LE ZODIAQUE CHALDÉEN
analogie entre les caractères attribués aux constellations qui se
correspondent de part et d autre.
En ce qui concerne les douzièmes, la question paraît tranchée. Même à l’époque des Arsacides, les Cdialdéens, ennemis des abstractions invisibles, n’avaient pas encore ramené les constellations zodiacales à une étendue égale pour toutes A On peut conclure de là, à plus forte raison, qu’ils ne connaissaient pas les dodécatémories uniformes au temps où ils étaient libies d(- toute iniluence grecque.
Restent les signes ou ligures. Les assyriologues contemporains — ou du moins les plus prudents d’entre eux — n’ont pas encore découvert dans les anciens documents une série complété de constellations zodiacales comparables aux îlwoia grecs; mais ils signalent un Bélier, un Taureau, des Gémeaux, un Scorpion, une Chèvre pisciforme qui répondrait au Capricorne, et deux Poissons ou hommes-poissons reliés par un ligament, comme ceux du Zodiaque grec. Enfin, s’il n’y a pas de constellation du Lion, on trouve le dieu solaire Nergal qualifié de Lion, et 1 Épi que lient la Vierge grecque est bien sémitique. La position présumée de ces groupes d’étoiles sur la sphère semble indiquer que leurs noms sont des métaphores suggérées par la température des parties de l’année solaire correspondantes. Ainsi, trente siècles avant notre ère, l’équinoxe du printemps était dans le Taureau. Le laureau était alors le symbole de Mardouk, du soleil de printemps qui sort des eaux hivernales et y est encore a demi plongé . Les signes d’hiver sont tous aquatiques, à partir du Scorpion, qui correspondait alors à l’équinoxe d’automne. Ce Scorpion pourrait bien être le monstrueux Homme-Scorpion qui, suivant les
1. Voy. Epping, Aslvoyiomisches, pp. 148-149. 11 y a eu cepemfant eliort d’accommodation. « Il semble que l'on a donné à tous les groupes environ 30“ d’étendue, à quelques degrés près en plus ou en moins, de façon à accentuer une concordance avec les signes écliptiques actuels » (p. 149). Le Zodiaque chaldéen ainsi constitué comprend les douze signes suivants, d’après Epping :
A'dru =
Aqrahu = ut
Va = »
Sakhû
Gu
7Ab
Ku = X Naiifiaru = 69
Te-te = /l = Si
Mas-masu = Et à'i == iif Va = ¥> 7Ab = K
Sur l’interprétation de ces noms (ou autres substitués) et les figures des susdits signes, voy. les conjectures de U. llrown {Vroceedings, Xlll, pp. 240-2/ 1;. Epping propose ku = Chien; mas-masu — .lumeaux; aqrabu = Scorpion; pa = Sceptre ; sakhà = Capricorne; -Ab = Poisson.
2. Ceci pour expliquer la mutilation du Taureau, dépourvu d arrière-train dans le Zodiaque grec.
ciiAP. II. — l’astrologie chaldéenne
légendes cosmogoniques, avait aidé Tiamat à résister au démiurge Bel-Mardouk. L’épithète de Lion conviendrait Lien au soleil furieux du plein été. Entin, l’Épi pouvait être non pas le signe où se trouvait le Soleil au moment de la moisson — laquelle se faisait en Chaldée vers le mois de février — mais, au contraire, le signe qui se levait et souriait aux moissonneurs aussitôt le soleil couché L
Le Zodiaque chaldéen ainsi ébauché aurait été subdivisé et complété plus tard, peut-être par suite de l’adoption de l’année lunisolaire, qui exigeait au moins douze compartiments. Le dérangement de l’ancien système par le fait de la précession des équinoxes a pu aussi motiver des retouches. Ainsi, s’apercevant que l’équinoxe avait quitté le Taureau (24oü a. Chr.), les Chaldéens auraient intercalé entre le Taureau et les Poissons un nouveau symbole solaire, le Bélier, pour marquer l’équinoxe du printemps, et atfecté la partie antérieure du Scorpion à l’équinoxe d’automne, tandis que le dard de ce même Scorpion devenait le prototype du Sagittaire grec.
