L'ÉPARGNE
Le système de l’épargne n'offre plus les inconvénients que présente l’assurance; celui qui recourt à ce mode de prévoyance ne risque plus d’être dupe de ses semblables, et cette raison explique le grand nombre de ses partisans.
Dans une réunion qui avait pour objet l'étude de l'assurance contre le chômage, 11 décembre 1896, M. Isaac s’exprimait ainsi :
Il me semble que le meilleur moyen de parer aux misères du chômage, c'est l'épargne, et c'est précisément pour cela que, dans tous les pays civilisés, on a créé des caisses d'épargne au milieu des
centres ouvriers, afin que les travailleurs économes, qui savent qu'à certains moments ils chômeront, puissent y déposer les économies qu'ils peuvent faire lorsqu'ils travaillent d’une façon normale. Et, quand arrive le chômage, les ouvriers prévoyants recourent à ce livret de caisse d'épargne, ce qui leur permet de passer le mauvais moment pendant lequel ils ne gagnent rien. L'ouvrier devient ainsi son propre assureur. À mon avis, il n’est pas nécessaire de créer une organisation particulière pour atténuer les effets malheureux du chômage involontaire : il suffit de développer l'épargne et la prévoyance ». Et plus loin : « Le meilleur remède à la situation difficile que crée le chômage se trouve à notre portée à tous: c’est par l'épargne et la prévoyance que l'on peut arriver à atténuer, dans une très grande mesure, les effets malheureux de la cessation du travail. J'estime que les versements volontaires faits par les ouvriers, dans une caisse d'épargne, précisément en vue du chômage, sont beaucoup plus dignes que les cotisations qu’on les obligerait à verser euxmêmes, ou par l'intermédiaire de leur patron, dans une caisse de chômage (Bulletin de la Société d'économie politique, année 1897).
L’épargne offre, au point de vue moral, l’inconvénient de développer l’égoisme. Mais la raison suffisante pour ne pas lui confier le rôle de la défense des ouvriers contre le chômage est son impuissance évidente. Quel que soitle système d'épargne que l’on adopte, il est impossible à certains ouvriers de mettre de côté les sommes nécessaires pour faire face au fléau.
S'il est des ouvriers incapables et paresseux, ils forment heureusement une minorité, même parmi ceux frappés par le chômage et l’aversion que peuvent inspirer ceux qui ne doivent leur malheur qu’à eux-mémes ne doit pas faire rejeter les moyens de protéger les autres.