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INITIATIVES INDIVIDUELLES OU GÉNÉTULIAQUES

Le système des xaxapyaJ ne pouvait pas faire indéfiniment concurrence à la généthlialogie sans qu’il se rencontrât des éclectiques pour tenter une conciliation entre les deux méthodes rivales. Les débitants d’opportunités générales ne pouvaient pas ne pas sentir le vice radical de leur système, qui supposait les destinées les plus diverses soumises au même moment aux mêmes influences Si la logique populaire était inhabile à démêler le sophisme, ils devaient au moins redouter le mépris de leurs doctes confrères les généthlialogues. Ceux-ci, de leur côté, à force de préciser leur dogme de l’instantanéité de la frappe fatale et d’éliminer toutes les influences subséquentes, vivaient en lutte perpétuelle avec le sens commun. Ils avaient pour eux la métaphysique stoïcienne, la doctrine de la fatalité et de la prédestination ; mais ils avaient contre eux la physique, dont Ptolémée se réclame si souvent. La physique ne connaît que des effluves actuels, des actions immédiates et successives. La Lune ne soulève pas les marées une fois pour toutes : elle les règle au fur et à mesure par sa marche. Aussi arrivait-il à certains généthlialogues de se relâcher de la rigueur de leur dogme et de consentir à prolonger leurs observations quelques jours après la naissance De même, les professeurs de xaxapyaî universelles ensei-

1. L’auteur du K a p •rr ô ç {Cenliloq., § 6) déclare que xôxe Ô9e)v£'. t, èittXoyï, xüv T,p.£püv xal xüv wpoffxÔTtwv, oxô éffxîv ô xatpôî eûÔexoî à — ô xoG yeveOXiou. El yâp svavxloî èaxlv, où XuffixaXTjffîi,, si xaya xal ~poi ayaO^v à»opà £x.6a5tv.

2. Du moins en ce qui concerne la Lune : nam et primas dies et terlius eadem simili ratione decernit, septimus etiam et undecimus per Lunam tolius vitae subslanliam demonstrat. — {Lunam) et primo nalalis die tractanles genituram et tertio rursus die diligenter dehemus inspicere, etc. (Finuic., IV, 1, 1 et 10 Kroll). Il recommande de voir si per vacuum currens tertio nalalis die a Marie vel Salurno pulsata, etc. (IV, 8, 1 Kroll). 11 a dit du reste plus haut ; in

CHAP. XIV. INITIATIVES aÉNÉTHLIAnijES

gnaient que pourtant la xaiapyr] par excellence, la géniture, modifiait dans une certaine mesure le pronostic à tirer des positions actuelles des astres. Il y avait un terrain de conciliation (jue les éclectiques surent découvrir, 11 sulfisait d’ordonner les chronocratories zodiacales ou planétaires en séries commençant à la naissance, ayant, par conséquent, un point de départ différent pour chaque individu. Vu la régularité mathématique des mouvements célestes, la correspondance des positions futures des astres avec les phases de l’existence dépendait de ce premier moment, et les généthlialogues avaient à peu près satisfaction : d’autre part, ces positions, qu’il était possible de prévoir en bloc, n’en exerçaient pas moins successivement leur influence, et les partisans des /.axapyat n’avaient plus rien à réclamer ’.

Les astrologues ont dû être mis sur la voie par les divisions, septénaires et autres, par lesquelles les philosophes, physiolo-

omnibus genituris cursum Lunae te servare conveniel, nec tanlurn eodem die quo natus homo prima vestigia lucis ingreditur, sed diligenti ratione perquirere etiam tertio die debemus. Nam et tertio die, sicuti primo, omnia simili ratione decernit (III, 14, 10 Kroll), et il a montré comment Albinos avait subi les persécutions de Mars, parce que tertio die Luna in Leone constituta de diametro se plena lamine Martis radiis impegit ; et hic enim dies, id est tertius, plurimum inmodum in genituris oper atur {Yumic., Il, 29, 16 Kroll). De même, Manéthon dit que ce qui décide de l’élevage d’un enfant, c'est le signe dans lequel la Lune entrera le troisième jour (w evi ôti xeîvti xpixâT t^v £iuv{(T£xai T,w. VI, 108-111). D’où est venue cette retouche à la doctrine fondamentale de la généthlialogie, qui ne doit considérer que le moment précis de la naissance ? Firmicus donne pour raison que eo die nato homini primum immulgentur alimenta nutricia (III, 14, 10), ce qui s’accorde bien avec le genre de pronostic tiré par Manéthon, mais non avec la totius vitae substantia de Firmicus lui-même. C’est probablement un débris d’un système général, qui établissait la « maîtrise de la géniture » (ci-dessus, p. 406, 2) d'après le signe que la Lune devait occuper après celui où elle était lors de la naissance. Or, la Lune met 2 jours 1/2 à franchir l’espace d'un signe et se trouve dans le suivant au troisième jour. Ce système pouvait être lui-même une restriction et adaptation d’une méthode recommandée encore par Ptolémée pour les pronostics météorologiques : x-hv 6è tsthipry xtipt,xeov èv xaîîTtpôxp’. üv IjjXEpwv ■() [jLExà xpEÏs T([XEpaç TcapoSotç xwv XE auvd5ü)v xal -avas- Xrivwv xal di/oxop-wv [Tetrab., II, 13, p. 102 Junct. Cf. Il, 12, p. 101 ; lo. Lj’d., Ostent., 9). Comme on ne s’occupe plus de la vie intra-utérine, on a laissé de côté les 3 jours avant la naissance et recommandé l’observation des 3 jours apres.

