sur l'association. S'ils eussent étudié l'attraction, ils auraient décou- Tfert la théorie des Séries passionnées, sans laquelle il est impossible de fonder le mécanisme sociétaire, car on ne peut pas sans les Séries passionnées remplir les conditions primordiales, telles que :

Attraction industrielle, Répartition proportionnelle.

Equilibre de population.

Aucun des écrivains ou des entrepreneurs n'aborde le fond de la question, le problème d'associer en gestion agricole et domestique, non-seulement les facultés pécuniaires et industrieuses d'une masse de familles inégales en fortune^ mais d'associer \ea ^%.'&^\qî^%

18 L*ASSOClATION

caractères^ goûts, instincts; de les développer dans chaque individu sans froisser la masse; faire éclore dès le plus bas Âge les vocations industrielles, qui sont nombreuses chez Tenfantj plaoer chacun aux divers postes où la nature rappelle, varier fréquemment les travaux et les soutenir de charmes suffisants pour faire naître Tattraction industrielle.

Au lieu d'envisager ainsi la tâche, on n'a fait qu'effleurer le sujet, donner, sur l'association, du bel esprit sans théorie ; il semble qu'on n'ait soulevé cette question que pour l'étoufier.

Aussi le mot Association est-il profané, déconsidéré. Les uns le prennent pour masque d'intrigues électorales et menées d*agiotagej d'autres y voient un ressort d'athéisme, parce que la secte Owen, parla suppression du culte divin.

8*est attiré en Amérique le nom de secte d'athées*

Pins on a abusé du mot association^ plus il importe de dernier sur la chose des notions préliminaires> et disposer le lecteur à concevoir que la vraie association^ Tart d'appliquer i l'industrie toutes les passions^ tous les caractères, goûts et instincts, étant un nouveau monde social et industriel, il doit s'at<téndre à trouver dans cette théorie des principes tout opposés à ses {»réjugés^ qui lui dépeignent l'état civilisé comme voie de perfection et destinée de l'homme^ quand il est évident que le peuple des pays les plus civilisés est aussi malheureux, aussi pauvre que les populaces barbares à^ Va. Ç^àsA ^\.

20 ^ L'ASSOOIATIOir

de rindostan ; et que Tindastrie morcelée ou ménage de famille n'est qu'un labyrinthe de misères, d'injustice et de fausseté.

Fixons d'abord l'attention sur le résultat le plus saillant du régime sociétaire, le quadruple produit. Une grande réunion n'emploierait dans diverses fonctions que le centième des agents et des machines qu'exige la complication de nos petits ménages. Au lieu de trois cents feux de cuisine et trois cents ménagères, on n'aurait que quatre ou cinq grands feux préparant des services de divers degrés, assortis à quatre ou cinq classes de fortune, car l'état sociétaire n'admet point d'égalité. Il suffirait d'une dizaine de personnes expertes, pour remplacer les trois cents femmes qu'emploie le régime civilisé dépourvu des nombreuses mécaniques

ET LE TRAVAIL ATTRAYANT îl

dont on ferait usage dans une cuisine préparant pour dix-huit cents personnes (c'est le nombre le plus convenable).

Cette réunion abonnerait chacun à des tables et services de divers prix, sans aucun assujétissement contraire aux libertés individuelles. •

Le peuple^ dans ce cas, dépenserait bien moins pour faire bonne chère, qu'aujourd'hui pour vivre pitoyablement. L'épargne de combustible serait immense, et assurerait la restauration des forêts et climatures, bien mieux que ne feront cent codes forestiers inexécutables.

Le travail de ménage serait tellement simplifié, que les sept huitièmes des femmes de ménage et des domestiques deviendraient disponibles et applicables aux fonctions productives.

