PATHOGÉNIE
Le chapitre dont nous entreprenons l'étude est celui qui dans tous les pays a suscité le plus grand nombre de travaux. Malgré cette multitude de recherches nous pouvons dire que le problème posé ne nous paraît pas résolu. :
Non-seulement le désaccord règne entre les auteurs, mais encore les solut'ons proposées semblent se contredire.
Nous croyons que ces divergences de vues tiennent au désir manifeste de part et d'autre d’édifier une théorie pathogénique avec l’aide d’un seul facteur étiologique. |
Malgré leur multiplicité apparente elles peuvent se réduire à quatre: la théorie pollinique, la théorie microbienne, la théorie arthritique et la théorie
nasale.
Les voici résumées dans leurs grandes lignes. Théorie pollinique. — Les premiers auteurs qui
ont écrit sur l’asthme des foins étaient pour la plupart atteints eux-mêmes de cette affection. Chacun
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d'eux avait relevé chez lui l'influence nocive d’une plante dont la floraison réglait lapparition des symptômes. Comme la plante nocive variait d'un. sujet à l'autre on chercha l’élément commun à toutes et Le pollen fut considéré comme l'agent causal le mieux établi. Blackley est l’auteur qui a exposé avec le plus de détails et de la façon la plus scientifique le mode d’action du pollen.
Cette théorie n'est applicable que chez un certain nombre de sujets, car il en est d'autres qui échappent à l'influence du pollen. De plus elle n’explique pas les raisons qui déterminent la maladie chez certains sujets à l'exclusion des autres et pourquoi les plus exposés (gens de la campagne) sont les moins atteints. (ESA |
Théorie microbienne. — Exposée par Helmolhtz qui découvrit l’existence dans le nez de vibrions. Ceux-ci, hôtes habituels des fosses nasalés, devaient acquérir sous l'influence des premières chaleurs une activité qui était la cause des phénomènes. En même temps qu'il découvrait les parasites il apportait le remède à leur opposer: l'injection de quinine dans le nez. :
Après lui Patton du Mississipi et Binz onttenté de renouveler ces expériences.
En France, M. Cornil, sur l'examen de pièces his. tologiques présentées par M. Chatellier, ne paraît pas éloigné d'admettre cette théorie.
Nous pensons que tant que les micro-organismes n'auront pas été isolés on ne pourra discuter sur
leur rôle pathogénique. Avant de déterminer leur mode d'action, il importe de démontrer leur existence,
La théorie arthritique est l'œuvre de Guéneau de Mussy; telle qu’elle est exposée par son auteur elle ne nous paraît pas apte à donner la solution du problème. Cependant en faisant jouer le rôle prépondérant à l’arthritisme dans la production des phénomènes, Guéneau de Mussy admet l’influence des agents extérieurs tout en étant très réservé sur leur mode d'action. C'est ce que ne semblent pas avoir retenu ceux quise targuent de perpétuer et de défendre les idées de Guëneau de Mussy. Dans leur pensée la diathèse est tout et les influences extérieures rien. L’asthme des foins est le produit de l’organisme seul. Afin de n'avoir pas à discuter le mode d'action des agents étrangers à l'organisme, ils fer-. ment les yeux, ne les voyant pas ils en concluent qu'ils ne doivent pas exister. En un mot ils nient les faits pour échapper à la nécessité de les examiner.
Aussi ils en arrivent à la conception d’une maladie permanente à manifestations périodiques, produit exclusif de l’organisme, maladie salutaire, maladie
providentielle.
Il est vrai de dire qu’en exposant ces vues, M. Le-
flaive paraît avoir pour objectif unique de réfuter à tout prix les théories nasales et de leur ôter un à un tous les arguments, toutes les apparences de raison. Il circonscrit la lutte entre le nez et la diathèse
et se constitue le vaillant champion de celle-ci.
On n'a pas de grands efforts à faire pour montrer que cette théorie ainsi exposée ne rend pas compte du mode d’action des agents extérieurs dont l'influence est un fait d'observation indéniable. De plus elle nous amène à une conception inadmissible sans cesse contredite par l’observation.
