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CHAPITRE III

La Doctrine de l'Assomption dans la liturgie

ancienne.

Il est impossible de fixer, d'une manière précise, la date de l'institution de la fête de l'Assomption. Elle commença, plus probablement, en Orient, où nous voyons l'empereur Maurice (582-602) ordonner de la célébrer, le 15 aoùto avec le plus d'éclat possible. Mais, il faut 1, remarquer, cette loi impériale concernait la solennité et la date, non la fête elle-même, qui existait avant cette époque, comme l'observe l'historien Tillemont : « Nicéphore Calliste dit que ce fut l'empereur Maurice qui ordonna de fêter dans tout l'empire d'Orient la mort de la Sainte Vierge, le 15 d'août, ce qui n'empêche pas

(1) Martin, ConoUii Vaticani documentorum coUectio, p. 107.

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qu'on en fit, dès auparavant, quelque solennité (1). »

L'histoire ne signale aucun fait spécial comme ayant été l'occasion de l'institution de cette fête. Et comme par ailleurs, il faut trouver une cause à son existence, il est tout naturel d'invoquer le développement et l'organisation du culte de Marie, qui se firent progressivement sous l'influence de l'enseignement oral de l'Eglise et du progrès dans l'étude du dogme chrétien. Cette explication sauvegarde, seule, l'intégrité du pouvoir doctrinal de l'Eglise, qui n'a pu établir une fête en l'honneur d'une doctrine inventée par des auteurs suspects ou hérétiques.

A quelque date que remonte cette solennité, l'Eglise est responsable de l'enseignement qu'elle nous donne par la voie de la liturgie, à savoir que la Sainte Vierge est montée au ciel, en corps et en âme. Ce qui importe surtout, c'est de constater que tel est bien l'objet de la fête, et que l'Eglise célèbre cette fête.

Or, il ne peut y avoir aucun doute sur ce point. Dans l'antiquité comme aujourd'hui, ce que l'Eglise honoreaujourdel'Assomption, c'est l'entrée de Marie au Ciel, en corps et en âme. On l'a appelée Pausatio, Repos, Dormitio, Dormition, et Assomption. Cette dernière désignation a prévalu exclusivement, parce qu'elle exprimait mieux l'essence même du privilège de la Vierge. Mais, il faut le dire, le sens traditionnel parfaitement établi des autres appellations, implique la résurrection de Marie. Pour s'en convaincre, il suffit de lire quelque homélie des Pères sur la fête de la Pausatio ou de la Dormi tio de la Vierge; la résurrection et le triomphe

(1) TiLLEMONT, Mémoires pour seroir à l'histoire ecclésiastique. t. 1. Azotes sur la Sainte Vierge, W 18, p. 476.

de la Mère de Dieu y sont célébrés en termes magnifiques, de même que dans les formules de prières. Les divers noms de la fête indiquent le même objet. Voici, entre autres témoignages, ce que disait saint Modeste, patriarche de Jérusalem (-j- 614), en son sermon sur la Dormition de la Mère de Dieu : « Aujourd'hui, le Seigneur du ciel et de la terre a consacré le tabernacle humain, dans lequel il avait été lui-même reçu selon la chair, pour le faire jouir avec lui et A jamais du don de l'incorruptibilité. 0 bienheureuse dormition de la glorieuse Mère de Dieu, toujours vierge, qui n'a point connu la corruption du tombeau ; car le Christ, notre toutpuissant Sauveur, a gardé intacte la chair qui lui avait donné la sienne... Salut, très Sainte Mère de Dieu, Jésus a voulu vous avoir dans son royaume, avec votre corps, revêtu d'incorruptibilité... La très glorieuse Mère du Christ, notre Dieu et* Sauveur, qui donne la vie et l'immortalité, est ressuscitée par son Fils, et possède à jamais l'incorruptibilité avec celui qui l'a appelée du tombeau (1). »

Les liturgistes et les érudits ne sont point d'accord pour nous dire si la fête que l'on célébrait autrefois en Gaule, le 18 janvier, avait pour objet l'Assomption en même temps que la Maternité de la Sainte Vierge (2). Les paroles de saint Grégoire de Tours (^ 503) semblent pourtant l'indiquer : « Le Seigneur, dit-il, lit porter le corps très saint de la Vierge dans le Ciel, où, réuni à son âme, iljouit maintenant du bonheur sans fin... Marie, la glorieuse Mère du

(1) Encomium in dormitionem B. Deiparae. (P. G. lxxxvi, p. 2,

(2) Mgr DucHESNE, Origines du culte chrétien, p. 252-262. —

D. MoRiN, Notes liturgiques sur l'Assomption. (Revue bénédictine, 1888, p. 342-346.)

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Christ, fut enlevée au ciel, sous la conduite du Seigneur et parmi les hymnes de joie des chœurs angéliques. . . On célèbre sa fête au milieu du onzième mois(l). »

