SECTION II ARGUMENTS EN FAVEUR DU PRINCIPE
a) Causes qui empécheraient les ouvriers de s'assurer, si l'assurance est facultative.
Si l’ouvrier n’est pas en principe hostile aux idées d'assurance, même avec la condition de l'obligation, en fait, il ne montre aucun empressement, quelle que soit sa situation, à s’affilier aux institutions existantes.
On peut constater dans toutes les expériences que le nombre des adhérents est absolument restreint, quels que soient les avantages offerts aux salariés.
Si certains Syndicats professionnels présentent un nombre important de membres affiliés aux caisses de chômage, c’est qu’en réalité, dans ces Unions, les membres sont soumis au principe de l'obligation et les syndiqués si fiers des résultats obtenus n'auraient jamais fait partie d’une caisse de chômage, leur désir de s’affilier au Syndicat dont les causes sont absolument diverses leur fait accepter en bloc les obligations qu’il impose et c’est ainsi qu'ont pu se constituer ces seules organisations sérieuses de l’assurance contre le chômage au point de vue du nombre des adhérents.
Il est certain que l'échec de la Caisse d’assurance de Bruxelles, avec l’appoint de membres honoraires, à côté de l’essor de l’Association typographique qui compte dans la même ville 1.007 adhérents et distribue 13.381 francs d’indemnités prises sur les seules ressources ouvrières, prouve combien l’ouvrier ne contribuera à ces œuvres que s’il y est obligé. Un exemple non moins probant est celui déjà vu de l’Union des marchands allemands ; l’assurance facultative organisée en 1885 pour les membres de l'Union n'avait jamais atteint 7 0/, des membres, et l’on se vit obligé d'en venir au principe de l'obligation en 1891; ces mê.nes Unionistes, qui n'avaient jamais participé à la Caisse facultative, admirent la Caisse obligatoire.
L'Union anglaise des clercs de Liverpool a admis le principe de liberté, aussi à peine 15 0/, des Uanionistes sont-ils assurés ; cependant, comme le fait remarquer avec juste raison M. Schanz, cette Union est recrutée dans les employés les plus instruits, les plus intelligents, et, par suite, les plus prévoyants. Nous pouvons encore citer l’échec de la tentative de Caisse de chômage de l’Union des Brodeurs de Saint-Gall (déjà vu), qui ne put réunir d’adhérents et qui aurait sans doute réussie comme branche de secours d’un syndicat. É
Il est certain que cette abstention de la part des assurés semble présenter un obstacle tel à l’œuvre de l'assurance qu’il y a là une raison sérieuse de songer à recourir à l'obligation. L’impuissance de l'assurance facultative, si l’utilité de l’assurance est réelle, amène à chercher la solution dans l’assurance obligatoire.
Un autre argument en faveur de l'obligation est celui que nous avons discuté comme raison pouvant permettre de regarder l'assurance contre le chômage comme théoriquement impraticable. Si une partie seulement des ouvriers est assurée, le patron, obligé de
réduire son personnel, renverra de préférence les ouvriers garantis contre la misère par l'assurance ; ainsi l’ouvrier prévoyant se trouvera par suite le plus menacé de perdre sa place et la situation précaire des ouvriers assurés ferait renoncer à rechercher les bénéfices de cette institution (1).
Nous avons donné les raisons pour lesquelles cet argument ne nous paraît pas avoir la valeur qu’on lu; attribue.
b) Nécessité de l'obligation par intérêt pour la famille du salarié.
Nous trouvons encore la considération suivante évoquée dans l'exposé des motifs du projet de loi pour établir l'assurance obligatoire contre le chômage dans le canton de Bâle- Ville. « Les femmes et les enfants ne peuvent pas être considérés comme responsables de la faute de celui qui, chargé de les nourrir, a méprisé les bienfaits de l'assurance ».
(1} Cet argument est présenté par M. Adler, rapporteur du projet de Bâle-Ville, et par M. Schanz, dans son ouvrage Zür Frage der Versicherung.
Cette crainte a vivement préoccupé les auteurs de la caisse de Stuttgart, puisqu'il est interdit aux membres de faire savoir qu'ils sont assurés, et qu’en outre on ne prend aucun renseignement auprès des patrons, pour éviter d'augmenter le risque.
c) Nécessité de l'obligation pour obtenir une organisation de la production capable de réduire le chômage dans la mesure du possible.
Avec notre organisation par Caisses professionnelles. il est une raison absolument de premier ordre qui nous décide à adopter le principe de l'obligation.
Cette raison est que ces organismes, destinés à protéger l'ouvrier contre les conséquences du fléau, pourraient, grâce au principe de l'obligation, parvenir à exercer une influence de la plus grande importance sur la distribution du travail et, par cela même, empécher le chômage dans la mesure du possible.
Cette éventualité nous paraît d’une valeur suffisante pour admettre l'obligation. Nous avons fait remarquer combien les Unions ouvrières sont arrivées à exercer une influence utile dans la question du chômage, mais pour que cette action soit efficace, il faut que leurs associations comprennent le plus grand nombre de membres possible répartis dans le plus grand nombre de régions possible. La question du placement rapide des ouvriers sans travail sera d'autant plus efficace que tous les ouvriers de la même profession seront intéressés; d’autre part, les dispositions permettant de ne pas laisser retomber sur quelques-uns les conséquences des crises industrielles ne *:u1oni être obtenues que si la majorité des ouvriers de la profession est obligée d'entretenir les collègues victimes du phénomène économique; or les faits démontrent
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