LES TH IG ON ES PLANÉTAIHES
dans le laps de temps donné. N’insistons pas sur le motif ; 1 aflinité du jour et de la nuit avec la « secte » (alpsat;) diurne et nocturne dans les planètes est une raison suffisante, et nous n’aurions pas à protester si la règle était toujours observée.
Donc, le premier trigone comprenant trois domiciles, celui du Soleil {QJ, celui de Jupiter (-H-), celui de Mars et de plus l’ütlwtxa du Soleil est dominé collectivement pur ces trois planètes et gouverné pendant le jour par le Soleil.
Le régent de nuit aurait dû être Mars, à qui les astrologues ont infligé r atoEat; nocturne. Mais la providence astrologique a évincé la planète malfaisante et lui a substitué arbitrairement le bon Jupiter. Le Soleil n’ayant pas d’orientation propre, celle du trigone est déterminée par Jupiter et Mars ; le trigone est « borrholibyque », entre le Nord (Jupiter) et l’Ouest (Mars) *.
B. Trigone S.-E . (voxa'ârjXtw'cixov), deuxième trigone, composé
l. Dorothée de Sidon, dans un passage que n’ont compris ni Kœchly [Manethon., p. 116) ni Engefbrecht {Ilephaest., p. 71) et qu ils ont ponctué de travers, substitue Saturne à Mars, qui se trouve « expulsé » non seulement de la régence, comme le dit Ptolémée xotj '’Aoeo;. Tetrab., 11, 19),
mais du trigone. A quel titre Saturne intervient-il là, lui qui est au plus bas dans le Bélier? Évidemment, pour n’avoir que dos planètes diurnes associées au Soleil. Un autre brouillon, Paul d’Alexandrie, ne parle pas de Saturne; mais ce Saturne oublié doit être la raison pour laquelle il oriente a 1 E. le susdit trigone, que les Chaldéens de Géminus appelaient « septentrional » (ci-dessus, p. 199). Voilà comment s’emmêle l’écheveau des postulats. Les trigones de Ptolémée sont orientés obliquement entre les points cardinaux, parce que, comme on le verra au ch. xi, ils correspondent sur terre aux quatre parties du monde, délimitées par le méridien du Palus-Mæotidc et le parallèle d isses.
de signes féminins (y irp ^). — Ce trigone féminin *, qui contienl un signe à la fois domicile de Vénus (y) et de la
Lune (y), ne peut être gouverné que par la Lune durant la nuit, et Vénus durant le jour. La troisième place est à débattre, le Capricorne étant à la fois le domicile de Saturne et 1’ de Mars, et Mercure ayant son domicile dans la Vierge. Les prétentions s’équilibrent. Ptolémée, qui a moins de souci des « sectes », se décide pour Saturne ; Dorothée, qui a logé Saturne dans le premier trigone, opte pour Mars et prend Mercure en surcharge. Avec Vénus et Saturne, Ptolémée détermine l’orientation du trigone, entre le S. (Vénus) et PE. (Saturne). Dans le système qui élimine Saturne, le trigone devient ou plutôt reste « méridional » (voxiov)
C. Trigone N.-E . (poppaTrrjXtwTtxôv), troisième trigone, composé
de signes masculins (tf — '^) et « humains ». — Ce trigone humain renferme un domicile et un de Saturne,
qui sera pour cette raison le régent de jour, et un domicile de Mercure (H), qui, diurne ou nocturne à volonté, exercera la régence nocturne. A qui adjuger la troisième place ? La Balance est un domicile de Vénus ; mais la morale astrologique exclut Vénus d’un trigone masculin, et Ptolémée a absolument besoin d’une planète marquant le Nord. Aussi il installe Jupiter, le bon et complaisant Jupiter, sous prétexte qu’il est de la même secte que Saturne. De cette façon, toutes les planètes du trigone sont diurnes, et le trigone lui-même orienté au N.-E. Paul d’Alexandrie, qui n’entre pas dans ces finesses et paraît même ignorer le caractère « oriental » de Saturne, reste fidèle cette fois à la tradition des Chaldéens de Géminus; il déclare le troisième trigone « occidental ».
D. Trigone S. -O. (voxoXtêuy.ôv), quatrième trigone, composé désignés féminins (^ iTf }(). — • Dans ce trigone s’accumulent les signes prolifiques : Vénus y a son u^|>tüpa (5() ; la Lune, son domicile (^)‘, Jupiter, son ül'fopa (^) plus un domicile ()(); Mars, un domicile (np). Tout cela ne laisse pas que d’être embarrassant pour des astrologues en quête de planètes féminines et nocturnes.
