ORIGINES DU ZODIAQUE
ait été connu des anciens Chaldéens, et, à plus torte raison, des Égyptiens que la tradition se plaît à mettre en concurrence avec eux. Essayons, pour simplifier le problème, qui dépasse sur bien des points notre compétence, d’en éliminer, après examen, les prétentions égyptiennes.
L’origine du Zodiaque est une question qui a exercé au moins autant l’imagination que la science des érudits. Les figures en majeure partie animales qui le composent; les hiéroglyphes qui résument ces figures; la découverte de quatre zodiaques égyptiens — deux à Denderah, un à Esneh et un à Akhmîm — que l’on croyait remonter à une haute antiquité; le fait que les Égyptiens ont eu de temps immémorial une année solaire divisée en douze parties égales et réglée sur le lever des constellations, les textes nombreux qui revendiquent pour les Égyptiens la priorité de l'invention de fastronomie ou astrologie et affirment notamment que les Égyptiens ont divisé le Zodiaque en douzièmes égaux au moyen de la clepsydre (voy. ci-après) ; tout cela a paru d’abord faire tourner le débat à l’avantage des Égyptiens. Mais il a été irrévocablement démontré que les zodiaques égyptiens sont tons de l’époque romaine et librement imités du Zodiaque grec, et du coup se sont écroulées les suppositions extravagantes échafaudées sur leur prétendue anti({uité L On accepterait aujourd’hui, s’il n’y avait pas d’autre objection, les 2'i()() ans auxquels devaient remonter, d’après le calcul de la précession
1. La démonstration a été faite en 1824, contre la thèse de Bailly et Dupuis, par Letronne dans deux mémoires ; Obss. critiques et archéol. sur l objet des représentations zodiacales qui nous restent de l antiquité (OLuvres choisies, 20 série, l, pp. 112-216). Sur l’oriçiine precque des zodiaques prétendus éç/yptiens (ibid., pp. 123-457), et reconnue valable par Ideler {Ueber den Ursprunq des Thierkreises. Berlin, 1839); par B. Lepsius {Einleitung zur Chronologie der Aegypler. Berlin, 1848); par U. Brugsch {Thés. Inscr. Aegypl. Tom. I. Astronomische und astrologische Inschriften der altagyplischen Deninnüler. Leipzig, 1883), qui consacre 65 pages (pp. 1-63) aux inscriptions du plafond du pronaos de Denderah. Par contre, égyptologues et assyriologues contestent la seconde partie de la thèse de Letronne, à savoir que les zodiaques orientaux, v com pris ceux de l'Inde et de la Chine, sont des imitations du Zodiaque grec. Us réclament en faveur de la Chaldée (voy. ci-après), et Letronne lui-meme consent à admettre un Zodiaque duodécimal chez les Chaldéens, mais a\ec des signes et des noms dill'érents : ceci par respect pour le texte de Diodore (Letronne. Sur l'origine du Zodiaque grec et l'Uranographie des Chaldéens^ ibid., pp. 458-530). Il y avait cà Denderah deux zodiaques, l’im intérieur (le seul circulaire trouvé jusqu'ici en Égypte), datant probablement de Cléopâtre; l'autre, rectangulaire (actuellement à laBibl. nationale), faisant partie du pronaos dédié sous Tibère, entre 32 et 37 p. Chr. (Lepsius, pp. 102-103).
ciiAP. Il — l’astrologie chaldéenne
des équinoxes, des zodiaques qui plaçaient l’équinoxe de printemps dans le Taureau; mais on sourit du zèle anti-biblique de Dupuis, qui, faisant permuter équinoxes et solstices, réclamait les 13,000 ans nécessaires pour que l’écliptique ei’it tourné de 180 degrés. L’insouciance d’un artiste du temps des Antonins — l’auteur du zodiaque d’Esneh — avait déchaîné ce Ilot d’hypothèses, qui, en inquiétant les exégètes de la Bible, faillit transformer la discussion scientifique en querelle religieuse.
