‹ L'assomption de la très sainte ViergeChapitre 5 sur 7 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La doctrine de l'Assomption chez les Pères de l'Eglise et les théologiens du moyen âge.

LesPèreset les théologiens,en tant que témonis de la foi de l'Eglise et auxiliaires de l'Eglise enseignante, forment deux classes d'organes du magistère dont le consentement respectif s'impose, avec autorité, à la croyance du chrétien. La période strictement patristique se termine à

(l) CozzA-Luzi, dans Vaccari, De corporea Deiparœ assumptione in cœlum. Romoe, 1850 Appendice, n. 458, 459.

32 l'assomption de la très sainte vieuge

l'époque de saint Grégoire le Grand ; mais on donne aussi le nom de Pères, quoique moins convenablement, à des auteurs plus récents, jusqu'à saint Bernard. Pour ces derniers comme pour les théologiens des âges suivants l'Assomption de la Vierge ne fait aucun doute. Il est à remarquer qu'ils représcntentcette doctrine comme enseignée par la liturgie de l'Eglise et comme appuyée sur la raison théologique. Si quelques-uns ont rapporté des détails légendaires sur les circonstances de la résurrection de Marie, cela ne nuit en rien à leur témoignage sur la vérité doctrinale, qu'ils avaient mission de prêcher. A voir leurs citations scripturaires, on pourrait même dire que dans la pensée de plusieurs, l'Assomption repose sur l'autorité de Dieu. En tout cas, ils déploient tout leur savoir théologique et toutes les ressources de leur piété pour exposer et pour appuyer la croyance de l'Eglise à l'Assomption.

Après les témoignages de saint Grégoire de Tours et de saint Modeste, patriarche de Jérusalem, rapportés au chapitre précédent, il faut rappeler les principaux noms de ceux qui ont affirmé et défendu la doctrine de l'Assomption. Saint André, archevêque de Crète (f 675), dans son Discours II sur la dormition de la Mère de Bleu (P. G., t. 97, c. 1081), établit l'Assomption sur la pureté incomparable et sur la maternité virginale de Marie : « C'est un spectacle tout nouveau, et qui surpasse la raison, que celui d'une femme, plus pure que les cieux, entrant dans le ciel avec son corps. De même qu'elle a enfanté sans corruption, ainsi après sa mort, sa chair a recouvré la vie. »

Saint Germain, patriarche de Constantinople (f 733), lui consacre un des plus beaux sermons

que nous ait légués Vancien Orient, et où il dit : « Il étaitimpossible que le tombeau retînt le corps qui avait été le temple vivant du Fils du Dieu... Comment votre chair pourrait-elle être réduite en cendres et poussière, à vous qui par le Fils, né de vous, avez délivré le genre humain de la corrupption de la mort. » {Homilia I in dormitionem S. Mariœ (P. G., t. 98, c. 345).

Outre les paroles de saint Jean Damascéne, (f 760) l'apportées dans la liturgie, le grand docteur, s'adresse à la Vierge, dans son Homélie siœ ladormitionde Marie (P. G., t. 96, c. 719,720) : « Votre chair n'a pas connu la corruption. Votre corps immaculé, qui n'a jamais connu aucune tache, n'a point été retenu dans le tombeau... Vous êtes restée vierge dans l'enfantement ; aussi, à votre mort, votre corps n*a point été réduit en poussière, mais il a été placé en état meilleur et céleste. »

De son côté, saint Théodore Studite, l'illustre moine défenseur des images (f 826), dans son Eloge de la Dormition de Notre-Dame Mère de Dieu (P, G., t, 99, c. 719-722), dit que Marie, c( revêtue de l'incorruptibilité est entrée dans la demeure éternelle » et que, « dans sa dormition vitale, elle a reçu, à la différence des autres, la double incorruption du corps et de l'âme. La langue est impuissante à exprimer le mystère de cette résurrection. »

L'Assomption corporelle de AJarie est mentionnée dans le Martyrologe de Notker, moine de Saint-Gall (870) (P. L, t. 131, c. 11-12) ; le grand hymnographe de l'Eglise grecque, saint Joseph (f 883), la célèbre dans ses chants (P. G., 1. 105, c, 1000 et sq.) ; Atton, évêque de Verceil (960), enseigne que « le Seigneur, par un effet de sa bonté, a anticipé, pour sa Mère, ce qu'il

I l'assomption 3

34 l'assomption de la tri^s sainte vierge

accordera à tous les saints, à la fin des siècles lorsqu'il revêtira d'inannortalilé leurs corps mortels. » (Sermon XVII in Assumptione B. iJei genitricis, P. L., t. 134, c. 857.)