. Notre siècle préteiià s^e ôÀsMvci^^^

et L'ÀSBOCtAflON

par l'esprit d'association ; comment se fait-il qu'en agriculture il adopte la distribution par familles; qui est la moindre combinaison possible ? On ne peut pas imaginer de réunions plus petites, plus ai^ti-économiques et plus anti-sociétaires que celles de nos villages^ bornées à un couple conjugal^ ou une famille de cinq ou six personnes ; tillages construisant trois cents greniers, trois cents caves, placés et soignés au plus mal, quand il suffirait, en association, d'un seul grenier, d'une seule cave, bien placés, bien pourvus d'attirail, et n'occupant que le dixième des ag^ts qu'exige la gestion morcelée ou régime de famille.

Parfois, des agronomes ont inséré dans les journaux quelques articles sur les énormes bénéfices que l'agriculture obtiendrait des grandes réunions so-

ET LE TRilVAIL ATTRAYANT $8

ciétaires^ si Tob pouvait ooncilier le$ passions da deux ou trois cents familles exploitant oombinément» et effectuer l'association en passionnel comme en matériel.

Ils en sont restés sur ce sujet à des vœux stériles, à des doléances d'impossibilité qu'ils motivent sur l'inégalité des fortunes, les disparates de caractère, etc. Ces inégalités, loin d'être un obstacle, sont au contraire le ressort essentiel; on ne peut pas organiser des Séries passionnées sans une grande illégalité de fortunes, caractères, goûts et instincts : si cette échelle d'inégalités n'existait pas, il faudrait la créer^ l'é* tablir en tous sens, avant de pouvoir associer le passionnel.

Nous voyons dans le régime civilisé des lueurs d'association matérielle seu'^ lement, des germes qui sont dus à

Tinstinct et non à la science. L'instinct apprend à cent familles villageoises qu'un four banal coûtera beaucoup moins, en maçonnerie et combustible, que cent petits fours de ménage, et qu'il sera mieux dirigé par deux ou trois boulangers exercés, que les cent petits fours, par cent femmes qui manqueront deux fois sur trois le juste degré de chaleur du four et cuisson du pain.

Le bon sens a appris aux habitants du nord, que si chaque famille voulait fabriquer sa bière, elle coûterait plus cher que les bons vins. Une réunion monastique, une chambrée militaire, comprennent par instinct qu'une seule cuisine, préparant pour trente convives, sera meilleure et moins coûteuse que trente cuisines séparées.

Les paysans du Jura voyant qu'on

ne pourrait pas, avec le lait d'un seul ménage^ faire un fromage nommé Gruyère, se réunissent, apportent chaque jour le lait dans un atelier commun, où Ton tient note des versements de chacun, chiffrés sur des taillons de bois ; et de la collection de ces petites masses de lait, on fait à peu de frais un ample fromage dans une vaste chaudière.

Comment notre siècle, qui a de hautes prétentions en économisme, n'a-t-il pas songé à développer ces petits germes d'association, en former un système plein, appliqué à l'ensemble des sept fonctions industrielles ; savoir :

l» Travail domestique,

2** — agricole,

3" — manufacturier,

4** — commercial,

5° — d'enseignement,

6** Étude et emploi des sciences,

70 — des beaux-arts ;

26 L*ASSOOUTION

fonctions qu'il faut exercer cumalatiyement dans la plus grande réunion possible» On verra qu'elle doit être de dix-huit cents personnes. Au-dessus de deux mille^ elle dégénérerait en cohue, tomberait dans la complication ; audessous de seize cents^ elle serait faible en liens, sujette aux fautes de mécanisme, aux lacunes d'attraction industrielle.

Cependant on pourra faire à peu de frais une épreuve réduite au tiers du nombre, à six ou sept cents personnes ; les résultats seront moins brillants, moins lucratifs, mais ils suffiront à prouver qu'une réunion, élevée au nombre suffisant, à dix-huit cents, réaliserait en plein les bénéfices et les accords décrits dans la théorie suivante.