Si complaisantes que soient les hypothèses ^ elles ne vont pas toujours sans lacunes. Celle-ci explique mal ou l’absence d’un signe consacré au solstice d’été, ou la nature de ce signe, qui aurait été le modèle du Crabe (Cancer) grec, c’est-à-dire d’un animal aquatique, tout à fait dépaysé au point où le Soleil atteint son maximum de puissance. L’explication du signe des Gémeaux n’est pas non plus très avancée quand on a reconnu dans ces « Grands-Jumeaux » des hypostases du dieu solaire Nergal, symbolisant le caractère mixte de la température printanière L
En cherchant dans les légendes chaldéennes les preuves de cette haute antiquité du Zodiaque, d’ingénieux érudits ont eu l’idée de considérer le poème en douze chants d’Izdubar (Gilga-
1. Avec le recours arbitraire à deux systèmes opposés, le lever liéliaque et anti-héliaque des constellations, on peut plier tous les faits à un plan préconçu. A. Krichenbauer [Theofjonie and Astronomie, Wien, 1881) n’éprouve aucune difliculté à construire son prétendu Zodiaque égyptien du xxivc siècle avaut notre ère, où, grâce au lever anti-béliaque, les signes d'été deviennent ceux d’hiver et réciproquement (pp. 23 suiv.). C’est ce Zodiaque que les Chaldéens auraient retourné avec le lever héliaque(!).
2. Celles-ci sont empruntées au livre déjà cité de P. Jensen, Die Kosmoloriie der Bahylonier. Cf. Lenormant [op. cil. App. IV, pp. 593-598).
3. Cette explication est empruntée, comme on le verra plus loin, aux astrologues grecs, qui appelaient « bicorporels » [Ziaup.oL-bifo7'mia) les signes placés devant les signes « tropiques », et cela d’après les « Chaldéens », suivant l’auteur des Dhilosophumena (V, 13).
LE ZODIAQUE CllALDÉEN
mes) comme le modèle ou peut-être l'inlerpréUiüon du cjc c zodiacal Eu effet, le premier type qui attire 1 attention es e taureau divin, Mardouk, coiffé de « cornes de souveraineté », et 1 Taureau est aussi le premier signe du Zodiaque. Le ne^ienie signe, le Scorpion, apparait dans le IX- chant du poeme, la ou le héros solaire Gilgamès rencontre des
la porte du mont Masu. Le XI* chant du poeme, consacic au récU du déluge, donne l'explication du signe du du Zodiaque. Il faudrait d’autres raisons que ces avenluicus , Ijectnrès pour nous faire admettre que les ^
« catastérisé » les héros du poème, ou que le poete a mis aclion les signes dn Zodiaque
I. Voy. A. Qaentiii, L'épopée d'hdubar (Heo. de Vllist. dee 118951 PP. l62-m). En général, ou part de l'idée préconçue que les anciei s chaldéens devaient nécessairement avoir un Zodiaque solaire, ^ ‘ timents, égaux ou non. Mais ce premier postulat n est rien i Il y a b'ien d’autres manières de diviser la route des planètes p ' ^ ’
en allribuimt à chacune il'cllcs ta propriété d'un des groupes d elo, es rci contrès sur la route, le système astrologique des otxo-. ^ J' . .,v
la cosmogonie babylonienne, le démiurge, après avoir lait les ^mquaute t.) grands dieux ou étoiles de première grandeur, y ajouta les sept ma» ou lo peaux placés sous l’œil des dieux planétaires. On ne smt ou ces mais il est au moins probable que ce sont des groupes d étoiles (xu)v vtuiv ot Ôox'.ixoxaxot otraa; xa>iOucn xopiw; xà; a^xpiv-aî atpatpa; il . Chald., n« 142 Cory), et des groupes placés le long de l’écliptique. Cl. ci-dessus (p 54 2) les siqna undecbn attribués aux Chaldéens.
