HISTORIQUE
La description clinique de l’asthme des foins a été faite pour la première fois par Bostock en 1810. Cet auteur trace de l'affection un tableau sympto matologique auquel on n’a rien changé depuis.
Mais du premier coup il a soulevé un débat qui s'est perpétué jusqu'à nos jours sans qu’une solution universellement admise en ait été donnée, malgré le grand nombre d’auteurs qui y ont pris part.
En présence de cette affection qui apparaît avec des caractères si constants à une même époque de l’année, l’esprit avait une tendance à chercher dans je monde extérieur la cause susceptible d’en expliquer les allures. Toutes les circonstances, toutes les plantes, ont été successivement incriminées, et chaque auteur découvrant l’action nocive d’une substance, donnait à l'affection une dénomination qui indiquait la cause dont il la faisait dépendre. Le public croyait à l'influence des foins, et l’appelait fièvre des foins ; Bostock, la faisant dépendre des chaleurs de l’été, la dénommait catarrhus estivus ;
TOR on ne s'arrêta plus dans cette voie. Autant de causes présumées, autant de dénominations différentes ; après le catarrhus estivus, après la fièvre des foins il ÿ eut le hay asthma (Gordon), le pollen catarh (Blackley), le pollen poisoming (Beard), puis encore le peach-cold, le ragveed fever, le rose cold, etc.
Nous voyons par cette longue suite d’énumérations, le rôle prépondérant que l’on faisait jouer aux produits de la végétation et aux conditions climatériques ; en un mot aux influences extérieures qui étaient considérées comme le facteur étiologique le plus important.
Nous voyons aussi que les Anglais et les Amériçains ont été les premiers et les plus nombreux à étudier la question. Si bien que cette affection semblait être un produit national.
En Allemagne en effet, on voit seulement le travail de Pœbus en 1862, qui mérite d’être cité ; en France, les articles de Parrot et G. Sée en 1868 puis en 1870, une importante leçon clinique de Guéneau de Mussy qui relève un point étiologique d’une extrême importance et qu’on avait absolument méconnu avant lui. Cette auteur met en relief l'influence de la diathèse arthritique dans l’asthme des foins, qui forme le fond sur lequel évolue l'affection, la condition qui permet aux agents extérieurs de jouer un rôle. Puis abandonnant en même temps les anciennes dénominations qui par leur multitude jetaient la confusion ans l’espfit en même temps qu’elles consacraient une erreur, il s’attacha à celle de rhino-
PNA bronchite spasmodique, choisissant un titre dégagé de toute conception théorique.
Après Guéneau de Mussy, Herbert reprend les travaux et les idées de son maître et groupe sous la dénomination de rhino-bronchite spasmodique tous les cas qui présentent le même ensemble symptomatiqué, c’est-à-dire qu’il réunit sous un même titre l'asthme des foins et le coryza spasmodique. Il plaide en faveur de la théorie arthritique. Les idées de Guéneau de Mussv ont été admises par la plupart des auteurs, et ont régné dans l’école française en souvéraines maîtresses.
Une autre théorie surgit qui faillit les faire oublier. Daly de Pittsburg en 1882 fit dépendre la fièvre des foins de lésions nasales, hypothèse exposée avec d’amples détails par Hack en 1883, étendue à un plus grand nombre d’affections dénommées réflexes d'origine nasale. Ces théories ont été bien accueillies par un grand nombre de spécialistes, et les résultats obtenus par la destruction des lésions nasales étaient un argument puissant en leur faveur. Puisque en détruisant une lésion on faisait disparaître l'affection, il était tout naturel de rattacher celleci à celle-là. L’asthme des foins lié à une lésion apparente et accessible devenait susceptible de guérison. L’enthousiasme était à son comble.
I1 fallut pour le faire décroître les travaux des fidèles à la théorie arthritique, au nombre desquels nous devons citer la thèse de M. Leflaive (1887), un chaud plaidoyer en faveur de la théorie arthritique
ro ee et une condamnation sàns merci de la théorie nasale. Ces opinions ont été encore défendues en 1888, par M. Lermoyez.