Quant aux textes qui attribuent aux Égyptiens l’invention du Zodiaque, ils représentent l’opinion de scoliasles de basse époque, qui montrent naïvement leur ignorance. Macrobe explique tout au long comment s’y prirent les Égyptiens pour diviser, à l’aide de clepsydres, le cercle zodiacal en douzièmes égaux *, sans se douter que son procédé, bon pour mesurer des douzièmes de l’équateur, donnerait des fractions très inégales du Zodiaque. 11 est tout à fait étranger au calcul des àvacpopaî ou estimation des ascensions obliques en degrés d’ascension droite. Servius a peutêtre entendu parler des ascensions obliques, c’est-à-dire des arcs inégaux du Zodiaque qui montent au-dessus de l’horizon en des temps égaux, mais il paraît confondre l’étendue réelle et le temps d’ascension ; il assure que les Égyptiens divisent le Zodiaque en douze parties égales, mais que les Chaldéens admettent onze signes seulement, et d’une inégalité qui peut aller du simple au double L Au temps de Servius et de Macrobe, il y avait six cents ans que les astrologues grecs étaient ou « Chaldéens» ou « Égyptiens », et l’on ne saurait appliquer de pareils textes aux Égyptiens d'Égypte ou aux Chaldéens de Chaldée.
Les égyptologues conviennent, du reste, que, si l’on trouve
1. Macrob., Somn. Scip., 1, 21, 9-23. U ajoute ingénument que ces Égyptiens ont appelé ce cercle Zodiaque, quia siqna Graeco nomine Çwôia nuncupantur. Disons, à sa décharge, qu’il n’a fait qu'appliquer aux Égyptiens ce que Sextus Eiupiricus [Adv. Astral. §§ 24-26, p. 342) dit des Chaldéens; que le même procédé, entaché de la même erreur, se retrouve dans la Didascalie de Leptine [Notices et Extraits des mss., XVlIt, 2, p. 63), et que llipparque accuse de la même ignorance Aratus et Attale [Comrn. inArat. Phuen., Il, 1,§4 sqq.). Cf. ci-après, ch. ix.
2. Aegyplii duodecim esse asserunt signa : Chaldaei vero lindecim. Na^n Scorpium et ÎÂbram unum signum accipiunt... lidem Chaldaei iiolunt aequales esse partes in omnibus signis, sed pro qualitale sui, aliud signum XX, aliud XL habere ; cum Aegyplii Iricenas esse partes in omnibus velint (Serv., Georg., 1. 33). 11 y a là ([uand même une réminiscence d’un fait exact; c’est que les Chaldéens — et Égyptiens, quoi qu’en dise Servius — conservaient aux constellations leur dimension naturelle et les faisaient, par conséquent, inégales.
le zodiaque ClIALDÉEN
dans les documents beaucoup de noms de constellations et e décans, ou même la preuve que les constellations étaient enfermées dans des ligures, ces constellations appartiennent a des parties très différentes du ciel et n’ont été remarquées, de preference à d’autres, qu’en raison de leur éclat. On sait que le regu a eur du calendrier égyptien était Sothis ou Sirius et qui n’appartiennent pas au Zodiaque. De meme les decans, que Grecs feront plus lard entrer dans leur Zodiaque, étaient inégalement et librement disséminés sur le pourtour de la sphere de pieférence dans la région équatoriale. En un mol, il n y Zodiaque égyptien; et on le conçoit aisément, puisque les L^>ptiens peu curLx de suivre la marche des planètes, ne se préoccupaient pas de leur roule oblique et avaient adopte une annee
résiée sur le lever des constellations équatoriales *.
Pour la raison inverse, les Chaldéens, qui pratiquaient 1 annee lunisolaire, avec la Lune pour régulateur principal, et attribuaient une iniluence prépondérante aux planètes, ont du distinguer bonne heure, entre toutes les constellations, celles qui ont 1 ho neur d’héberger les astres errants. Si la Lune était toujours o ije principal de leur attention, ce sont les étapes de sa route qu i s ont dû noter tout d’abord, en tâchant d égaler le nom re e ces étapes à celui des jours de la révolution de 1 astre. La
logique postule un premier Zodiaque babylonien cases ou
mansions lunaires, tel qu’on le rencontre cbez les Hindous et es Chinois, zodiaque qui aurait été, ensuite et par surcioi , eu 12 étapes solaires L Nous ne saurions dire si les decouvertes