2. L’exégèse qui transforme les épopées en allégories astronomiques ou cosmogoniques est une invention stoïcienne (ci-dessus, chap. i, p. 30) ^
depuis une belle forlune et mérite d’être ensevelie dans son triomphe. Ce qui est absurde, ce n’est pas d’admettre que tel dieu ou héros personnilie une force de la nature ; c’est de prétendre que cet être, une fois conçu comme individu vivant, reste symbole et ne fasse que des actions symboliques, explicables seulement par les qualités de l’élément qu’il représente. Certains exégètes expliquaient la « bataille des dieux » au XX« chant de Ylhade^v
une conjonction des sept planètes(Ileraclit.,a4«e,(7. //om., 52 : cf. supra, p. 30 1). Un érudit moderne, A. Krichenbauer (ci-dessus, p. 58, 1), fait de Vlliade 1 histoire allégorique d’une réforme du calendrier nécessitée vers 2110 a. Chr. parla précession des équinoxes. Le solstice d’hiver passant du Verseau (Poséidon) au Capricorne (Aiyai, Iliad., Vlll, 203), Poséidon entre dans une gramle colère (/a'af/., XllI, 1-38), colère partagée par le Taureau féminin (liera jioo)xii;), qui voit l’équinoxe passer au Bélier (Thétis). En 2400, llêra était unique épouse de Zeus; de 2400 à 2100, elle a été inquiète et jalouse; en 2110, elle est dépossédée ! Aussi, pendant que Zeus dort, llêra et Poséidon lont reculer vers l’Est équinoxes et solstices ; d’où le courroux de Zeus, qui remet les choses en place. Combats du Sagittaire-Apollon, du Lion-Arès, de la A ierge-Athêna, de l'Écrevisse ou Cancer-Aphrodite. Savait-on, avant Krichenbauer, que la Gigantomachie avait eu pour cause, en 2400 a. Chr., le partage du Zodiaque
CHAP. Il, — l’astuologie chaldéenne
Kn somme, l’impression qui, pour un profane, se dégage de ces ténèbres, c est que, faute de trouver dans la Grèce civilisée, à religion anthropomorphique, la raison sulïîsante du Zodiaque, et considérant que les Grecs eux-mêmes reconnaissaient les poissons de l’Euphrate dans le signe du même nom, on est en droit de supposer des emprunts faits à la Chaldée. C’est de là sans doute qu’est venue l’impulsion initiale, l’idée d’enfermer les groupes d’étoiles dans des figurations animales et comme une première ébauche de ruranographie grecque. Avec la promptitude et la fécondité de leur imagination, les Grecs ont fait le reste : ils ont décoré leur ciel à leur façon, sans plus savoir ni se soucier de savoir de qui ils tenaient ce qui leur était venu du dehors. L’instinct populaire d’abord, le travail des mythographes ensuite, ont rattaché tous ces calastérismes à la mythologie nationale et effacé ainsi ou rendu méconnaissables les caractères exotiques qui en auraient décelé l’origine L Même si tous les types du Zodiaque grec étaient chaldéens, nous réclamerions encore pour les Grecs la construction du cercle ou anneau zodiacal, géométriquement tracé à travers les constellations, de l’échelle idéale dont les douzièmes réguliers empruntent les noms, mais non les dimensions des groupes d’étoiles traversés par elle ^
en quadrants, et que plus anciennement, vers 3200, la Titanoinachie était encore une bataille dont le Zodiaque était l’enjeu? L’extravagance à froid de ce gros livre peut être de bon exemple pour qui serait tenté de s’adonner à l’ivresse allégorisante.