Parmi les autres travaux parus depuis, ee la thèse de Natier, 1888, qui fait dépendre l'asthme des foins d’une lésion nasale, les articles de Ruault, 1889, de Dreyfus-Brisac, Rendu, qui sont plus favorables à la théorie arthritique. Pere
Aïnsi qu’on le voit, l’asthme des foins a donné naissance à bien des travaux, tandis que les accès de coryza spasmodique ont été à peine mentionnés. Herbert les range sous le nom de rhino-bronchite spasmodique à côté de l'asthme des foins, mais il manque des travaux d'ensemble sur cette question, et l’on a discuté sur des faits isolés.
À l'étranger, Mac Donald (de Londres) et Sajous (de Philadelphie) apportent à ce sujet le résultat de
leurs consciencieuses recherches conclues à l’identité des deux affections, et les désignent sous le nom de Rhinite hypéresthétique et de Eternuements paroxystiques.
En France, Moure les range en-un même chapitre, mais ne donne pas de dénomination applicable à tous les deux.
En réalité, en France, à peine sile coryza spasmodique est mentionné, à peine est-il décrit, encore moins sait-on quelle est sa nature et dans quelle catégorie d’affections il faut le faire rentrer.
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ASEYM PTOMATOLOGIE
Les descriptions qui ont été faites de cette affection sont à peu près identiques; on les retrouve dans - tous les traités avec assez de détails et assez de précision pour que nous ayons à insister longtemps sur ce point. Aussi nous contenterons-nous d’en exposer sommairement les grandes lignes.
Les malades qui en sont atteints depuis plusieurs années connaissent l’époque d’apparition de cette affection qui vient leur annoncer le retour de l'été.
Chez le plus grand nombre, c’est pendant la dernière quinzaine de mai que débutent les accidents, mais chez quelques autres, ils apparaissent plus tardivement, pendant la première quinzaine ou la fin du mois de juin. Cette date à peu près constante pour le même malade, varie d’un sujet à l’autre, ce qui semble indiquer que l'influence causale est variable et particulière à chacun d’eux.
La date que les malades assignent au retour de l'affection en présentant un caractère de régularité
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bien tranché, n’est cependant pas d’une fixité mathématique inébranlable. Elle subit les mêmes variations que la succession des saisons : avec une année de chaleurs précoces, le retour est avancé, inversement retardé dans les années où le froid a une durée plus considérable.
A l’époque prévue, quelques malades ressentent quelques sensations subjectives, qui ont pour eux la signification d'un avertissement. Tantôt c’est une sensation de brûlure à l’angle interne de l'œil, les obligeant à se frotter les yeux. Ce besoin devient plus impérieux, irrésistible, et pousse le malade à exercer de longues pressions sur les paupières, amenant de la rougeur et de l’irritation des conjonctives.
Quelquefois ces symptômes prodromiques consistent en picotements de la gorge ou du voile du palais. D’autres ressentent une curieuse sensation de froid à la pointe du nez (Mac Donald). Ces symptômes prémonitoires, absents dans la plupart des cas, varient comme durée de quelques. heures à deux ou trois jours.
Voici comment se déroulent les phénomènes. A l'occasion d’une promenadé aux champs ou au grand soleil, il se produit une démangeaison dans les fosses nasales, bientôt suivie d’un éternuement. É Après le premier, un autre survient, suivi d'un autre toujours plus violent, ainsi de suite, pendant plusieurs minutes, quelquefois un quart d’heure, Les yeux sont remplis de larmes, les paupières se gon-
lent, et du nez s’écoule une sécrétion d’une limpidité et d’une abondance surprenantes, obligeant le malade à se moucher à tout instant. Le lobule du nez est rouge, les pommettes également. Les yeux larmoyants, la bouche entrouverte, toujours sous la menace d’un étérnuement, le malade présente un faciès prêtant à l’hilarité de l'entourage.