Dàs qu'il aura été constaté par cet

essai> que le mécanisme nommé phalange de Sérias passionnées crée l'at*** traction industrielle, on verra l'imita tion aussi rapide que l'éclair.. .

§ in

Doit-on s'étonner que l'invention d'une théorie qui va changer la face du monde, ait été retardée jusqu'à nos jours?

' On ne l'a jamais cherchée, elle a dû rester inconnue»

Ce n'est guère que depuis un siècle qu'on s'occupe de théories industrieUeSt

L'antiquité ne fit sur ce wjet aucune étude ; elle était entravée par Tescla^ vage qui aurait mis heauQOup d'ob*^ stades à l'inventioQ du mécanisme sociétaire impraticable avec des e$r claves.

Les modernes, qui n'étaient plus gênés par la coutume de l'esclavage, auraient pu spéculer sur l'association agricole et domestique ; mais leurs économistes ont été arrêtés par un préjugé qui persuade que le morcellement ou culture subdivisée par familles, est nature de l'homme, destinée immuable.

Toutes leurs théories reposent sur cette erreur primordiale, fortement étayée par la morale qui ne voit la sagesse que dans les relations de famille, dans la multiplication des chaumières.

Les économistes ont donc sanctionné comme nécessaires les deux vices radicaux qu'ils ont trouvés établis, le morcellement de tagriculture et la famseté du commerce livré à la concurrence individuelle qui est toute mensongère et complicative, élevant le nombre des agents au vingtuple de

ce qu'emploierait le régime véridique.

Sur ces deux vices repose la société qu'on nomme civilisation.

Du reste, la civilisation occupe en échelle du mouvement un rôle important, car c'est elle qui crée les ressorts nécessaires pour s'acheminer à l'association ; elle crée la grande industrie, les hautes sciences et les beaux-arts.

On devait faire usage de ces moyens pour s'élever plus haut en échelle sociale, ne pas croupir à perpétuité dans cet abîme de misères et de ridicules, nommé civilisation, qui, avec ses prouesses industrielles et ses torrents de fausses lumières, ne sait pas garantir au peuple du travail et du pain.

En réplique aux sophistes qui nous vantent ce chaos social comme une marche rapide vers la perfectibilité croissante, insistons sur les trois con-

30 l'A&800UTIOM

ditions primordialeg de sagesse so* ciale, dont aucune ne peut être remplie dans le régime oiyilisé ; oe sont :

Attraction industriella, Répartition proportionnelle, Équilibre de population, Économie de "ressorts.

J'ai fait observer que si le peuple civilisé jouissait d'un minimum co«»

pieux, d'une garantie de nourriture et d'entretien décent^ il s'adonnerait à l'oisiveté parce que l'industrie civilisée est très*répugnante ; il faudra donc^ en régime sociétaire^ que le travail soit aussi attrayant que le sont aujourd'hui nos festins et nos. spectacles ; dans oe oas, le remboursement du minimum avancé sera garanti par l'attraction industrielle ou passion du peuple pour des travaux très4igréables et tràs*laera^

tife : passion qui ne pourra se soutenir qu'autant qu'on aura une méthode de répartition équitable, allouant i oha* que individu^ homme^ femme ou ea^ fant) trois dividendes affectés à ses trois facultés industrielles. Capital, Travail et Talent, et pleinement satis* faisants pour lui.

Remarquons bien cette propriété inhérente au mécanisme sociétaire, contenter toutes les classes, tous les partis; c'est par cette raison que le succès en sera si facile, et qu'une petite épreuve tentée sur sept cents personnes décidera subitement la métamorphose générale, parce qu'on y verra réalisés tous les bienfaits que la philosophie se borne à rêver : liberté réelle, unité d'action, règne de la vérité et de la justice devenues voies de fortunes. Mais dans Tordre civilisé où

h ABaocuTioN

la vérité et la justice ne rpas à la fortune, il est qu'elles soient préférées; an*' la fourberie et l'injustice don toute lê^alation civilisée, et .en raison des progrès de I'il ' des sciences.

