‹ L'Asthme des Foins et le Coryza SpasmodiqueChapitre 12 sur 17 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Les moyens mis en œuvre pour combattre l’affection ont toujours été déduits des causes dont on la faisait dépendre. Aussi les modifications dans le traitement suivent parallèlement l’évolution des idées.

Les partisans de la théorie du pollen cherchèrent les moyens capables de soustraire l'organisme à son influence. Dans ce but ils ont proposé le port d’un masque (Mackenzie), l’'obturation des narines, le séjour dans des endroits frais, les voyages en mer ou au pôle nord. Tous ces moyens, on le voit, sont peut être efficaces mais peu pratiques.

Helmolhtz, comme nous l’avons dit plus haut, proposa, en même temps qu’il découvrait les vibrions, de les combattre par les injections de quinine dans le’nez:

Lorsque les travaux de Guéneau de Mussy eurent mis en évidence l'influence de la diathèse on pensa qu’il fallait agir sur celle-ci. On préconisa le sulfate

poses

de quinine à l'intérieur, les douches, les bains, étc., etc., sans obtenir de résultats bien encourageants. : Pendant la période des accès, certains médecins bornent leur thérapeutique à diminuer l'irritabilité du système nerveux, on a essayé, entr'autres médicaments, l’assa-fœtida, le valérianate de zinc, qui ne paraissent pas dépourvus de toute valeur.

On retirerait quelques bénéfices des purgatifs salins à petite dose (Moure).

Les remèdes locaux ont été préconisés plus tardivement. Parmi eux 1lentest quelques-uns qui sont fortement prônés en Angleterre par les sommités médicales.

Citons le chlorure d’ammonium, la poudre de Ferrier (Ferrier’s snuff.), le tabac à priser, les cigarettes de cubèbe, la pipe d’opium, remède aussi agréable qu’efficace. | ;

Certains sujets se trouvent bien de l'emploi de substances chimiques (acide chromique) dont ils pulvérisent une solution dans le nez au moment des accès et réussissent à les arrêter quelquefois.

Le D' Cari Genth use d’instillations sur la conjonctive d’une solution de sublimé à 1/3000. Ce procédé, au dire de son auteur, suffit à arrêter tous les symptômes.

Dans cette énumération de topiques, nous devons garder une place spéciale pour une substance dont on retire quelquefois de bons effets. Nous voulons parler des pulvérisations d’huile de vaseline qui ont donné quelquefois de bons résultats. Nous pensons

qu'elles contribuent à lubréfier la muqueuse nasale et à atténuer sa sensibilité.

Nous devons citer,en nousarrêtant un moment, un médicament local dont l’emploi a été si répandu ces

derniers temps. Nous voulons parler de la cocaïne.

C’est en effet avec elle qu’on obtenait les meilleurs résultats, et qu’on arrêtait presque instantanément lès paroxysmes. Mais son action n’est pas constante et n’est pas durable, Pour produire les mêmes effets, il faut augmenter rapidement les-doses, ce qu’on ne fait pas sans danger d'intoxication. Aussi certains auteurs conseillent de se tenir en garde contre son usage. Parmi les publications de ce genre citons celle de M. Stickler qui a pour titre ce cri d'alarme « Beware of cocaïne! > Méfiez-vous de la cocaïne |

Nous en arrivons à l'exposé du traitement de l’asthme des foins et des accès paroxystiques par les moyens chirurgicaux, traitement qui a soulevé dans la presse médicale un sentiment de réprobation très général. On a protesté avec indignation contre ces manœuvres barbares, on a crié au pillage, à la dévastation, on a demandé grâce au nom de l’humanité et de la dignité de la science.

On avait beau mettre en parallèle les succès obtenus par cette méthode et l’inanité des autres traitements, rien ne put avoir raison de l’obstination.

Pour ne pas se laisser convaincre par les faits on

les nia. M. Dreyfus-Brissac dans des termes sans

DRE ambiguité déclare que ceux qui apportent des résultats semblables sont peu dignes de foi.

Cependant en dépit des protestations les cornets ont continué à être brûlés et les malades à guérir. Ils n'étaient qu’un petit nombre, ils sont légions maintenant ceux qui voient dans les cautérisations nasales le seul soulagement à leur souffrance.

De toutes parts les faits de cette nature se multiplient à mesure que cette méthode se généralise.

Dans ce mode de traitement il y a lieu de considérer les malades atteints de lésions nasales et ceux qui n’en ont pas. Quelle conduite faut-il tenir dans les deux cas. Dans le premier l'indication est bien nette, il faut rétablir les fonctions du nez en opérant toutes les lésions observées, supprimer la cause de l’'obstruction, qu’elle consiste dans des polypes, dans une déviation de la cloison ou une enchondrome.

Doit-on s’en tenir là et laisser sans traitement les malades de la deuxième catégorie ceux qui n’ont pas d’altération de structure des fosses nasales ? Certains pensent que oui, et d’autres que la cautérisation des cornets peut amener d’excellents résultats, même en dehors de toute lésion. Pour notre part et d’après nos observations fournies par M. le D'Garel, nous sommes de cet avis. Les résultats des cautérisations sont également favorables dans le cas de lésion, et en leur absence.

En voici l’exposé, d’après les observations citées plus loin :

Asthme des foins.

Avec lésions nasales Sans lésions nasales.