1. C’est le trigone agricole suivant lo. Lyd., Oslent., 9, étant composé du Taureau laboureur, de la Vierge à l’Épi et du Capricorne, lequel -ptÔTO? xüv TôioÛTwv -Aap-rtwv àiroyeueTat (allusion aux Satin'nalia de décembre?).
2. Voy. ci-dessus, p. 199, le système de Géminus. Orientation au S. dans Paul Alex., loc. cil. Après Vénus, la Lune et .Mars, èv 6s vu IlapôsvixTi Macr,; xpoaXigêavs xoüpov (Doroth., loc. cil.). Ptolémée lui-même, revenant sur les trigones (II, 3, ci-après, ch. xi), substitue Mercure à la Lune.
LES TRÏGONES PLANÉTAIRES
Jupiter, quoique le mieux pourvu, est élimiué ^ C'est une compensation à l’honneur usurpé par lui dans le troisième trigone, où il n’avait que faire. Mars, si maltraité dans le premier trigone, ne pouvait être pourchassé de partout. Dorothée lui accorde une régence, mais la moindre, celle de nuit, l’autre étant dévolue à Vénus. La mauvaise volonté est évidente ; car si Vénus est féminine, Mars, bien que rangé malgré lui dans la secte nocturne ou lunaire, est plus qualifié pour régner durant le jour. La Lune se contente de la troisième place, sans doute parce que, aux yeux de Dorothée, 1’ de Vénus prime le domicile de la Lune.
Ptolémée ne veut pas non plus disqualitier Mars, dont il a besoin, ainsi que de Vénus, pour son orientation mixte : mais il ne lui laisse qu’une régence honorifique, étendue au jour et à la nuit . la régence effective est exercée par ses auvoiz-oSsarÔTa-, Vénus pendant le jour, la Lune pendant la nuit. Le maudit est ainsi tenu en bride par ses acolytes. Toutes ces tergiversations n’expliquent pas pourquoi le trigone « notolibyque » de Ptolémée devient, chez Paul d’Alexandrie, un trigone « septentrional ». L’explication la plus simple, c’est que l’astrologue dissident n’avait plus d’autre orientation disponible. Ün peut remarquer toutefois que le sommet du trigone, le Cancer, est réellement au point le plus septentrional du Zodiaque.
Nous retrouverons plus loin les trigones zodiaco-planétaires, et la répartition de leur influence sur l’étendue de la terre habitée nous montrera tout le parti qu’ont tiré les astrologues de cette orientation si anxieusement précisée. En attendant, nous allons poursuivre le recensement de l outillage astrologique, qui devient de plus en plus compliqué. De même que des raisons tirées des domiciles et des exaltations interviennent dans la construction des trigones, de même le recours aux domiciles, aux exaltations.
1. Ptolémée le replace ailleurs (II, 3) dans ce même trigone, pour rendre compte de la position du temple de Jupiter Ammon dans le S. -O. (ci-après, ch. xi). Sa logique ne connaît que les raisons opportunes. 11 ôte aussi à la Lune sa part de régence, celle-ci étant exercée par Mars et Vénus.
2. Le scoliaste assure que c’est une compensation avantageuse pour Mars ; le trigone SiôoTai va) ”Apst txôvw oià vô u.-t, xaxà tzowvov Xdyov oüv’.vi vwv £!>vfic56ai. O0SV xal Ivvuxvl xa’t èv fiîxépa Ssff-ovsÛE'. ôp-Oiuî /aipuv, 5tà vi,v EÎpT,p.ÉvT,v aivîav (Anon., p. 38). 11 prétend aussi que, cette fois, Ptolémée institue trois T P '. yiü V O X P ivo P a;, comme Dorothée, lequel en met trois dans chaque trigône. Ou il a mal lu Dorothée, ou Dorothée complétait son explication dans un passage que nous n’avons plus ; car on ne trouve rien de pareil dans les treize vers iispt vpiyûvwv qui nous ont été conservés par Iléphestion de Thèbes.
