CAISSES D'ASSURANCES PROFESSIONNELLES
Pour de multiples raisons, le cadre professionnel est cependant celui qui est le plus propre au développement de cette institution.
A cet effet, il nous parait utile de recourir à des Caisses d'assurance professionnelles. Pour chaque profession serait constituée une Caisse en cas de chômage, alimentée par les cotisations des ouvriers de la profes-
sion; un comité élu par les assurés et parmi eux serait chargé de juger le bien-fondé du droit à indemnité et de délivrer le bon de paiement.
Il nous paraît sage de ne pas confier l’argent à ces comités et de faire effectuer les versements dans des caisses publiques. La Caisse d'épargne postale, avec son mode rapide de paiement et de dénôts, est un organe tout prêt pour ces fonctions.
Un semblable organisme réaliserait les avantages suivants.
a] Classification des risques. — Nous avons vu combien l’importance du chômage dépend de la profession et le manque de classificaticn relativement à la profession a été la cause principale de l'échec de l'assurance organisée à Saint-Gall. Il nous paraît absolument impossible d'établir une classification sérieuse des risques. Suivant les conditions économiques du pays, une profession est plus ou moins prospère, et toute classification est absolument arbitraire. Le groupement professionnel au contraire réunit des individus soumis aux mêmes conditions économiques et pour qui les risques du chômage ont là même importance ; la classification naturelle s'établit d’ellemême.
b) Efficacité du contrôle. — Nous avons constaté combien il était difficile de contrôler si l’ouvrier était réellement sans travail et si son renvoi était dû à sa faute ; il est certain que les camarades d'atelier sont pour ce contrôle les mieux placés et si leur intérêt les
incite à cette surveillance, on est sûr que les fraudes seront bien faciles à éviter.
c) Facilités pour le placement. — Une des causes des charges des différentes institutions d’assurance est la difficulté du placement des sans travail. L’incapacité du fonctionnaire, quel qu’il soit, est évidente; seuls les ouvriers de la même profession connaissent les places disponibles, les qualités professionnelles des camarades; ils chercheront, en outre, à bien placer celui qui est sans travail pour éviter de le voir retourner à la Caisse de chômage, où son entretien tomberait bientôt en partie à leur charge.
Voici d’ailleurs l'appréciation de M. Schindler Huber, grand industriel zurichois (Rapport à l'Union Suisse du Commerce et de l’Industrie le 27 avril 1895, pages 18 et 19).
« Le bureau de placement ne doit pas être un simple organe mécanique, mais la personne qui le dirige doit avoir une idée des diverses parties du travail dans le métier respectif et des besoins variés qui se présentent dans les différents genres d'exploitation. Bien plus, cette personne doit connaître les besoins individuels de chaque fabrique, afin de placer l’homme qui convient à la place qui lui convient.
« On ne pourrait jamais attendre cela d'un bureau de placement relevant de l'Etat, il ne pourrait pas user des mesures de rigueur qu’emploient les corporations professionnelles et, comme il devrait renoncer à donner la préférence aux bons ouvriers, il ne pourrait guère négliger les ouvriers âgés et maladifs. Il devrait, au contraire, avoir à cœur de placer précisément les ouvriers de cette catégorie et de donner peut-être la préférence aux pères de famille.
« Le bureau de placement forme l’un des points les plus impor-
SO es tants de la question du chômage, ce n'est qu'en l’organisant par professions qu’il pourra remplir son but; seul, un organe ainsi établi peut, en connaissance de cause, décider sur les demandes de secours dans le cas de chômage; seul, il peut, sans sévérité, obliger les ouvriers inoccupés à chercher et à accepter du travail ».
Le Comité serait chargé d’effectuer le placement des membres sans travail. Les membres de ce Comité, composé d'ouvriers de la même profession que celui qui cherche de l’ouvrage, sont aptes à ne lui désigner que les places où il peut accomplir l’ouvrage offert : Un Comité de mécaniciens, par exemple, élu par des mécaniciens qui auront eu intérêt à choisir les plus compétents parmi eux, pourra estimer sérieusement si un ouvrier de leur profession, dont ils connaissent l’habileté professionnelle, ne se gâchera pas la main suivant l'expression ouvrière en.s’employant chez un maçon, et à eux seuls il nous paraît possible de demander la tâche si délicate de décider si l’ouvrier doit accepter la place et de lui infliger, s’il refuse, la suppression ou tout au moins la diminution de son indemnité, et il est absolument nécessaire d’adopter cette contrainte pour éviter d'entretenir des parasites, qui demandent du travail qu'ils ne veulent pas faire.
Enfin, parmi les ouvriers, il en est de paresseux, incapables ou instables, qui passent sans cesse d’un établissement à un autre, indignes de participer aux bienfaits de l’assurance et qui doivent relever de l’assistance ou des institutions répressives. L'assurance doit leur refuser ses secours, mais il nous paraît inadmissible qu’un fonctionnaire puisse ainsi décider de supprimer le