1. Ils y ont réussi pour presque toutes les constellations, sauf pour les Poissons (ci-dessus, p. 57, et ci-après, ch. v) et pour 1’ ’Evyôvasiv [hif/eniculalus- Ingenubits), 1’ « Homme à genoux », qui est resté longtemps anonyme et a fini par être attribué à Hercule. Ce sont des traces d'emprunts. D'autre part, il ne faut pas vouloir trouver des emprunts partout. On nous dit positivement que les figures stellaires étaient différentes chez les dilférents peuples, assertion encore vérifiable aujourd’hui : ôio xotl èv Siatpôpoi; è'Ovsat ô'.içopa 7taî vàovôjxaxa xwvàaxpwv èaxiv eépstv. ’Ev yoüv x'^ xwv AÎyuzxtoJV ffsatpa O'jxs ô Apaxwv Èaxl vo|xiÇdp.EVO(; T| ôvo;xaÇcijx£voî, oüxe "Apaxo;, odxs KTiSeo; • ilV É'xepa ffyrijxaxa siôoiXiov >cal ôvô|x«xa x£0ct[jL£va. 05xu) 5è xal èv xf| xwv XaXôaiwv (Ach. Tat., Isag., s. fin.).
2. Ceci semble un paradoxe à qui pense que la division duodécimale du Zodiaque en 12 cases et 360 degrés est nécessairement chaldéenne. Mais la division de l’année en douzièmes est de droit commun, et le Zodiaque grec a été longtemps subdivisé autrement qu’en degrés chaldéens. La division en 360 degrés n’était pas connue d’Eudoxe et n'apparaît (chez Hypsiclés) qu’un peu avant Hipparque, lequel l’emploie couramment. Posidonius divisait encore le Zodiaque et le méridien en 48 parties, c’est-à-dire en demi-heures (Cleomed., Cycl. tlieor., 1, 10). On rencontre aussi des divisions en 60 parties (Strab., Il, p. 136, etc.) et en 144 (S. Empir., op. cil., §9, p. 339), ou en 36
LE ZODIAQLE HELLÉNIQUE
La conslruclion du Zodiaque a élé le dernier terme de ce travail d’assimilation et d’invention. Les anciens navigateurs, t isciples des Phéniciens, n’avaient besoin que des Pleiades, dont e lover les invitait à reprendre la mer ; leur attention se poi ai sur le pôle. Homère ne mentionne que « les Pléiades, le Bouvier lent à se coucher, l’Ourse, appelée aussi Chariot, qui tourne sur place en regardant ürion et seule ne se baigne pas dans l Océan ».
Il connaît aussi l’astre « appelé le Chien d’Orion, leque est très brillant, mais se trouve être un signe fâcheux, car il appoile aux malheureux mortels une chaleur brûlante ». Hesio e, qui enseigne aux cultivateurs à connaître les saisons, se préoccupé du lever d’Ârcturus, des Pléiades et Hyades, d’Or.on et Sinus. D’où venaient ces noms? Étaient-ils indigènes, ou transcrHs ou traduits? Les Grecs appelaient « phénicienne » hi 1 eliie-
Ourse, dite aussi « Queue du Chien » (Kuvrlaoopa) ; mais Hesiode connaissait déjà des légendes qui faisaient des Ourses et d Arc urus, dit aussi « Gardien de l’Ourse », des héros
arcadiens catastérisés. Qui a fait d’Orion un chasseur, avec son chien Sirius, poursuivant les Pléiades ou poursuivi par 1 Ourse et tué par le Scorpion? Cassiopée porte un nom
phénicien; mais Sophocle l’englobait avec les Néréides et Andromède dans un drame de mythologie grecque. Nous verrons plus loin combien est variée la tapisserie mythique brodee sur le
Zodiaque L
Le Zodiaque devint nécessaire aux Grecs quand ils commencèrent à observer de plus près le cours du Soleil, de la Lune, ou même des planètes. Us ne le reçurent pas tout fait et ne le confectionnèrent pas d’un seul coup, sur un plan d’ensemble. U ne fut même parachevé qu’au temps d’Hipparque, lorsque, pour avoir douze signes, on se décida à séparer les Pinces du Scorpion et à en faire le signe de la Balance (voy. ci-aprèsi. Une menüon échouée dans la compilation de Pline nous apprend que Cleos- Irate de Ténédos, vers la lin du vP siècle, y introduisit le Bélier
d’après les décans : divisions duodécimales sans doute, mais qui ont pu être dérivées de 12 sans emprunt direct à la Clialdéc. Quant à l'emploi des^ degrés (îj.otpaO, minutes Çkz--zi], secondes (Scûvspa \ô~-zi) en Chaldée même, c est une
question qui dépasse ma compétence.
