‹ L'Assurance Contre Le ChomageChapitre 15 sur 138 · ROSES · texte numérisé non relu

ROSES

analogues à celles qui s’étaient produites en 1788, motivèrent cette nouvelle expérience, disette, hiver rigoureux, agitation politique arrêtant l'essor de l’industrie et du commerce. Le Gouvernement provisoire, le 25 février 1848, faisait paraître une proclamation qui portait : « Le Gouvernement s'engage à garantir l’existence de l’ouvrier par le travail, il s'engage à garantir du travail à tous les citoyens ». Malgré l’opposition de Louis Blanc, principal auteur de la proposition, qui ne voulait pas l’application sous cette forme, on institua les ateliers nationaux. Le décret du 27 février 1848 portait : « Le Gouvernement décrète l’établissenent immédiat d'ateliers nationaux ». Ces ateliers, comme en 1788, furent des entreprises de terrassement, sans aucune utilité d’ailleurs.

Le salaire s'élevait à deux francs par journée de travail. Pour chaque jour où l’ouvrier ne travaillait pas, il recevait un franc, et à chaque père nécessiteux on donnait, selon le nombre de ses enfants, des bons pour des quantités déterminées de pain.

L’affluence fut énorme, l’embrigadement des ouvriers sans travail commença le 9 mars. A fin avril on comptait 100,000 ouvriers, et 115,000 au commencement de juin. Personne ne travaillait, les ateliers engloutissaient des millions. Les dons patriotiques étaient insuffisants, on décréta l'impôt des quarante-cinq centimes sur les contributions directes.

Les ouvriers des entreprises privées demandérent des salaires plus élevés; sur le refus des patrons, ils se mirent en grève et entrèrent dans les ateliers nationaux. L'industrie se vit ainsi privée de ses ouvriers et une

crise de production fut la conséquence de cet état de choses entraînant le renchérissement des objets. : D'autre part, tous les paresseux, les non-valeurs de la population ouvrière, formaient la majorité de ces ateliers et y exerçaient leur influence morale déprimante.

L'Assemblée Nationale nouvellement élue, le 30 mai, substituait par un décret le travail à la tâche au travail à la journée, ouvrait des crédits pour hâter les travaux en province, et décidait que les ouvriers séjournant depuis moins de trois mois dans le département de la Seine et ne justifiant pas de leurs moyens d’existence, devraient partir avec leurs familles: ils seraient pourvus d’une feuille de route et d’une indemnité de déplacement. Le 21 juin paraissait un arrêté ministériel qui exigeait, sous peine de renvoi des ateliers, l’enrôlement des ouvriers célibataires de 18 à 25 ans; le même jour un ordre du Directeur prescrivait le départ d’équipes d'ouvriers pour faire des terrassements dans les départements. Ce fut le signal de l'insurrection; sur les drapeaux des insurgés on lisait : Organisation du travail et droit au travail. |

Après la défaite de l'insurrection les ateliers furent dissous le 28 juin, et la liquidation fut définitivement ordonnée par la loi du 18 février 1849.

En dehors de la contribution fournie par la ville de Paris, les dépenses s’élevèrent à 12,488,000 francs (décrets des 3 avril, 23 avril, 22 mai, 20 juin 1844, loi du 10 février 1849).

Cette somme fut en réalité absolument gaspillée (1).

(1) Office du Travail, Documents sur le chômage, p. 91.

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