LE « SERVICE DE SANTE
Nous voudrions, avant de clore cette rapide étude sur l'examen médical, aborder une question qui dépasse notre sujet mais qui, par l'intérêt qu’elle présente dans tous les pays, mérite une place à part.
Déjà Edmond About dans son livre « L'Assurance » avait exprimé l’idée que l’assurance sur la vie n’était qu’un palliatif et que, du point de vue social, il serait très utile de créer un système préventif des maladies, susceptible d’ailleurs de rendre à l’assurance-vie, ellemême, de grands services.
Cette idée fut développée et reprise de nombreuses fois jusqu’en 1909 où elle trouva, en Amérique, sa première réalisation pratique : le Service de Santé.
Le Service de Santé, en assurance-vie, c’est le moyen d'inciter l’assuré à agir de façon à prendre, périodiquement, soin de sa santé. C’est la « prophylaxie individuelle, systématique, périodique et gratuite » (‘). En
CE) D' A. LICHTENDORFF-CLAIRVILLE. [’Assurance maladie privée et facultative concernant les classes moyennes et les professions libérales. Faris, 1937.
1911, M. L. R. Frankel de la Compagnie Metropolitain inaugura des examens périodiques avec l’aide du « Life Extension Institute » dont les réalisations pratiques prirent une grande extension, appuyées par l’ « American Médical Association » qui mit des formulaires à la disposition des médecins et s’employa à faire une importante propagande.
Au Canada, le Service de Santé est organisé en commun par toutes les compagnies, en contact étroit avec le Corps médical. Au Japon, organisation très complète depuis 1922 : brochures, films de propagande, médecins-voyageurs qui visitent les petites localités pour le compte des compagnies. Propagande également en Angleterre et surtout en Suisse où dès 1925 la Compagnie Vita développe tellement le Service de Santé qu'il devient un modèle pour toute l’Europe. Cette même année il est introduit en Allemagne et y prend une grande extension grâce à la création d’un organisme central : la « Deutsche Zentral für Gesundheitsdienst der Lebensversicherung » qui réunit vingt-sept compagnies, organise une bibliothèque, des expositions, des conférences, etc... En 1935 il y avait 360.000 assurés privés ayant droit à des examens périodiques gratuits.
En France, enfin, la Compagnie le Nord donne, depuis 1926 des conseils écrits à ses assurés et chacun a droit à une consultation médicale gratuite tous les <inq ans ou tous les trois ans selon les capitaux assurés. L'examen médical est assez général et porte sur les poumons, le cœur, la tension artérielle, le foie, les réflexes et l’urine. Le médecin garde le secret professionnel envers la compagnie et ne lui fait connaître son opinion sur la santé de l’assuré que d’une façon très générale et sur la demande expresse de celle-ci. Quelques autres compagnies accordent aussi des examens médicaux de périodicité variable.
1i4 L'ASSURANCE COMPLÉMENTAIRE VIE
Les résultats sont très satisfaisants. La Compagnie Metropolitan a calculé que, pour chaque dollar dépensé par le Service de Santé, elle constatait un bénéfice de deux dollars. Au Congrès International de 1935 le Dr Neustätter a estimé que la diminution de mortalité parmi les assurés périodiquement examinés est de 10 à 20 %.
L'accueil des assurés aux examens périodiques est symptomatique. En Europe leur nombre est passé de 20 à 35-50 %. Parmi les ayants droit au Service de Santé, on constate qu’en Suisse 46,7 % l'utilise, en Belgique 51,6 % ; en Allemagne 47,1 % et en France 35,5 %. En Italie ce pourcentage passe à 50 % mais il s’agit de l’Istituto Nazionale.
Il est donc hors de doute que le publie apporte un intérêt grandissant au Service de Santé. En France, où le pourcentage est comparativement assez faible, une propagande bien menée (brochures, films, radio surtout) devrait améliorer ces résultats.
Nous n'avons pas à insister sur l'intérêt d’une pareille organisation qui présente autant de valeur pour l’assuré que pour les compagnies. C’est un exemple nouveau que les intérêts personnels des deux parties en cause peuvent parfaitement aboutir à une mesure éminemment sociale et bienfaisante. On ne peut que souhaiter son développement. Et d’autant plus en Assurance Complémentaire où la santé de l’assuré est primordiale. Le Service de Santé préventif ne supprimera évidemment point l’invalidité accidentelle mais pourra retarder ou éviter l’invalidité morbide, dont la constatation est infiniment plus difficile et la réparation, nous l’avons vu, trop souvent arbitraire.