1. Sur les mythes astronomiques et la filiation de ces mythes, voy. le recueil de textes et les savantes dissertations de C. Robert, Eraloslhenis Calaslerismorum reliquiae. Berlin, ISIS, 254 pp. in-4». On y trouve mis en regard les textes d'Ératosthène, des scoliastes d’Aratus et Germanicus, d üygin, et mention des autres dans les notes ou les Epimelra.
ciiAP, II. — l’astrologie chaldéenne
oL leSagiLlaire K On ne nous dit pas s’il empruntait aux traditions chaldéennes et si le Zodiaque se trouva dès lors complet. La division en douzièmes égaux, qui est une violence faite à la nature, ne put venir que plus tard, avec les observateurs armés d’instruments d’une certaine précision, instruments inconnus avant la dioptre encore rudimentaire d'Eudoxe L Ce qui est certain, c’est que les Grecs n’ont pas attendu d’être initiés par Bérose aux arcanes de l’astrologie pour couvrir leur ciel de ligures symboliques, dessinées avec une minutie extrême. On sait qu’Aratus de Soles, contemporain de Bérose, qui a fixé pour toujours l’iconographie stellaire, n’a fait que versifier un traité homonyme ('l>atvôpsva) composé près d’un siècle avant parEudoxe de Gnide. Or, ce guide du musée céleste indique dans quelle partie du corps symbolique, tête, cou, épaules, œil droit et gauche, etc., se trouvent les étoiles, et quelle est l’attitude de la figure, droite, couchée, agenouillée, tournée en avant ou en arrière, en dessus ou en dessous. Les astronomes grecs préparaient ainsi, sans s’en douter, toute espèce de prétextes aux spéculations astrologiques des futurs « Chaldéens » de race grecque
1. Obliquitatem {signiferi) intellexisse, hoc est rerum fores apey'uisse, Anaximander Milesius tradiliir primas 01. LVIII, signa deinde in eo CLeoslralus, et prima Arietis ac Sagittarii, sphaeram ipsam ante multo Atlas (Plin. II, § 31). G. Robert (pp. 244-245) propose de corriger /Jrima Arietis enprirnus, attendu que le Scorpion devait être connu au temps d’Homère (comme mêlé à la légende d’Orion), et que la irapôÉvoî Atxr, d’Hésiode {0pp. et dies, 256) paraît bien être la Vierge. Cléostrate, auteur d’une 'ATxpoXoyia versifiée (cf. G. Robert, p. 224), passe pour avoir introduit aussi dans le ciel les Ghevreaux (Ilygin., 13, 13-21), ce qui suppose l’existence antérieure de la Ghèvre.
2. Les anciens Ghaldéens n’en avaient pas non plus, que je sache, et dès lors tombe le roman de leurs observations si précises, au degré et à la minute. Ils ont même laissé à découvrir aux Grecs, dit-on (voy. Plin. l. c.), un fait élémentaire et de grande conséquence, l’obliquité de l’écliptique.