Nombre des traités. , . 14 23 GUËTISON ER RUE IE REF MONS 3

ES 7 8 Amélioration durable, , 5 Amélioration passagère. l 5 Reéshtatnul sens 0e ver 2 Résultat inconnu... : . : 5 8

Coryza Spasmodique.

Avec lésions nasales Sans lésions nasales Nombres ee... 18 15 GUÉRISON ER SENS 2 je 3 lg Amélioration durable... . . $ $ Amélioration passagère. . . 7 ï Rés HatnulEs EEE AE 2 T

Résultat inconnu. : . «+ + 7 5

Nous avons mis à part les malades guéris, c’est-àdire ceux chez lesquels après une ou deux séances les symptômes n’ont plus reparu. Dans la catégorie des améliorations durables sont les sujets chez lesquels la cautérisation arrête immédiatement tous les symptômes, mais qui plusieurs mois après ou seulement l’année suivante (pour ceux qui sont atteints de la forme annuelle), reprennent leur susceptibilité à la cause.

Dans les améliorations passagères nous mettons les malades chez lesquels la cautérisation arrête les

Q oO

Molinié

pe symptômes, mais qui les reprennent lorsqu'ils sont exposés à la cause occasionnelle.

Les résultats sont à peu près aussi favorables dans l’un et l'autre cas. Mac Donald pense pourtant qu'ils sont supérieurs dans la catégorie de malades atteints de lésions nasales. :

Dans notre statistique d'ensemble: nous voyons que plus d’un tiers, 24 sur 70, ont été considérablement améliorés, cela nous amène à une proportion de 34 pour 100 de succès. Mais nous croyons encore que ce chiffre est au-dessous de la vérité, car parmi les 70 malades 25 n’ont pas été revus, on n’a aucun renseignement sur le résultat du traitement ; or, il est inadmissible qu'il ait échoué chez tous, il yadonc là une partie de succès qui n’est pas mentionnée.

Nouscroyons donc que cette statistique, loin d’être forcée, est au-dessous de la vérité. |

Nous n'avons cité dans les succès que les cas absolument favorables mettant à part les cas où l'amélioration n’a été que très passagère.

Les cautérisations employées en ont été superficielles et ont porté dans les cas où il n'existait pas. de lésion sur l'étendue du cornet inférieur.

D'autres auteurs pensent que dans ces cas on doit faire des cautérisations très profondes de façon à opérer la destruction du tissu caverneux. Leur manière d'opérer repose sur ieur expérience. Ils considèrent en effet l'érection etla turgescence de ceux-ci comme le point de départ nécessaire à tout

réflexe.

sn

Pour nous qui, comme on l’a vu plus haut, sommes porté à penser que la muqueuse n’agit que comme surface impressionnée nous pensons que les cautérisations ont pour effet de soustraire celle-ci à l’influence des causes irritatives d'ordre mécanique qui comme on le sait ont une part prépondérante dans Ja production des phénomènes. Nous répondrons à ceux qui voient dans les cautérisations une thérapeutique brutale et aveugle, qu’à notre avis elle est des plus rationnelles et déduite de la pathogénie. C’est

à cette thérapeutique pathogénique que le savant professeur Bouchard nous convie à nous rallier et nous croyons lui en fournir un nouvel exemple. Dans cet enchaînement des phénomènes nous ne pouvons atteindre la cause qui échappe à nos moyens d'action, la diathèse est également très difficile à modifier, mais nous agissons sur un des anneaux de cette chaîne en opposant une barrière en empê- Chant les premières d’agir sur la seconde.

Ce traitement doit être commencé autant que possible avant l'exposition aux causes des accès. Mais même lorsque les manifestations ont commencé il ne faut pas s'abstenir.

Au galvano-cautère M. Sajous substitue les substances chimiques et les motifs de sa pratique nous paraissent dignes de considération. En raison de la conformation des fosses nasales le galvano-cautère ne peut en atteindre qu’une partie (il est vrai qu'avec son aide on porte les cautérisations sur les zones,

reconnues les plus sensibles). Néanmoins pouravoir

= une sécurité plus grande il est utile d’agir sur toutes les portions de la muqueuse des fosses nasales traversée par le courant d'air. Aussi une substance chimique pourra plus aisément atteindre ce but.

Sajous donne ses préférences à l'acide acétique ctistallisé dont la causticité n’est pas excessive et qui ne risque pas de produire des phénomènes d’intoxication. Les raisons de sa supériorité sont nombreuses. Comme tous les acides il arrête le mouve- . ment des cils vibratiles et annule leur pouvoir de rétention des poussières. Par suite de son affinité pour les cellules épithéliales, il annule pour quelque temps les fonctions physiologiques des nerfs en détruisant les filets terminaux. De plus il coagule la mucosine, tous phénomènes qui concourent au but ‘proposé.

En outre de ces raisons d’ordre scientifique qui nous paraissent très judicieuses, il en est d’autres qui méritent également d’être prises en considération. Il offre l’avantage de ne point frapper l'imagination des malades et d’être moins douloureux que le galvano-cautère.

En résumé il est possible qu’on perfectionne cette thérapeutique nasale, qu'on délimite les portions à cautériser, qu'on en réglemente tous les détails de façon à la rendre plus efficace, mais nous pensons quec’est dans cette voie qu'il faut chercher. Les résultats déjà obtenus sont suffisamment encourageants, les observations qui suivent en font foi : leur provenance est une garantie de leur authenticité

Page 1