‹ L'astigmatisme et les verres cylindriquesChapitre 11 sur 21 · ASTIGMATISME RÉGULIER DANS L’ŒIL NORMAL · texte numérisé non relu

ASTIGMATISME RÉGULIER DANS L’ŒIL NORMAL

Si l’on détermine successivement le point le plus éloigné auquel on distingue nettement des fils très fins ou des lignes très fines, placés d’abord horizontalement, puis verticalement, on obtient des résultats différents. La plupart des yeux trouvent pour les lignes horizontales une distance plus courte que pour les verticales. — La môme différence se retrouve lorsque l’on détermine le point le plus rapproché de la vision distincte.

Ces essais doivent être faits séparément pour chaque œil.

Pour obtenir des distances que l’on puisse lire sur l’optomètre, on fera, si cela est nécessaire, usage d’une lentille positive, en ayant bien soin que son axe corresponde à l’axe de l’œil.

Deux fils, l’un vertical, l’autre horizontal, qui se croisent dans un même plan, ne sont point vus distinctement en même temps. Si l’on voit riettementle fil horizontal, il faudra, pour qu’il soit vu avec la môme netteté, éloigner le vertical de l’œil; mais si l’on accommode pour le fil vertical, il faudra au contraire rapprocher de l’œil le fil horizontal pourobtenir la môme netteté. Cette différence persiste, (luel que soit le degré do tension de l’appareil accommodateur.

Ces faits démontrent que les points de la surface réfringente ne sont point disposés symétriquement autour d’un axe. La symétrie est de telle nature que la distance focale est plus courte dans les méridiens verticaux que dans les

horizontaux. En effet, pour voir nettement une ligne verticale, il faut que les rayons, qui divergent dans un plan horizontal d’un point quelconque de cette ligne, viennent se réunir sur la réline. Il n’est point nécessaire que ceux qui divergent dans un plan vertical se réunissent également déjà en un point, attendu que les images diffuses qui existent encore dans la direction verticale se couvrent les unes les autres sur la ligne verticale.

Vice versâ^ pour voir nettement une ligne horizontale, il faut seulement que les rayons qui divergent dans un plan vertical se réunissent en lin point sur la rétine. Or, comme nous l’avons dit, les lignes horizontales sont vues nettement à une distance plus courte que les verticales ; il en résulte que les rayons situés dans un plan vertical qui sont réfractés dans le méridien vertical de l’œil, se réunissent plus vite que ceux de même divergence situés dans un plan horizontal. La section méridienne verticale a donc une distance focale plus courte que l’horizontale.

L’exactitude de cette manière de voir ressort, en outre, de la forme des cercles de dispersion d’un point lumineux. En accommodant exactement, la tache de dispersion est très petite et à peu près ronde, tandis qu’un point plus rapproché paraît allongé dans le sens de la largeur, un point plus éloigné, au contraire, dans le sens de la hauteur.

Il est nécessaire de bien comprendre la signification de ce phénomène, aussi nous en donnerons une explication plus détaillée. Qu’on suppose la déviation totale de la lumière dans l’œil produite par une seule surface réfringente convexe présentant un rayon de courbure plus petit dans le méridien vertical, plus grand dans l’horizontal. Ces deux méridiens sont les méridiens principaux. Que d’un point

ASTIGMATISME RÉGULIEU DANS l’OEIL NORMAL, situé sur le prolongement de l’axe visuel il tombe sur cette surface un cône lumineux au travers d’une ouverture centrale ronde (fig. 1, vv', hh')] nous considérerons dans ce cône seulement les rayons situés dans le plan vertical vv' et les rayons situés dans le plan horizontal hh', et dans chaque plan les points vv' et hh' désigneront les rayons les plus extérieurs . A près la réfraction , les uns et les autres se rapprochent de l'axe visuel (lequel, étant perpendiculaire au plan de la figure, passe parle point à), mais üü' plus vite que hh'. Avant leur réunion, une section du cône lumineux aurait la forme représentée dans fig. 2, A; et lorsque (fig. 2, B) v et v' se confondent en un point, h et h' ne sont point encore réunis.

Fig. i.

hC

Fig. 2.

jh> h —h' h^;b/

Puis on trouve v et v'déjà croisés, et A, h' encore plus rapprochés l’un de l’autre (G, ÜetE); ensuite, quand h et h' tombent sur le môme point, v et v' s’éloignent toujours plus l’un de l’autre (F) ; enfin les deux sont croisés (G). Le foyer vv' est donc le plus en avant, celui de hh' le plus en arrière sur l’axe. L’espace contenu entre ces deux points peut porter le nom d'intervalle focal de Sturm.