3. Gicéron assure qu’Eudoxe connaissait et dédaignait l’astrologie : Ad Chaldaeorum monstra veniamus, de quitus Eudoxus, Platonis auditor, in astrologia (= astronomie) judicio doctissimorum homimim facile princeps, sic opinalur, id quod scriplum reliquit, Chaldaeis in praedictione et in notatione cujusque vitae ex nalali die minime esse credendum (Gic., Divbi., 11, 42). Gettc aflirmation inspire des doutes, un ouvrage d’Eudoxe ayant pu être interpolé ou supposé par un adversaire de l’astrologie. Mais Eudoxe connaissait par Hérodote (II, 82) la prétention des prêtres égyptiens de prédire xf, Ëxaaxoî T,p.£pTi vevôixcvo; hxio'.m èyxupT,c7£'. xal oxwç xzkz'jxf<3n xal ôxoïôî xu; saxat, et c’est à quoi fait allusion Gicéron, pour qui Chaldaei signifie tout simplement « astrologues » (sauf exception, V. g. Divin.,], 1 et 41). H n’en faut donc pas conclure que l’astrologie chaldéenne était connue en Grèce au ivc siècle, ni même que les pronostics égyptiens fussent de l’astrologie (ci-après, ch. xiii). Je tiens pour
LES PLANÈTES
Nous serons plus ménagers des droits éventuels des Chaldeens en ce (lui concerne les planètes. Ne fût-ce que pour drsUnguei les phmèlês des étoiles, surtout les planètes à marche lente, .1 faut des observations longtemps continuées, et pour avoir J'
même approximative de leurs révolutions, le travail de plusie générations est nécessaire. Les philosophes grecs, ®
et improvisés, ne pouvaient qu'emprunter aux vieux peuples d'alentour les données sur les(iuelles ils édifiaient -
cosmographiques. Démocrite savait qu il y avait cto
mobiles, mail, au dire de Sénèque •, il n'en nombre, ni la marche; ce qui — soit dit en passant , suspecte d'anachronisme la fameuse octave musicale des spheie de Pylhagore. Platon connaissait les planètes ; mais, toutes les provinces célestes étaient pourvues de noms mythologiques, les trois planètes supérieures restaient encore des astre anonymes. C'est Eudoxe le premier qui, toujours suivant . eni^que, . rapporta d'Égypte en Grèce » des tables de mouvements
** A.U temps de Sénèque, Babylone et la Chaldée n'étaient plus que des souvenirs, et l'Égypte, encore active et vivante, .avait tait prévaloir, grâce surtout aux faussaires alexandrins, ses ProUmtions â la priorité en matière de civilisation. Égyptiens et Chaidéens sont des noms tellement permutables, quand il s agit d’astrologie, que nous pouvons sans scrupule substituer ceux-ci à ceux-là, ou, pour tout concilier, entendre qu’Eudoxe rapporta d'Égypte des notions qui y avaient été importées de Chaldée.
Quel pouvait être ce butin scientifique, qui arriva sans doute à point pour aider Platon à construire sa cosmogonie? Probablement ce que les Grecs ne pouvaient pas improviser, des données certaines sur la marche tantôt directe, tantôt rétrograde, des planètes et sur la durée de leurs révolutions. C’est de là que Platon -ou peut-être avant lui les Pythagoriciens ont tiré l’ordre des
des Grecs avérés les « Chaldeens » qui, au dire de Cicéron {Divin. Ibyi2), enseignaient vim quamdam esse sif/nifevo in orbe, qui qraece Zwoix'-to? dicilur.
l Son., Q. Nat., VU, 3. Texte cité ci-dessus, p. 1-4, 2.
2. Voy. ci-dessus, p. S2, en note. Aristote {Meleor., 1, 6) cite aussi les A’véTTT'.o'. à propos d'occultations d’étoiles par des planètes.
