LES DÉCANS DE MANILIL'S
l’introduction des « décans » égyptiens n’était d’abord qu’un de ces passe-temps arithmétiques, jugé peut-être plus intéressant que d’autres comme représentant à la fois la triade, la décade, et enfin, surtout, la fameuse -zz-oT/.-'jt; pythagoricienne, le nombre 30, qui se trouvait par surcroît correspondre aux 30 décades de l’année égyptienne et prenait de ce fait une signification cosmique h
Manilius connaît déjà un système de décans, dont l’origine lui importe peu - et qui consiste pour lui en une répartition ternaire
planète, par subdivision du reliquat, et 4“ répartition des planètes dans les 3C0 degrés, mais par trigones (Paul. Alex., 1) et Q 2-3 v). Dans le papyrus CX.XX du Ih'U. Mus. (lig. 6Ü), on trouve, après mention de l'oixo; et des opia, la notation aTot/sfw (= potoa?) A'.ôî, au degré 14“ 6' du Bélier. En lait d intégration des signes dans les signes : 1“ répartition à raison de trois par signe (voy. ci-après les décans de Manilius) en ordre continu; 2“ à raison de douze par signe (Su»osxaxT||jiôptov owoîxaxripopiou. Ptol., I, 20). Le système est exposé tout au long par Manilius (II, 693-722), qui l’appelle teiniem visu rem, pondéré maqnam, et vante les etl'ets de cette mixture. L’ordre n’est plus continu, mais chaque signe commence par lui-même la série, qu’il contient tout entière. Même règle dans les Philosophiimena (V, 2, 13, p. 190 Cruice). Ces « dodécatémories » zodiacales ont disparu de l’astrologie classique, où elles auraient produit confusion avec le système tout différent et autrement apprécié des « dodécatémories » planétaires, calculées à nouveau chaque lois, par le procédé des xAf,poi (ci-après, ch. i.x); 3“ répartition à raison de trente par signe ou un par degré (Ilerm. Trismeg. ap. Junctinus, p. 23). On en trouverait d’autres encore; car on a dû, par exemple, diviser les signes en deux pour représenter les 24 heures (ûpovôaO'j? sïxoüt xai xsxxâpa; ovxa;. l’rocL, in Anal, sacr., V, 2, pp. 168 Pitra; cf. les 24 ôixaaxai chaldéens, ci-dessus, p. 43, 4). tinfin, le système des décans s’est surchargé non seulement de la distinction des pleins et des vides (ci-après, p. 231), mais d’entités vagues [nurnina) appelées ministres ou appariteurs (XEtxo’jpyo: - munifices) des décans. Leur nombre était en rapport, soit : 1“ avec celui des signes — 7 par signe, 84 en tout — combinaison des deux chilfres astrologiques par excellence, 7 et 12 (Martian. Cap., II, 200); soit : 2“ avec celui des décans — 3 par décan, 108 en tout — autre combinaison de vertu non moins absconse, compliquée elle-même de subdivisions à l’infini (Firmic. 11,4,4-5; texte cité plus loin, p.22ü, l).On nous permettra de ne pas remuer plus avant ce tas d'inepties, qui, au dire de Firmicus, ont dégoûté jusqu’aux astrologues « grecs » — in primis veslifiiis constitutionis isLum Iractatum cum quodam dissimidalionis fastidio reliquerunt (Firmic., II, 4, 6) — et ipii procèdent toutes de l’idée que chaque fraction du temps doit avoir son maître, son /povoxpâxwp, au ciel.
1. Ceux qui tiennent pour l’origine égyptienne du pj'thagorisine, en attendant les preuves, ne manqueront pas de soutenir que la xîxpaxxj; elle-même (voy. ci-dessus, p. 9, 3) vient de l'Égypte. Il n'y a pas à discuter là-dessus. Proclus aussi était convaincu que Platon, vu son omniscience, ne pouvait pas ignorer les ôsxavoùî xai xp-.ixovxa (ProcL, in Anal, sacr., V, 2, p. 168 Pitra), bien qu'il n’en dise mot.