Peu à peu les éternuements deviennent plus ‘rares, apparaissent isolément, diminuent d'intensité, et se calment. La sécrétion nasale peut continuer avec ses caractères de profusion et de limpidité -s'accompagnant presque toujours d’obstruction nasale. di: | |
À ces symptômes peuvent se joindre dans quelques cas rares des démangeaisons du conduit audi-
: tif (Obs. VI).
L'accès terminé tout rentre à peu près dans l’ordre. Mais le répit n’est que momentané. Un autre survient séparé du premier par un intervalle très vatiable selon les sujets. Le retour des phénomènes est très souvent sous la dépendance de circonstances extérieures, bien déterminées, que le malade peut éviter quelquefois mais auxquelles il ne peut le plus souvent pas se soustraire.
Les produits de la végétation, en particulier le foin et les fleurs, sont au nombre des causes qui font reparaître les accès. De plus leur action est beaucoup plus intense quand la température est chaude et sèche : en dehors des produits de la végétation, nous devons citer parmi les causes occasionnelles,
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la poussière, le vent du midi, les voyages en chemig dé fer, la lumière intense. | Dans la mesure où ils peuvent éviter les agents nocifs les malades diminuent la fréquence des accès. Dans la plupart des cas tout se borne à ces crises d'éternuements que nous venons de décrire laissant entr’elles des périodes de calme mais jamais de guérison absolue. Les occupations de la vie ne sont pas nécessairement suspendues et l’état général reste ce qu’il était. Parfois ces troubles sont moins bien supportés, les accès ébranlent le système nerveux, laissent après eux de la céphalalgie au niveau des sinus frontaux, dela photophobie et de l’obstruction nasale. Ce dernier symptôme devient très pénible pour quelques malades, amène des troubles de Ia respiration, interrompt le sommeil, si bien qu’au réveil le ma lade éprouve un sentiment de lassitude, de dépression psychique, d’abattement ,que vient accroître dans la journée le retour des accès. L’affection peut revêtir une forme plus pénible par l’adjonction de symptômes bronchiques, qui se surajoutent aux autres chez un petit nombre de malades (1/7 environ). Les accès d’éternuements débutent, puis diminuent et sont remplacés par de la gêné respiratoire et de l'oppression bronchique parfois intense. En un mot, ce sont des crises d'asthme qui font suite aux éternuements et augmentent d’intensité pendant que les autres symptômes s’atténuent. Leur durée peut être quelquefois assez longue et leur intensité considérable. Le malade, incapable de
ne — 17 — N garder le lit, s’asseoit sur une chaise, s’accoude à un meuble, attendant avec anxiété et angoisse la fin de la crise. La poitrine est sonore, et l’auscultation permet quelquefois de percevoir des râles sibilants généralisés. Cette forme est incontestablement plus grave que la précédente et entrave quelque peu la santé générale.
Il est important de faire remarquer que ces crises d'asthme sont toujours précédées de crises d’éternuements, qu’elles apparaissent généralement pendant le jour et qu’en dehors de la période d'été il n’en existe pas la moindre trace.
Pendant une période d’un mois environ, de trois semaines, quelquefois moins, quelquefois plus, ces accès peuvent se répéter avec leurs caractères, tantôt uniquement oculo-nasaux, tantôt avec les symptômes bronchiques. Ils n'apparaissent que pendant le jour et généralement n’ont pas de régularité dans le moment de leur apparition, pouvant survenir à toute heure de la journée et laissant entr'eux des périodes de calme relatif dont la durée est très variable.
Symptômes objectifs. — Nous n'avons à parler que des modifications qu'on peut observer dans l'état des fosses nasales, aucun autre organe ne présentant rien qui puisse faire l’objet de constatations objectives.
On a soutenu que tous les sujets en pleine pétiode d'accidents présentaient quelque lésion nasale, point de départ des phénomènes. En réalité, il n'existe