3. Encore un problème insoluble, et toujours <à cause des inévitvables Egyptiens, dont les scoliastes et commentateurs font les instituteurs de tous les Grecs qui se sont occupés de « mathématiques », à commencer par Tbalés Pythagorc et autres. Phaton aussi est un élève des Égyptiens . I orphyre (ap. Stob., EcL, II, 1, 42, p. 38C.J était persuadé que Platon avait appris
CUAP. 11. — l’astrologie CllALDÉENiNE
planôles le plus anciennement connu et accepté en Grèce, par application d’un principe très simple, à savoir que les distances des planètes à la Terre doivent être en rapport direct avec la durée de leurs révolutions. La Lune était au bas et Saturne au haut de l’échelle.
Il n’est pas sêr que ce principe de pure mécanique n’ait pas dépassé l’intelligence des Chaldéens et des Égyptiens, à qui on ne manqua pas d’attribuer par la suite les dispositions adoptées par les philosophes et astronomes grecs, en vertu de cet autre principe, que les Égyptiens et Chaldéens avaient tout inventé. On a vu plus haut (p. 41, 1) que les Chaldéens rangeaient les planètes en séries dont la raison nous échappe, peut-être par ordre de dignité ou de grosseur présumée. En Égypte, abstraction laite du Soleil et de la Lune, on a trouvé pour les cinq planètes jusqu’à huit arrangements difterents, dont aucun n’est conforme à l’ordre des distances L Ne serait-ce pas que la notion de distance était
l’astrologie, avec horoscope, aspects et tout ce qui s’ensuit, auprès des « sages Égyptiens » (xwv irato’ Atyuiïxion; aoeswv). On ne peut se dépêtrer de ce fouillis de légendes, si l’on consent à y entrer : il faut faire table rase, en se souvenant que les astrologues avaient un intérêt inajeur à s’appuyer sur une tradition antique, et à ne pas avouer que, cette tradition, ils la fabriquaient cux-niêines.
1. Voy. Brugsch, Thésaurus, I, pp. 64-79. Sur quatre tables de planètes des XlXo et XX“ dynasties (A B C Ü), on trouve la série Ç c? b ZT 1 sur une cinquième (D^), la série Ç $ b c?- à l’époque gréco-romaine, désordre complet : à Edfou (E) : 2T b 9 d' ? 1 ù Denderah (F G) : 9 Z/’' d* b ; à
Dendei’ah encore (11 Zodiaque circulaire) : ZT 9 c? b î sur un sarco-
phage (I) et un papyrus (K), l’ordre ancien : Ç ^ ï) 1^. k moins de soutenir que les prêtres laissaient faire les scribes et artistes, mais gardaient par devers eux des systèmes secrets qu’ils ont transmis aux Grecs, comment prendre au sérieux les textes classiques, qui sont ici plus confus et plus contradictoires que jamais? Résignons-nous à administrer encore une fois les preuves de l’incurie et de l’ignorance de nos auteurs. Soit le système qui a fait loi depuis le temps d’Hipparque, c’est-à dire la série 'C ^ 9 O d* Z/^ b- Théon de Smyrne, qui le trouve exposé dans le poème astronomique d’Alexandre d’Étolie — un contemporain d’Aratus, — le croit pylhaqoricien (Théo Smyrn., pp. 138-140 Ililler). Macrobe {Somn. Scip., I, 19, 2), qui le dit adopté par Cicéron et Archimède, remarque que c’est le système des Chaldéens, et qu’il ditîèrc de celui des Égyptiens adopté par Platon (C O 9 ^ d* 2)^ b)- Proclus est du même avis : le système qui met le soleil au milieu des planètes est une hypothèse des paO-ri pavixo ( {hi Tim., p. 257 F) ou une révélation des théurges chaldéens (Procl. in Anal, sacra de Pitra, V, 2, p. 69). Ptolémée {Almag., IX, 1), qui l’attribue xoî; -::a>va'.ox£pot;, n’y contredit pas, et les assyriologues qui pensent avoir retrouvé la dite série à Borsippa (ci-dessus, p. 41, 1) tiennent le fait pour avéré. Cela n’empêche pas le retour olfensif des « Égyptiens », ramenés à la charge par leur compatriote, l’Alexandrin