Théorie nasale. — Celle-ci ne doit pas être jugée en bloc. Si bien des auteurs admettent l’influence du nez dans la production des phénomènes, ils n’expliquent pas tous de la même façon comment il intervient. 3 Daly (1862), qui le premier a étudié la question, rattache ces troubles à l'existence d’une Zésion nasale. Celle-ci en comprimant les extrémités nerveuses de l’intérieur vers l’extérieur leur donne une sensibilité anormale. D’autres pensent que l’hypertrophie et la turgescence, en augmentant la surface d'impression accroissent son irritabilité (Isch Wall).
Cependant cette théorie n’est applicable qu'aux cas où l’on rencontre des lésions. Il faut bien reconnaître que même avec les meilleures dispositions il n'est pas toujours possible d’en découvrir la moindre trace.
D'autres auteurs: pensent que tous ces symptômes sont dus à l’existence dans le nez de zônes hyperesthésiques dont l’excitation produirait les phénomènes. Leur siège n’est pas bien établi, tantôt on les localise au niveau du septum en face du cornetmoyen (Sajous), tantôt dans la portion antérieure innervée par l’ethmoïdal (Sandman). Certains au-
ei teurs (Moure, Ruault) admettent qu’on peut Les rencontrer dans toute l'étendue des fosses nasales.
Que l’on admette comme cause une lésion nasale, ou une zône hypéresthésique, on conclut dans les deux cas que la raison des phénomènes réside dans le nez et qu’elle est due à une hypérexcitabilité de la muqueuse. | ;
Tout en admettant que les symptômes ont leur point de départ dans une excitation portée au niveau de la muqueuse nasale, certains auteurs pensent que la raison des phénomènes ne doit pas résider là. Ainsi Jh. Mackenzie la fait dépendre d’une altération fonctionnelle des centres sécrétoires et Sajous partage son avis. Sous l'influence d’un trouble de type adynamique, dit-il, les centres nerveux qui président aux actions physiologiques de la région respiratoire perdent tout pouvoir de contrôle. La surveillance qu'ils doivent exercer se supprime. « Il en résuite une cessation des fonctions inhibitoires, qui se traduit par un ensemble de symptômes semblables à ceux que l’on observe après la section du ganglion spléno-palatin et du sympathique cervical. »
Voilà réduites à leur grande ligne les théories qui onteu cours dans la science. IL n’en est pas une qui ait rallié tous les suffrages qui soit universellement admise. Déjà ea les parcourant nous avons vu les critiques que soulevait lexamen de chacune d’elles:
Avant de proposer une théorie et de rechercher Molinié 6
quel enchaînement unit les phénomènes entreux, comment la cause se relie à l’apparition des accidents, il est nécessaire d'examiner ces accidents en eux-mêmes et d'en déterminer s’il est possible la signification. | | |
Déjà au précédent chapitre nous avons démontré que les manifestations symptomatiques étaient identiques dans l’asthme des foins et dans le coryza spasmodique.
Nous pouvons aller plus loin et dire qu’elles se réduident à trois symptômes primordiaux : éternuement, larmoiement, rhinorrhée, auxquels vont s’adjoindre quelquefois un quatrième, l’asthme.
Le premier groupe comprend manifestement des phénomènes d'ordre réflexe, susceptibles d’être reproduits par des excitations mécaniques et pouvant tous les trois être provoqués par l'irritation de la muqueuse nasale.
Mais l’asthme est-il un phénomène reflexe? Ici la réponse est moins sûre, la preuve moins évidente. Cependant quelques auteurs n’hésitent pas à répondre affirmativement, et nous devons avouer que, bien que la question ne soit pas tranchée d’une façon définitive, les travaux de médecine expérimentale semblent devoir leur donner raison. Les physiologistes (1) voient dans l'asthme un spasme
bronchique. L'origine réflexe en est tout aussi prou-