2. Les éditeurs de .M.nnilius lui font dire ce qu'il leur plaît. Scaliger : <Jnam
218 ClIAP. VII. — COMBINAISONS DES SIGNES ET PLANÈTES
des signes dans les signes K P]n parlant du signe du Bélier, qui reçoit pour décans le Bélier, le Taureau et les Gémeaux, chaque tiers de signe est attribué à la constellation zodiacale qu’appelle l’ordre accoutumé, si bien qu’au bout de quatre signes ou douze tiers la série épuisée se recommence. Cette disposition donne aux esprits préoccupés de mathématiques la satisfaction non médiocre de constater que les signes associés en aspect trigone ont môme décans et sont, par conséquent, en harmonie parfaile.
Voici la disposition des décans de Manilius, mis en regard des signes auxciuels ils appartiennent (üg. 27).
Si simple que soit cette combinaison du Zodiaque avec luimême, Manilius se sent saisi de respect devant un pareil mystère qui, s’ajoutant aux actions et réactions réciproques des signes, aboutit à une altération secrète, dangereuse pour les non-initiés, du tempérament propre de ces signes
partent decimam dixere Decanta (jenles. Bentley : Quapropler Graiae dixere Decania genles. Jacob, contre Bentley : Qi/am parlent indigenae dixere Decania gentes (IV, 298). On ne sait pas non plus si decania est un pluriel (de decatiium?) ou si decania — Ssxavîa. Beste l’étymologie. Les Grecs tenaient pour grec le mot Ssxavô; - 6s'/ta [j.oipô)v à'pyciv, 6i6 vcal Ssxavôç xaTkEÎxat (Schol. Demoph., p. 199). Aussi, oexaixoïpta est sjmonyme de osxavôç (cf. Anon., De terr. mot., ap. Wachsmuth, lo. Lyd., ed. 2», p. 174). Scaliger (iVoL in Manil., p. 297) déclare que le mot est bien latin, et Huet est de son avis — étant donné surtout que le signe représentatif de « décan » dans les manuscrits est le chilfre romain X, et non pas le chilfre grec A. Saumaise {De ann. climact., pp. 560 sqq.) fulmine contre les partisans du latin. Pour lui, decanus est la transcription de oêxavoî, mais ôsxavôi; ne vient pas de ôéxa. C’est une transcription d'un mot clialdéen — nam et Decan chaldaice inspectai' et excubitor, h. e. Ê-taxo-o? vcl scîopo?. 11 songe évidemment aux 30 ou 36 pouXatoi Oeot de Diodore, dont nos assyriologues modernes veulent faire aussi des décans chaldéens (ci-dessus, p. 43, 4). Mais nos assyriologues ne. vont pas jusqu'à revendiquer comme clialdéen le mot décan, et on nous permettra de récuser le clialdéen de Saumaise. D'autre part, ni Scaliger ni Saumaise ne parviennent à me persuader que ôc'/cxvô; ne puisse venir de ôsxa, aussi bien que decanus de decem. Quant au sigle grec A, il y avait une raison pour ne pas l'employer comme symbole de décan, c’est qu’il représente l’aspect trigone (cf. p. 169, lîg. 19).
1. En somme, il avait retenu de la doctrine égyptienne une idée juste, oubliée par les partisans des décans planétaires, à savoir que les décans étaient des sections de signes ; idée qui sera appliquée plus tard aux signes morcelés de l’apotélesmatique « catholique » (ci-après, ch. xi).
2. Ilaec ratio relegit latitantis robora mundi \ ht pluresque modos repetita nomina caelum \ Dividit, et meliiis social, quo saepius orbem. — Mixlased in pliires sociantur sidéra vires. C'est un mystère ardu ; haut les cœurs ! Quod quaeris, deus est; canaris scandere caelum, etc. (Manil., IV, 292-408). En dépit de ces grands mots, Manilius ne songe plus du tout aux décans lorsque, au V<> livre, il parle des iniluences concourantes des -KapavaTêXXovxa. H aurait dû distinguer le triple apport du signe, du décan, du paranatellon.