La figure ci-dessus représente les formes successives que doivent présenter les sections du cône lumineux. Elle sera

l’astigmatisme.

presque ronde dans le milieu de l’inlervalle focal D; plus en avant, elle aura la forme d’une ellipse horizontale C, dont l’excentricité augmentera jusqu’à ce qu’elle soit devenue une ligne horizontale B ; en arrière, au contraire, une ellipse verticale E deviendra petit à petit une ligne verticale F. Au delà des limites de l’intervalle focal, on trouvera en avant une ellipse plus grande et horizontale A, en arrière une ellipse verticale également plus grande G.

Comme nous l’avons vu, les images de dispersion de l’œil présentent, en général, les mêmes caractères. On peut donc les expliquer, si l’on considère le système dioptrique de l’œil comme une seule surface réfringente avec des rayons de courbure différents dans ses divers méridiens, et l’on verra que nous avons le droit de l’admettre. Puis, dans le cas de réfraction sur une surface pareille, la forme des cercles de dispersion explique complètement ce que nous avons décrit précédemment au sujet des diverses distances auxquelles on voit nettement des lignes de direction différente. Des lignes horizontales et verticales paraîtront nettes lorsque toutes les images de dispersion de chacun des points de la ligne sont de petites images linéaires horizontales ou verticales, qui se couvrent l’une l’autre sous forme d’une seule ligne. Et tel sera le cas lorsque le commencement ou la fin de l’intervalle focal correspondra à la surface percipiente de la rétine.

Pour laciliter la démonstration, nous avons admis jusqu’ici que le maximum de courbure correspond au méridien vertical, le minimum à l’horizontal. C’est à peu près ce que l’on observe en réalité. Cependant celte règle, surtout s’il s’agit de faibles degrés d’astigmatisme, souffre de

ASTIGMATISME RÉGULlEIl DANS L’œiL NORMAL. 15

nombreuses exceptions. Souvent la déviation delà direction habituelle est très considérable. Il arrive même quelquefois que le maximum de courbure correspond à peu près au méridien horizontal, le minimum au vertical. C’est ce que Thomas Young, qui, le premier, découvrit l’astigmatisme, trouva pour son propre œil , et nous-même nous avons observé plusieurs cas pareils.

Il n’est, en général, pas difficile de déterminer la direction des méridiens principaux (ceux du maximum et du minimum de courbure). Dans les essais, décrits plus haut, [tour reconnaître l’existence de l’astigmatisme, nous en

avons donné le moyen. Si l’on avait

, . , Fig. 3.

une conscience assez précisé de son

accommodation, pour pouvoir indiquer exactement quelles lignes de la figure ci-contre sont vues tout à fait nettement à une même distance pendant le maximum, Ies([uelles pendant le minimum d’efibrt de l’accommodation, on connaîtrait par cela même la direction du maximum et celle du minimum de courbure. Mais cette appréciation est rarement très exacte.

Nous avons un moyen beaucoup plus sûr dans la direction dans laquelle se prolongent les images de dispersion d’un point lumineux au dehà et en deçà des limites de la vision distincte. La tête droite et l’œil préalablement rendu, au moyen de verres, myope d’environ que l’on place un point lumineux (par exemple , une ouverture très petite dans un écran noir, tournée du côté du ciel ou contre le globe d’une lampe) dans un plan horizontal alternativement en deçà et au delà des limites de la vision distincte;

l’astigmatisme.

ce point apparaîtra dans ces deux positions, prolongé dans deux directions opposées, de telle sorte que dans la première position, la plus grande dimension correspondra à la direction' du minimum de courbure, dans la seconde position à celle du maximum.