Le peuple, en presseutimi^ ' destittée, est meilleur juge q vanta ; il donne à l'état civili i de monde à rebours, idée qui la possibilité d'un monde à <i dont il restait à découvrir la I

Énormité du produit sociétaire.

j. Une des causes qui ont retardé Tinvention du mécanisme sociétaire, c'est qu'on a manqué à la précaution de présenter comme motif d'espérance et stimulant d'étude, un tableau des im-

i menses bénéfices de l'association.

Distinguons ces bénéfices en négatifs,

V et positifs;

I Le bénéfice négatif consistera à produire sans rien faire, plus que des civilisés forçant de travail.

[ Par exemple : j'ai prouvé qu'une cuisine sociétaire épargnerait en combustible les neuf dixièmes, et en ouvriers les dix-neuf vingtièmes de ce

l'association et LK travail ATTRAYAMTi 2

qu*emploient les cuisines des ménages.

Outre le produit de toutes ces épargnes on aurait celui d'une fabrication bien améliorée, le profit serait positif et négatif à la fois, car à l^épargne prodigieuse de combustible, se joindrait Tavantage de restauration des forêts, sources, climatures.

Continuons sur Thypotlièse d'exploitation sociétaire : je l'applique à la pêche des petites rivières. On peut, par inaction combinée, par accord sur les époques d'ouverture et clôture de la pêche, décupler la quantité du poisson et le conserver dans des réservoirs à engrais.

L'épargne du larcin serait un immense bénéfice obtenu sa?is rien faire :

le fruit est la plus facile de toutes les récoltes; mais le risque de vol empêche les neuf dixièmes des plantations

qu'on voudrait faire, il oblige à une construction de murs très-dispendieux et nuisibles.

L'Association, exempte du risque de larcin, aura moins de peine à trentupler les plantations d'arbres, qu'on en a aujourd'hui à les clore et surveiller.

Elle aura une telle affluence de fruits qu'elle en nourrira les enfants toute l'année, en conservant le fruit par procédés scientifiques, et remployant en compotes et confitures qui coûteront moins que le pain ; parce que le régime des Séries passionnées ayant la propriété de créer l'attraction industrielle, convertira au travail agricole les sauvages, nègres, etc. ; la zone torride sera aussitôt cultivée sur tous les points, et le sucre ne coûtera pas plus que le blé, à poids égal. Dans ce cas la compote à quart de sucre deviendra.

pour la classe pauvre, une nourriture moins chère que le pain : car le fruit de troisième choix, fruit à compote et marmelade, ne coûtera presque rien, tant les vergers seront immenses, quand le vol ne sera plus à craindre et que la restauration climatérique, effet des cultures générales et méthodiques, sera un sûr garant des récoltes.

Au lieu de cette surabondance, les civilisés sont privés même du nécessaire en fruit : car la peur du larcin les empêche de laisser mûrir le peu qu'ils en ont. Les bons et simples habitants de la campagne sont si fripons, qu'ils ne laisseraient pas un fruit sur un arbre non clos, si on ne cueillait pas avant maturité : ce risque oblige à faire une cueillette au lieu de trois, ce qui est très-préjudiciable aux qualités.

U faudrait à trois cents familles

d'une bourgade civilisée trois cents retranchements murés ; ce serait trois fois plus de dépense que les frais de plantation même; d'ailleurs la plantation est fortement contrariée par le risque des fraudes à essuyer en achetant des pépiniéristes : fraudes qui cesseront quand le régime commercial aura passé du mode mensonger ou civilisé^ au mode véridique.