Le môme témoignage est donné par Sirnéon Métaphraste (t9G0), à la fête du 15 août (P. G., t. 115, c. 660) ; par Fulbert, évêque de Chartres, (f 1029) dans son Sermon V sit^r la Nativité de Marie (P. L., t. 141, c. 325) ; pjar le moine Jean Maurope, métropolite des Euchaïtes (1050), dans son Discours sur la Dormition de la Mère de Dieu (P. G., 1. 120, c. 1080, 1175); par l'illustre docteur saint Pierre Damien (f 1072), dans son Sermon XL sur l'Assomption (P. L., 1. 144, c. 717) ; par saint Anselme (f 1109), dans ses Prières à la Vierge (lx) (P. L., t. 158, c. 960 ; par Hildebert, évêque du Mans, puis archevêque de Tours (f 1136), dans son Sermon I pour r Assomption (P. L., t. 171, c. 630); par Hugues de Saint- Victor (f 1142), dans ses Miscellanées (P. L., t. 177, c. 808) ; par saint Bernard (f 1153), dans deux de ses Sermons sur r Assomption (P. L., t. 183, c. 416, 427) ; par saint Amédée, abbé de Hautecombe, puis évêque de Lausanne (f 1154), dans son Homélie VIII sur la Vierge-Mère (P. L., t. 188, c. 1342) ; par Richard de Saint- Victor (f 1173), dans son Explication du Cantique des cantiques (P, L., t. 196, c. 523, 4) ; par Jean Beleth, théologien de Paris (f 1182), dans son Rational des divins offices {P. L., t. 202, c. 148-151) ; par Pierre, abbé de Celle, puis évêque de Chartres (fll87), dans son Sermon II sur l'Assomption (P. L., t. 202, c. 850; ; par Philippe, abbé de Bonne-Espérance (f 1187), dans son Commentaire sur le Cantique des cantiques (P. L., t. 203, c. 438); par Pierre de Blois. archidiacre de Bath en

L ASSOMPTION DE LA TRES SAINTE VIERGE o5

Angleterre (f 1200), dans ses Sermons XXXIII et XXXIV sur l'Assomption (P. L., t. 207, c. 662, 664) ; par Sicard, évêque de Crémone (f 1215), dans son Mitrale, au chapitre sur l'Assomption (P. L., t. 213, c. 420).

La liste des auteurs, antérieurs à la période scolastique est certainement incomplète. Il faudrait y joindre Burchard, évêque de Worms ; Olbert, abbé de Gembloux ; Pandulfe, du Mont Cassin ; saint Bruno, évêque de Segni ; Lanfranc, archevêque de Cantorbéry ; Abailard ; Honorius, évêque d'Autun ; Rupert, abbé de Tuit ; Pierre, abbé de Cluny ; Adam de Saint- Victor ; et le chroniqueur grec Michel Glycas.

L'Assomption ne fait aucun doute pour les docteurs scholastiques. Plus encore que les Pères, ils font appel à toutes les ressources de la raison théologique pour mettre en lumière le privilège de Marie. Le plus grand de tous, l'incomparable génie, saint Thomas d'Aquin, en parle plusieurs fois, de la façon la plus formelle : « La Bienheureuse Vierge fut exempte de la malédiction qui condamne les hommes à retourner à la poussière, puisqu'elle a été enlevée au ciel. » (Exposition de la Salutation angélique). L'Ange de l'Ecole parle de même, dans son Exposition du Symbole, et dans la Somme théologique, (3 p., q. 83, a. 5 ad 8, et q. 27, a. 1, c.)

Le maître de saint Thomas, le bienheureux Albert le Grand, professe la même doctrine (De laudibus B. Mariae, l. 4, c. 4), ainsi que le docteur séraphique, saint Bonaventure {Breviloquium, p, 7, c.5). Guillaume Durand, évêque de Mende, base le privilège de l'Assomption sur la prérogative de l'Immaculée Conception {De divinis ofjiciis, L 7, 24.) Guillaume d'Aurillac,

36 l'assomption de la très salvte vierge

évoque de Paris, en son Sermon H sur l'Assomption, dit que « Notre-Seigneur n'eût pas parfaitement honoré sa Mère s'il ne l'avait élevée à la gloire de l'éternité et s'il l'avait laissée soumise à la loi commune de la dissolution du tombeau. » Engelbert, abbé d'Admont en Styrie, développe longuement la thèse de l'Assomption dans son Traité sur les vertus de la B. Marie, p. 4, c. 18-20. Le franciscain Nicolas de Lire soutient la même doctrine dans ses Postillœ majores ou explication des épîtres et évangiles de toute l'année, ainsi que Durand de Saint- Pourçain {Lib. 3 sent, dist, 3, q. 1) ; etGerson, le célèbre chancelier de l'université de Paris, dit qu'elle est professée par l'Eglise universelle {Opéra, p. 4. Sermo de Conceptione.) Enfin, le poète théologien, Dante, la chante dans le poème du Paradis (ch. 25).

Les Pères et les théogiens du moyen âge s'accordent donc à proclamer la doctrine de l'Assomption. Ils sont les témoins de la foi, ou enseignent par commission et sous la surveillance de l'Eglise. Qui oseraitcontredire l'affirmation de cette partie du magistère ecclésiastique ? A elle seule, elle serait, selon les règles de la théologie, une garantie certaine de la vérité d'une doctrine. Et, dans le cas présent, la vérité est affirmée sous plusieurs formes, et des plus solennelles.

Page 1