Le résultat est encore plus exact, lorsque l’on fait regarder à l’œil rendu préalablement légèrement myope (environ^), au moyen d’un verre dont l’axe corresponde à l’axe visuel, un pointlumineux éloigné (une petite ouvertureronde dans un écran noir), et qu’alors on ajoute et enlève alternativement un verre négatif (par exemple — |q). L’image de dispersion apparaît alors chaque fois prolongée dans deux directions opposées, avec — dans la direction du méridien du minimum de courbure, sans ce verre dans celle du maximum de courbure. En enlevant et replaçant le verre rapidement plusieurs fois de suite, les deux images (par la persistance des impressions) sont vues continuellement et ensemble, et présentent chez quelques personnes la forme d’une croix. Cette expérience est en même temps très utile pour déterminer les légers degrés d’astigmatisme. L’absence complète d’astigmatisme, si jamais on l’observe, est à coup sûr excessivement rare. Cependant l’existence de l’astigmatisme peut quelquefois 'être mise en doute, même après l’expérience décrite plus haut, lorsque l’astigmatisme irrégulier est développé outre mesure, et que par suite les images de dispersion sont très compliquées. Mais, même pour ces cas-là, une expérience, que nous décrirons plus tard (à l’aide d’un verre légèrement cylindrique), fut chaque fois décisive et donna toujours un résultat positif.

C’est principalement dans la cornée qu’il faut chercher

ASTIGMATISME RÉGULIEU DANS l’oEIL NORMAL. 17 la cause de l’asligmalisme régulier. De nombreuses mensurations ont prouvé que la cornée a un rayon de courbure diiïérent dans ses divers méridiens; et, ce qui est vrai pour l’ensemble du système dioptrique, à savoir, que le maximum de courbure correspond presque toujours au méridien vertical, est également vrai pour la cornée considérée séparément. Il est donc prouvé, d’abord, que la cornée, par sa forme, cause de l’astigmatisme, puis, lors même que le cristallin n’est pas sans influence, que l’action de la cornée l’emporte ordinairement.

Le cristallin est la cause de l’astigmatisme irrégulier. C’est à lui qu’est due la polyopie unioculaire, ainsi que le rayonnement des images difluses d’un point lumineux. La preuve directe en est que dans les cas d’aphakie , lorsque le cristallin est totalement enlevé de l’œil, tous ces phénomènes d’astigmatisme irrégulier ont disparu, .le m’en suis convaincu dans de nombreux cas. Lorsqu’il y avait aphakie, les limites de l’intervalle focal et les formes successives des images de dispersion (fig. 2) furent toujours indiquées avec une précision, une exactitude qui répondait aux plus sévères exigences de la théorie.

Toutefois le cristallin modifie aussi l’astigmatisme régulier, soit à cause de la forme de ses surfaces, soit par une position oblique. C’est pourquoi l’astigmatisme régulier de tout le système ne répond exactement ni pour sa direction, ni pour son degré, à la forme de la cornée. Un cas remarquable sera rapporté plus bas, dans lequel un astigmatisme considérable de la cornée fut presque complètement corrigé par une action opposée du cristallin. — Par contré, le cristallin peut aussi agir dans le même sens que la cornée, et ainsi augmenter l’astigmatisme.

l’astigsiatisme.

On peut produire une déviation pareille à celle de l’astigmatisme régulier, en ajoutant une lentille cylindrique à une lentille sphérique ordinaire. Il est très instructif de démontrer sur un écran les phénomènes qui se produisent alors. Une surface réfringente cylindrique produit une déviation dans le plan perpendiculaire à Taxe du cylindre. Dans les plans situés dans l’axe du cylindre, les rayons ne changent pas de direction. Une lentille positive à courbure cylindrique réunit donc la lumière parallèle homocentrique en une ligne dont la direction est la même que celle de l’axe du cylindre. Si maintenant on combine une faible lentille cylindrique positive avec une forte lentille sphérique, de manière que l’axe de cette dernière coupe à angle droit l’axe horizontalement dirigé du cylindre, alors d’entre les rayons primitivement parallèles, ceux qui sont situés dans le méridien vertical convergeront par l’action de la lentille cylindrique et se réuniront à une plus courte distance en arrière de la lentille que les rayons situés dans le méridien horizontal, sur la direction desquels le verre cylindrique n’a aucune influence. Il en résulte que, au point de réunion de ces derniers rayons, les rayons déjà croisés du méridien vertical doivent se trouver sur une ligne transversale, et que, par contre, au point de réunion de ces derniers, les rayons non encore réunis du méridien horizontal doivent former une ligne verticale. Nous obtenons ainsi, comme par la réfraction par une surface asymétrique, un intervalle focal limité par deux images de dispersion linéaires et perpendiculaires l’une sur l’autre. El de plus, si les rayons tombent sur les lentilles après avoir traversé une ouverture ronde et centrale, les images de dispersion formées dans la longueur de l’intervalle focal répon-

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