Une phalange industrielle ou canton sociétaire ne ferait qu'une seule négociation d'achat ou de vente, au lieu de trois cents négoces contradictoires employant trois cents chefs de famille, qui vont perdre dans les halles et cabarets trois cents journées, à vendre sac par sac telle masse de denrées que la phalange sociétaire vendrait en totalité à deux ou trois des phalanges voisines, ou à une agence de commission pro-

vinciale. En commerce, comme en toute autre branche de relations, le mécanisme civilisé n'est toujours que Fextrème complication, le mode le plus ruineux et le plus faux.

En thèse générale, la civilisation, dans son ensemble, présente les deux tiers d'improductifs. Dans ce nombre figurent non-seulement les improductifs avérés, comme les militaires, les douaniers, les agents fiscaux; mais encore la plupart des agents réputés utiles, comme les domestiques, et même les cultivateurs qui sont parasites dans un grand nombre de fonctions.

En ajoutant l'épargne des classes détruites par les fatigues, les excès, la navigation imprudente, les épidémies, les contagions. Ton trouvera, entre les civilisés et les peuples sociétaires, une différence décuple quant aux facultés

industrielles ou produits qu'on peut obtenir d'une masse d'Iiabitants sur un terrain donné.

En effet> si les hommes, femmes et enfants travaillent par plaisir, dès Fàge de trois ans jusqu'à Tâge décrépit ; si la dextérité, la passion, la mécanique, l'unité d'action, la libre circulation, la restauration de température, la vigueur, la longévité des hommes et des animaux, élèvent à un degré incalculable les moyens d'industrie, ces chances cumulées porteront bien vite au décuple la masse du produit; et c'est par égard pour les habitudes, que j'énonce le quadruple seulement, de peur de choquer par des perspectives colos* sales, quoique très-exactes.

L'amélioration portera principale-* ment sur le sort des enfants, très-mal gouvernés par les ménagët^ ojvix^ îvaxss^

leurs chaumières, leurs ' greniers et leurs arrière-boutiques, n'ont rien de ce qui est nécessaire au soin des enfants ; elles n'ont ni les ressources, ni la passion, ni les connaissances, ni le discernement qu'exige ce soin. Dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Rouen, les enfants sont tellement victimes de l'insalubrité, qu'il en meurt huit fois plus que dans les campagnes salubres.

Plus les perspectives de l'état sociétaire sont éblouissantes, plus il importe de s'assurer si la théorie en est exacte, si le calcul de l'attraction industrielle et du mécanisme des passions est réellement découvert.

€ Mais comment se fait-il, dira-t-on, qu'une invention si précieuse soit l'ouvrage d'un inconnu, qui ne figure pas dans le monde savant ? Tant d'hommes

célèbres, depuis Platon jusqu'à Voltaire, ont exploré le domaine des scien* ces : peut-on penser qu'ils aient manqué la plus précieuse des découvertes? cela n'est pas croyable, ce calcul de l'attraction et de l'association ne peut être qu'une charlatanerie : c'est quelque vision, quelque songe-creux. »

Ainsi raisonne l'orgueil : on est choqué de voir un inconnu enlever la palme que tant d'autres auraient pu cueillir avant lui. On aime mieux repousser une heureuse découverte que de la tenir d'un intrus. D'ailleurs, Tamour-propre est flatté en ravalant les idées neuves.

Cent mille pygmées du quinzième siècle se croyaient hommes de génie, en persiflant Christophe Colomb qui leur démontrait la sphéricité du globe, l'existence probable d'un nouveau monde continental.

Je réponds à ces détracteurs : comment se faiiHl que des découvertes éminemment utiles et à portée de tout le monde, comme Tétrier et la sou- '^nte, aient échappé à vingt siècles savants? Il ne manquait pas, dans Rome et Athènes, de bons mécaniciens, aptes à faire ces faciles découvertes. Tout charron, tout cavalier pouvait inventer la soupente et l'étrier, choses dont totit le monde avait grand besoin, car chacun voyage en voiture ou à cheval. Les voitures des César et des Périclès étaient cahotantes comme nos charrettes; les cavaliers romains étaient sujets à de graves maladies, qu'un étrier aurait prévenues; on plaçait sur les routes des bornes de distance en distance, pour leur aider à remonter à chevaL

En considérant cette inadvertance

de la docte antiquité sur deux inventions qui étaient à portée de tout bon simple, s'étonnera-t-on qu'une théorie vaste et brillante comme celle de l'attraction passionnée» ait échappé au monde savant?