S'il était permis de croire à l'origine vraiment grégorienne des pièces qui composent le sacramentaire dit grégorien, on pourrait affirmer que la fête de l'Assomption existait, à Rome, du temps de saint Grégoire le Grand (590-604), peutêtre même dès auparavant, au dire de certains liturgistes. Mais ce livre n'est pas, au moins dans son intégrité, l'œuvre du saint pape ; il a reçu des additions postérieures, au nombre desquelles se trouve la messe de l'Assomption. En tout cas, la fête se célébrait, à Rome, durant le septième siècle, puisque le Pape Sergius (687- 707) établit une procession solennelle, aux jours de l'Annonciation, de la Dormîtion et de la Nativité de la Sainte Mère de Dieu (2). » Au départ, le pontife chantait cette oraison : c( Que la fête vénérable de ce jour nous apporte. Seigneur, un secours salutaire, puisqu'aujourd'hui la Sainte Mère de Dieu, qui a mis au monde votre Fils incarné, a passé par la mort temporelle, mais n'a pu être retenue dans ses liens (3). »

A l'exemple de Rome, la Gaule honora bientôt d'un culte public le privilège delà Vierge. Elle le fît d'abord le 18 janvier, réunissant ainsi un double objet dans ses hommages : la Maternité et l'Assomption de la Vierge. On lit dans la Liturgie gallicane de ce jour, cette prière : c( Supplions la bonté de Dieu de délivrer les défunts du lieu d'expiation et de les admettre là

(1) De gloria marltjrum, 1. 1. c. 9 (P. L., Lxxi, 708-713.)

(2) Liber pontijicalis, éd. Duchesne, t. I, p. 376-381.

(3) Liber sacramentorum S. Gregorii. (P. L., lxxviii, c. 133.)

où le corps de la Bienheureuse Vierge a été transporté. » Et encore : « La Vierge Mère de Dieu a quitté ce monde pour aller rejoindre le Christ. De même qu'elle n'a point subi la contagion de la corruption du péché, ainsi n'a-t-elle point connu la dissolution du tombeau... Ajuste titre, vous avez été heureusement reçue dans l'Assomption par celui que vous avez conçu, et la pierre du tombeau n'a point retenu celle qui n'avait rien commis de terrestre (1). » Plus tard, sous Louis le Débonnaire, la Gaule adopta la date du 15 août.

La règle de saint Chrodegand, évêque de Metz, le concile de Mayence en 813, les ordonnances de Hérard, archevêque de Tours rangent l'Assomption parmi les fêtes les plus solennelles.

L'octave de l'Assomption fut instituée par le pape saint Léon IV vers 817 ; mais le jeûne de la vigile était d'origine si ancienne que saint Nicolas P^, répondant aux questions des Bulgares (858), le leur rep)'ésentait comme d'un usage très ancien dans l'Eglise (2).

A l'époque riième où la fête de l'Assomption était adoptée par des églises de plus en plus nombreuses, en Occident, des doutes se produisirent chez certains, par réaction contre les apocryphes et sous l'influence d'une prétendue lettre de saint Jérôme à Paule et à Eustochie, composée vers la fin du huitième siècle, probablement par Ambroise Autbert, abbé de Saint- Vincent au Vulturne (3). L'écrit, d'ailleurs très éloquent, du faux saint Jérôme donna lieu à quelques hésitations qui se traduisirent par les

(1) p. L., Lxxii, 215.

(2) Labbe, Conciltovum collectio, t. VIII, p. 518.

(3) D. MoRiN Œeuue d'histoire ecclésiastique de Louvain, 1905, p. 336, 337).

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leçons imprudentes du mai-tyrologo d'Adon, archevêque de Vienne en Daupliiné (858; suivi par Usuard, moine de Saint-Germain de Paris. Mais ce n'étaient là que des dissonances accidentelles dans le concert général d'hommages rendus à l'assomption corporelle de Marie par les Papes, par la liturgie en Orient et en Occident, par la voie des Pères et des pasteurs. Dans ses textes officiels, l'Eglise d'Occident exprimait sa croyance à la prérogative de la Vierge ; et les doutes de quelques personnages, même savants et respectables, n'ont pu prévaloir contre l'enseignement de l'Eglise et la persuasion du peuple chrétien.

Le plan du présent tî'avail ne permet pas de donner ici les témoignages formels des diverses liturgies orientales sur l'Assomption, spécialement de la liturgie grecque, qu'on peut voir dans le travail de Cozza Luzi : De corporea assumptlone Beatœ Mariœ Deiparœ testimonia liturgica Grœcoriun selecta, liomœ, 1869.

Voici quelques strophes des chants que l'Eglise grecque consacre au triomphe céleste de la Très Sainte Vierge : « 0 Vous, qui méritez toute louange, lorsque vous avez remis votre sainte âme entre les mains du Seigneur, votre Fils, vous n'avez pas abandonné votre corps. Car, de même que vous avez reçu Celui qui est la vie de tous, ainsi transportée dans le séjour de la vie après sa mort, vous procurez la vie éternelle à ceux qui confessent que vous êtes vraiment la Mère de Dieu. » — « Dieu, roi de toutes choses, vous a accordé des privilèges surnaturels. Car, de même qu'il a conservé votre virginité dans l'enfantement, ainsi il a gardé votre corps sans corruption dans le tombeau, et il l'a congloriiié avec votre âme par une

merveilleuse translation ; c'est là un don du Fils à la Mère. »

Marie, transportée corporellement, a changé de demeure lors de sa dormition ; elle habite maintenant dans le ciel, où elle se fait notre patronne et notre protectrice. »

« 0 prodige, le Très-Haut, descendant du ciel, comme il convenait en sa qualité de Fils, a étendu ses mains productrices de la vie, et reçu, avec joie, Tâme de sa mère ; il transporte de la terre au ciel le corps qu'il a habité (1). »

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