aux trigones, jeltera peut-être quelque lueur subobscure sur le grand arcane des opta,
4“ Confins ou Termes (opta - fines - ierinini). — On entend par 6'pta des fractions de signe séparées par des bornes intérieures et distribuées dans chaque signe entre les cinq planètes \ à titre de propriété domaniale représentant leur iniluence spécilique et équivalant à leur présence réelle Ces propriétés sont inégales en étendue, inégales entre elles dans le même signe et inégales d’un signe à l’autre pour la même planète, ce qui est un premier mystère : les planètes qui les possèdent sont rangées dans un ordre qui varie pour chaque signe, sans former jamais, ni dans un signe, ni dans l’ensemble des signes, une série connue et intelligible, ce qui achève de dérouter même les docteurs en astrologie. Ptolémée, celte fois, renonce non seulement à comprendre, ce qui a dû lui arriver plus d’une fois, mais à affecter de comprendre. Se trouvant en présence de deux systèmes, l’un, absolument capricieux, mais généralement accepté, sur la foi des « Égyptiens », l’autre, plus intelligible, mais garanti seulement par la tradition chaldéenne, qui inspirait moins de confiance, — surtout à Alexandrie, — Ptolémée n’est pas médiocrement embarrassé. Il fait des objections à l’un, critique l’autre, et finit par en proposer un troisième, qu’il n’ose pas donner comme sien, mais qu’il prétend avoir trouvé dans un vieux livre, rongé par le temps, mutilé et en certains endroits indéchiffrable. A l’entendre, ce troisième système, fondé sur des raisons « naturelles » et d’accord avec une foule de constatations expérimentales que contenait le vieux livre en son neuf, est le vrai système égyptien, expurgé des erreurs et retouches maladroites qui l’avaient défiguré.
Cette page de Ptolémée est un document psychologique de haute valeur ; elle nous montre l’état d’esprit des croyants et les
1. ’EttsI où SiùovTai toïç owal opia (Ptol., Tetrab., 1, 21).
2. Licet ipsum signum alienae sil potesiatis et alterius liabeai domicüium, [amen parles ejus quasi propriae singulis stellis dividuntur, quae parles fines stellarum nominanlvr : hos fines Graeci Spta vacant (Firm., Il, 6 Kroll). Cf', l’expression Ae finilumae pa?'les dans Cic. Divin., 42 (ci-dessus, p. 181, 1).
"Opia 6è àfftépwv Ttpoaayopsùoufftv èv éxiaxw ÇwSîw, èv oii Ëxaffxo; xwv ào-xspwv
à-ô itoffxf,!; ijLotpai; èirl itoaxTjv [xofpav -iï>i£Îffxov Sùvaxat • Tiêpi (I>v où)r i] xu/oôaa xap’ aùxoïî èoxt xat xaxà xoùç irivaxaç Siacpovia (S. Enipir., op. cil., 37, p. 344). Manilius avait l’intention de donner le tableau des 6pia, dont il connaît la vertu : Cujus enim slellae in fines in sidéré quoque | Inciderit [dodecatemorion\, dabit effeclus in viribus ejus- -Verum haec poslerius proprio cuncta online reddam (I, 747 sqq.) Cf. ci-aj)rès, ch. ix.
LES CONFINS Oü TERMES PLANÉTAIRES
moyens, bien connus des fabricants d’apocryphes, dont il fallait se servir pour capter la foi. Enfin, c[uaud on sait que Ptolémée^ en dépit de toutes ses précautions, ne réussit pas à remplacer le vieux système égyptien par te nouveau, donné comme plus vieux que l’autre, la démonstration est complète. Il appert de ce fait, ajouté à tant d’autres, que le plaisir de comprendre gâte celui de croire, et que la foi non seulement ne craint pas, mais reclierclie le mystère, y voyant la marque spécifique des œuvres divines el des vérités révélées.
Voici d’abord le système « égyptien », (sans doute celui de Nécliepso et Pétosiris], le seul que connaissent Dorothée de Sidon, Firmicus et Paul d’Alexandrie *, et celui qui fait loi pour tous les tenants de l’astrologie classique. Il y a, dans tout système d’ opta, deux choses principales à considérer, l’ordre
des planètes et la quantité (-oaô- 'TY)!;) de degrés qui leur est attribuée. Ptolémée n’est satisfait ni de l’ordre, ni de la quantité.
L’ordre devrait être réglé d’après les trois formes de propriété précédemment énumérées, le domicile, le trigone, l’hypsoma; la première place étant donnée dans chaque signe à la planète qui
1. 1/exposé versifié — et par conséquent mis à l’abri des altérations de chillres — de Dorothée de Sidon (ap. llephaest. Theb., 1, 1, reproduit à la suite du Manéthon de Kœchly, p. 113-116) permet de corriger les erreurs de copie dans les tableaux de Ptolémée, de Paul d’Alexandrie, de Firmicus (11, 6), celuici laissé en piteux état par C. Sittl, incomplètement rectifié par W. Kroll.