Mais l'inventeur a le tort de ne pas s'accorder avec certaines sciences en crédit ; eh ! si je tombais d'accord avec les sciences politiques et morales, je ne serais qu'un sophiste de plus : Galilée, Colomb, Copernic, Newton» Linné, donnèrent un démenti à leur siècle ; un inventeur est obligé de contredire les erreurs dominantes; un charlatan pour faire des dupes» flagorne tous les sophistes ; lequel des deux est digne de confiance?

On prétend que l'histoire éclaire les peuples et rectifie leur jugement ; rien n'est plus faux, car il» ^o\i\ ^Ni^w^i^^ïKiL

plus hostiles contre les inventions qu'ils ne Tétaient au temps de Galilée. Cent fois l'histoire leur a dit que < les grandes découvertes ont été dues plus souvent aux jeux du hasard qu'aux spéculations du génie ; que le génie et le bon esprit se trouvent rarement chez les beaux esprits, gens routiniers et peu susceptibles d'idées neuves. »

Malgré les leçons de Thistoire et de l'expérience, on exige qu'un inventeur soit un personnage académique par les formes et le style. Étaient-ce donc des académiciens que ceux qui découvrirent la lunette et la boussole? C'étaient des enfants et des êtres si obscurs que leur nom ne s'est pas transmis.

Lorsqu'un trésor est apporté, hâtezvous d'en jouir au lieu d'intenter des procès à celui qui l'a trouvé ; pourquoi le quereller sur les formes et le style ?

ET liE TRAVAIL ATTRATANT 45

Qu'il s'exprime en patois, peu importe :

l'invention en a-t-elle moins de valeur?

Cercle vicieux de Tindustrie civilisée*

En toute science le règne du faux précède le règne du vrai; avant la chimie expérimentale on a vu les alchimistes occuper la scène ; avant Tastronomie exacte, on a vu dominer l'astrologie judiciaire ; avant la naissance de l'économie sociétaire, nous avons vu dominer pendant un siècle l'économie anti-sociétaire ou théorie du morcellement, encouràgeaiit \e^ ^«\a\,^ ^^'^^

ducteurs qui sont de petits vandales en industrie*

Que de sciences, et des plus révérées, sont encore dans cet âge de ténèbres qui précède le règne du vrai ! Par exemple, la morale : comment la concilier avec elle-même ? D'une part elle nous prêche le mépris des richesses et l'amour de l'auguste vérité ; d'autre part elle excite l'amour du commerce qui ne tend qu'à amasser des richesses par la pratique de toutes les astuces.

On trouve môme inconséquence, môme contradiction dans toutes les sciences dites philosophiques.

L'industrialisme est la plus récente de nos chimères scientifiques ; c'est la manie de produire confusément, sans aucune méthode en rétribution proportionnelle, sans aucune garantie pour le joroducteur ou salarié de participer à

raccroissement de richesse; aussi voyons-nous que les régions industrialistes sont autant et peut-être plus jonchées de mendiants que les contrées indifférentes sur ce genre de progrès.

Jugeons ici les systèmes par les résultats : c'est TAngleterre qui est le point de mire, Je modèle proposé aux nations, l'objet de leur jalousie; pour apprécier le bonheur de son peuple, je vais m'étayer de témoignages irrécusables.

