‹ L'astrologie grecqueChapitre 212 sur 360 · PRONOSTICS TIRÉS DU LEVER DE SOTIIIS · texte numérisé non relu

PRONOSTICS TIRÉS DU LEVER DE SOTIIIS

nous attarder devant ces élucubrations indigestes, qui n’intéressent même plus les fabricants d’almanachs.

11 suiïira aussi d’indiquer un chapitre ajouté à l’apotélesmatique universelle de Ptolémée par les tenants de la tradition égyptienne, pour qui le lever de Sothis (Sirius) était le régulateur du calendrier. Hépliestion de Thèbes donne l’adresse et le sens des pronostics de toute sorte, météorologiques, nosologiques, politiques, résultant de la position des planètes lors du lever de Sirius « durant les vingt-cinq jours du mois Épiphi » h En combinant les positions et aspects des dites planètes, l’intluence de leur couleur, de l’apogée et du périgée de leur orbite, et leurs réactions réciproques, avec la couleur plus ou moins éclatante ou embrumée de l’étoile elle-même, au besoin, avec les vents qui souillent ou les tonnerres qui grondent au moment de son lever, les « sages Égyptiens d’autrefois » avaient ouvert une nouvelle carrière où l’imagination pouvait courir à son aise Sirius est un intrus dans l’astrologie grecque, et la prudence nous conseille de ne pas suivre plus loin cette piste divergente.

Le moment est venu de considérer la partie de l’apotélesmatique qui attaque de front le problème de la destinée humaine, celle qui a été le champ de bataille de ses défenseurs et de ses adversaires, la généthlialogie. Seulement, la science généthliaque, qui étudie les conditions des naissances, a débordé sur l’apoté-

1. Cette indication est un trait de lumière qui permet de dater ces prétendues observations. Le cycle sothiaque ayant son point de départ au 20 juillet julien 1322 a. Chr. (.1. Oppert, La Chronologie de la Genèse, in Rev. des Éludes juives, \XX\ [1895], p. 1 - 25), le lever de Sothis (Sirius), qui retardait d’un jour en quatre ans sur le calendrier, a dû tomber au le Épiphi 1,200 ans (300 jours du 1er Thoth au l” Épiphi x 4) après 1322, c’est-à-dire en 122 a. Chr. Les -ita'XaiyEvsïç Aiyj-reT'.oi sont bien les pseudo-Néchepso et Pétosiris. Les 25 jours d’Épiphi représenteraient un siècle d’observations faites en juilletaoût, de 122 à 22 a. Chr.

2. llephaest., 1, 23 (lispi è -rc t ctt, pa ü v tt); tou Kiivèî ÈxivoXf.ç %al vûv Ttpèç a ÔT-riv à uvÉp wv), pp. 91-97 Engelbr. Il y avait là dessus un ouvrage hermétique, cité par l’astrologue Palchos : 'Eppf.î È’ypa(j>£v èv xoïi; xoGpixoï; (i';roxE'X£C7!xaTt -KEpt tt.î voü K-jvôc; àvaToAf,; (ap. Fr. Cumont, op. cil., p. 6). Manilius a entendu parler de cette méthode astrologique, dont il place le berceau en Asie : liane [Cuniculam] quam surgenlem primo ciim reddilur orlu | Montis ab excelso speculanlur verlice Tauri, ] Eventas frugum varios et temporadicunt, \ Quaeque valitudo veniat, etc. (I, 401-411). De même Cicéron : Etenim Ceos accepiinus ortum Caniculae diligenter qtiotannis solere servare conjecturamque capere, ut scribit Ponticus Heraclides, salubrisne an pestilens annus futurus sit (Cic., Divin., 1, 57, 130). Ce pouvait être un usage ancien, ou, au temps d Iléraclide, une des premières manifestations de la foi astrologique en pays grec.

lesmatique universelle, el il nous faut ici, bon gré mal gré, à litre de transition obligatoire, anticiper sur le chapitre suivant.

Le point de soudure entre les deux sujets connexes est la naissance des rois, la destinée de ceux-ci contenant virtuellement celle de leurs peuples. On a vu que Ptolémée lui-même recommande, au cas où l’on voudrait donner plus de précision aux pronostics universels, de consulter le thème de géniture des cités ou de leurs gouvernants. Il ne fait qu’approuver une pratique connue par des témoignages plus anciens. La fondation d une cité était tout à fait assimilable à une naissance L D’autre part, les éclipses étant l’instrument spécial de l’apotélesmatique universelle il était à propos d’en faire intervenir dans un acte aussi mémorable. Ennius était dans la vraie tradition astrologique quand il assurait que la fondation de Rome avait coïncidé avec une éclipse de Soleil On ne saura jamais dans quelle mesure l’astrologie a collaboré à la conlection de l ère Urbis conditae : il est certain, en tout cas, qu’elle a suppléé à l’absence de données historiques. ’V^arron et son ami Tarutius paraissent s etre affranchis de la coïncidence avec une éclipse et avoir traité le thème de la fondation comme celui d’une naissance ordinaire. Tarutius, « expert comme pas un dans les calculs chaldaïques », avait trouvé que, lors de la fondation de Rome, la Lune était dans la Balance L

1. On appelait les Pa7'ilia (21 avril) le dies nalalis Romae. Quand l’astrologie fut à la mode, on prétendit que les œkistcs avisés, par exemple, Séleucus Nicator fondant Séleucie sur le Tigre, avaient attendu 1 heure favoiable (Appian., Syr., S8). Les astrologues dépossédaient ainsi les devins qui avaient réellement assisté les fondateurs, à la mode antique. Mais les Grecs, en général, ne fêtaient pas le « jour de naissance » des villes, leurs calendriers ne se prêtant pas aux « anniversaires », C’était un usage plutôt romain (cf. Lobeck, Aglaophamus, pp. 595-597).

2. Les éclipses entraient aussi, le cas échéant et en vertu de la logique, dans les thèmes de géniture individuels, avec une influence prépondérante et redoutable. Malheur à ceux qui ont dans leur thème un point de coïncidence, soit par la position des « luminaires (tottoi œtoffçopoOvxEîj », soit par celle des « centres », avec le lieu d’une éclipse quelconque, ou avec le lieu diamétralement opposé 1 Ils auront plus que leur part des fléaux annoncés, surtout si la coïncidence est exacte, au degré {Tetrab., II, 8). On se demande si Ptolémée oublie ou prétend abroger une règle contraire, d’apres laquelle — l’exemple de Romulus le prouve — l’enfant né (ou conçu) au moment d une éclipse est marqué pour de hautes destinées.

3. Ennius ap. Cic., Divin., 1, 48, 108; Plut., RomuL, 12. Plutarque cite comme garant le poète épique Antimaque de Téos, d’époque inconnue.

4 Romamque in Jugo cum esset Lima natum esse dicebat nec ejus canere fata canere dubitabal {de., Divm.,W, 47, 98). C’était un sujet sur lequel s’e.xerçaient haruspices et astrologues et bien fait pour Tarutius, qui était a la lois

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