l’ordre des planètes
étrangère aux anciens Chaldéens et Égyptiens? Allons plus loin. Ne serait-ce pas que cette échelle de superposition, dont la science grecque a séparé les échelons par d’immenses intervalles, allait directement contre le postulat nécessaire de l'astrologie, qui supposait un contact immédiat des planètes entre elles et des planètes avec les étoiles fixes, celles-ci leur servant de troupeaux, de maisons ou reposoirs, de fiets diversement qualifiés? L’astrologie a été imaginée par des gens qui croyaient tous les astres, fixes et mobiles, à la même distance de la Terre, ceux-ci circulant au milieu de ceux-là, échangeant entre eux leurs sympathies et leurs antipathies, combinant leurs influences, se guettant, s attendant, se dépassant, se visant de tous les points de la roule, suivant les règles d’une étiquette et d’une balistique qui deviennent un comble d’absurdité, transportées dans le monde dilaté et étagé par la science astronomique. Ce qui nous étonnera le plus au cours de cette étude, c’est ([ue la foi astrologique ait pu sMmplanler en Grèce et y résister à la constatation de jour en jour plus évidente des sacrifices quelle imposait à la raison ‘. Ueli-
Achille Talius. Et celui-ci parle comme uo homme renseigné, disant qu’il y a grande controverse sur la position des planètes et distinguant soigneusement entre Égyptiens et Grecs. Or, suivant lui, en commençant la série par le haut: ■uÉtapTroî b xai:’ Alyu~Tio'Js, sxxoi; 51 /.a6 LXATjvatî (fsafiof/., 11).
De Chaldéens, il n’est plus question. Ainsi, le système donné tout à l'heure
pour chaldéen est égyptien, et le système platonicien, dit égyptien, devient hellénique ■(xaO’ Ajoutons qu’il s’agit là d’un point de première
importance, ce système à volonté pythagoricien, chaldéen, égyptien, hellénique, étant la base de la construction astrologique (et soi-disant « babylonienne ») des oîxo'. (ci-après, ch. vu) et le régulateur du système (dit égyptien) des chronocratorics, lequel a engendré l’ordonnance actuelle des jours de la semaine (dite chaldéennc)! Le besoin de la table rase se fait de plus en plus sentir. Un indice curieux, qui donnerait peut-être la clef des arrangements chaldéens et égyptiens, nous est fourni par la description cosmographique du X<! livre de la Répubiicjue de Platon, où se trouvent mêlées deux séries dilîérentes : l’une établie sur la largeur des cercles, c’est-à-dire sur la qrosseur des planètes; l’autre, sur les distances. L’ordre décroissant des grosseurs (supposées) est O C 9 c? b Proclus dit que c’était le plus ancien : A:xtt,
5’ Èxxlv T| ypxï); xf,; xaûxa xà |îâ6T, Ôiop'.Î^O'J3T,î léçswî • xsl Tj ;ièv irpoxipa xal ào/aioxîpa xot; ;xsys0îx'.v àxoXouÔcï xüv xa6’ éxisxT.v jsaTpav àxxépwv (ap. Pitra, Anal, sacra, V, 2, p. C8). Sur la correction qui a substitué l’ordre des distances à l’autre, voy. ci-après, ch. iv. La série susmentionnée d'Edfou est
conforme à l’ordre décroissant des grandeurs réelles.
1. 11 ne s’agit pas ici de la raison populaire, qui est la complaisance même et n’oppose aucune résistance au désir, surtout au désir de savoir l'avenir. Du reste, le vulgaire ne se pose pas l’objection. « Certaines gens, dit llygin {Astron., IV, 14), se figurent, quand on dit que le Soleil est dans le Délier nu dans un signe quelconque, que le Soleil chemine sur les étoiles mêmes du