Assemblée des maîtres artisans de Birmingham, 21 mars 1827. Elle déclare € que l'industrie et la frugalité de l'ouvrier ne peuvent pas le mettre à l'abri de la misère, que la masse des salariés employés à l'agriculture est nue, qu'elle meurt réellement de faim dans un pays où il existe surabondance de vivres » . Aveu d'autant moins suspect, qu'il part de la ç^aae dôa ixv^Vx^^

d'ateliers, intéressés à rédimer le salaire des ouvriers, et à déguiser leur misère.

Les journaux de Dublin (1 826) disent :

« Il règne ici une éfiiémieparmi le peuple : les malades qu'on amène à l'hôpital guérissent dès qu'on leur donne à manger » . Leur maladie est donc la faim :

il ne faut pas être sorcier pour le deviner, puisqu'ils sont guéris dès qu'ils trouvent à manger. Ne craignez pas que cette épidémie atteigne les grands : on ne verra ni le lord gouverneur, ni l'archevêque de Dublin tomber malades de faim, ce sera plutôt d'indigestion.

Et dans les lieux où le peuple civilisé ne meurt pas de feAm pressante, il meurt de faim lente par les privations, de faim spéculative qui l'oblige à se nourrir de choses malsaines, de faim imminente en s'excédant de travail, en se

livrant par besoin à des fonctions pernicieuses^ à des fatigues outrées d'où naissent les iSèvres, les infirmités; c'est toujours aller à la mort par la famine.

' A cela les industrialistes répondent qu'il faudrait ' répandre les lumières, l'instruction; eh! que sert-elle à des misérables qui n'ont pas de quoi subsister ? elle les poussera à la révolte.

Cette dégradation de l'humanité engendre l'athéisme ; il s'accroît en raison des progrès de l'industrie civilisée ; elle semble une dérision de la nature contre l'humanité : l'athéisme est le résultat nécessaire d'une civilisation trop longtemps prolongée, et donnant un vaste essor à ] 'industrie avant de connaître la méthode de répartition proportionnelle et garantie de minimum au peu* pie; en d'autres termes, c«tt»aiXx^\^

code naturel ou divin sur les relations industrielles.

Les publicistes ne se sont occupés pendant trois mille ans que du gouvernement, que djes abus administratifs et religieux ; ils ont commencé depuis un siècle seulement à traiter de l'industrie, sans songer à en corriger les désordres. Soit inadvertance, soit erreur systématique, il est certain qu'ils en ont prôné les deux vices radicaux, morcellement indmlriel et fraude commer^ ciale fardée du nom de libre concurrence.

Nos économistes, confus de voir la ténacité et même le progrès de l'indigence, commencent à soupçonner que leur science est en fausse route.

M. de Sismondi a reconnu que la consommation s'opère en mode inverse^ qu'elle se fonde sur les fantaisies des

oisifs, et non sur le bien-être du producteur; c*est déjà un premier pas vers la sincérité analytique. Mais le mécanisme inverse est^il borné à la consommation ? N*est-il pas évident :

Que la circulation est inverse^ opérée par les intermédiaires nommés mar" chands, négociants qui^ devenant propriétaires du produite rançonnent le producteur et le consommateur, et sa* ment les désordres dans le système industriel par leurs menées d'accaparé* ment^ agiotage, fourberie, extorsion, banqueroute, etc.;

Que la concurrence est inverse, ten<* dant à la réduction des salaires, et conduisant le peuple à l'indigence par les progrès de Tindustrie; plus elle s'accroît, plus l'ouvrier est obligé d'accepter à vil prix un travail trop dis-* puté ; et d'autre part, ij\w^ \^\v!^\s^'^^

des marchands s'accroit, plus ils sont entraînés à la fourberie par la difficulté des bénéfices.

Voilà déjà trois ressorts dirigés en mode inverse, dans le mécanisme industriel.

L'industrie présente une subversion bien plus saillante, c'est la contrariété des deux intérêts colkctif et individuel.

Tout industrieux est en guerre avec la masse, et malveillant envers elle par intérêt personnel. Un médecin souhaite à ses concitoyens de bonnes fièvres, et un procureur de bons procès dans chaque famille. Un architecte a besoin d'un bon incendie, qui réduise en cendres le quart de la ville, et un vitrier désire une bonne grêle qui casse toutes les vitres. Un tailleur, un cordonnier ne souhaitent au public que des étofies dé faux terni et des chaussures do mauvais

cuir, afin qu'on en use le triple pour le bien du commerce : c'est leur refrain.

C'est ainsi qu'en industrie civilisée tout individu est en guerre intentionnelle avec la masse; effet nécessaire de l'industrie anti «sociétaire ou monde à rebours. On verra disparaître ce ridicule dans le régime sociétaire, où chaque individu ne peut trouver son avantage que dai^s celui de la masse entière.

En administration, l'instinct nous a fait découvrir le germe des garanties naturelles (garantie de vérité et d'économie), et l'on n'a su l'appliquer qu'au système des monnaies, seule relation où régnent la vérité et l'économie. Or, qu'est-ce que le système des monnaies ?

C'est une régie fiscale à deux contrepoids formés par le change et l'orfèvrerie : leur concurrence maMi\,\ftTv\i\^ çjs^

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vernement dans les voies d'économie et de vérité ; c'est donc le système qu'il aurait fallu appliquer à tout l'ensemble du mécanisme commercial et administratify pour y introduire les garanties d'économie et de vérité.

Le régime des monnaies est un monopole^ mais un monopole composé, à double contre-poids ; en cela il diffère pleinement du monopole simple comme celui des tabacs, qui est l'arbitraire sans contre*-poids.

Nous avons donc, sous la main une des deux boussoles sociales, c'est le monopole composé que l'instinct a fait découvrir à tous les gouvernements ; ils n'ont pas su l'appliquer au commerce, et s'en emparer pour le bien des peuples qui ont besoin d*une garantie de vérité et d'économie dans le mécanisme de circulation.

Dupe des sophismes de liberté, Tadministration s'est laissé frustrer de la plus belle portion de son domaine : elle abandonne le commerce aux particuliers, à la concurrence de fourberie, à Tanarchid mensongère et complicatiye.

Laquelle des deux méthodes est préférable, ou de la garantie qui règne dans le monopole des monnaies, ou de la liberté anarchique du commerce qui augmente chaque jour le nombre de ses agents, l'absorption de capitaux, les entraves de fourberie et la complication de mécanisme ? Pour en juger, il faudrait mettre pendant quelque temps la monnaie en régime commercial, en libre concurrence. L'on aurait bientôt dans chaque empire vingt mille fabricants de monnaie, qui en protestant de leur loyauté selon l'usage commercial, distribueraient à F envi de» moxmx'^ î^s^

faux titre : toutes transactions seraient entravées, l'industrie tomberait dans le chaos.

De là il est évident que la garantie industrielle réside dans le monopole COMPOSÉ ou régie fiscale à double contre-poidsj et que le régime de concurrence mensongère est l'absence de toute garantie.

Nos philosophes, dans leurs rêves de garantie sociale, vont chercher bien loin le trésor qu'ils ont sous la main, et dont ils voient le germe dans la plus remarquable de nos relations» celle des monnaies, exercée par le monopole à double contre-poids.

C'est sur Tindustrie que les réformateurs auraient dû porter leurs vues ; et pour se diriger dans cette carrière, il aurait &llu faire usage de l'une des deux boussoles :

Ou du Monopok à double contre^ poids ^ qui existe déjà en germe, et qui, par son extension, aurait conduit à la période des garanties sociales ;

Ou des Séries passionnées j dont Tinyention plus difficile aurait conduit à l'association, destin ultérieur de l'humanité. (Les garanties ne sont qu'une transition, un état mixte entre la destinée malheureuse, dite civilisation, et la destinée heureuse ou état sociétaire.)

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