1. S. Augustin, sans distinguer nettement entre les deux méthodes, a bien senti qu’elles superposaient comme deux ordres de fatalité. Jam illud quis ferat, quod in eligendis diebus nova quaedam suis actibus fata moliuntur 11 estime qu’il y a contradiction, et que cette fatalité née de choix volontaires supprime l’autre, celle de la généthlialogie [Civ. Dei, V, 7).

CHRONOCRATORIES ZODIACALES

gistes et médecins scandaient la vie humaine ; ils n'ont eu qu’à substituer des causes célestes à celles que l’on ne connaissait pas et à remanier à leur gré les périodes.

Manilius, notre plus ancien témoin, s’étant interdit de parler des planètes, le système le plus ancien que nous connaissions pour les chronocratories individuelles est purement zodiacal; c’est la dodécaétéride génélhliaque on « chaldaïque » *. Manilius va enseigner comment il faut « rendre aux signes les temps qui U leur appartiennent et qui, divisés entre eux, se déroulent dans « des années qui leur sont propres, ainsi que les mois, les jours « et les heures des jours durant lesquels chacun d’eux manifeste « ses forces principales » ^ C’est, en périphrase, une délinition de la domination personnelle et limitée ou chronocratorie des signes. La série commence par le signe dans lequel se trouvait le Soleil au moment de la naissance, le signe qui réglait aussi la durée de la vie Celui-ci garde un an la chronocratorie, qui passe ensuite, de signe en signe, dans l’ordre connu. Dans l’intérieur de ce cycle, les mois sont dominés par une autre série de signes, (|ui a pour point de départ le signe occupé par la Lune dans le thème de géniture L Les jours ont pour chronocrators une troisième série de signes, qui commence au signe horoscope Enfin, l’horoscope est également le point de départ d’une quatrième série de signes, qui dominent les heures ®. On obtient ainsi une trame liariolée

1. Quae vocatur dodecaeteris ex annis verleniibus duodecim. Unie anno Chüldaico nomen est, quem genelhliaci non ad solis lunaeque cursus sed ad observaliones alias habent adeommodalum, quod vi eo dicunl tempeslales fruqumque proventus ac sterilitales, item morhos salubritatesque circumire (Censoriii., 18, 6-7). Censorinus, parlant d’années tropiques {vertentes) qui ne se règlent pas sur le cours du soleil et de « généthliaques » qui font des prédictions météorologiques, a bien l’air de parler de choses qu'il sait par à peu piés. Letronne (op. cit., p. 498) songe à une période réglée sur la révolulion de Jupiter. G est une hypothèse mort-née : Jupiter n’est pas un régulateur universel, et, au surplus, il ne s’agit pas ici de planètes. En astrologie, toute construction duodécimale est réglée sur les signes.

2. Manil., Ill, 610-513. L’exposé du sj’stème va jusqu’au v. 339.

3. Ci-dessus, p. 404. Primas erit signi quo Sol effulserit nn/n/s (Manil., 111,314).

4. Lima dabit menses, peragit quod menslrua cursum LManil., Ill, 517).

3. Tiitelaeque suae primas horoscopos horas \ Adseril alque dies, Iradilque sequentibus astris (.Manil., 111, 518-519).

6. Ce système, relativement simple, apparaît très nettement dans le texte de Manilius, quand on le lit après avoir renvoyé dos à dos Scaliger (pp. 236- 260) et Saumaise (pp. 244-248), qui, quoique en parfait désacconl, s'obstinent tous deux à introduire les planètes dans le système purement zodiacal de .Manilius et prennent leurs raisons dans toute espèce de théories différentes. Ce sont des vs:peXifiy£p£Tai. Le tableau de la dodécaétéride dressé par Scaliger

dans laquelle « les maux sont entrelacés aux biens, où les larmes « suivent les désirs satisfaits, et où la Fortune ne garde pas pour « tous la même teneur ». Sur chaque heure pèse la quadruple influence des chronocralors horaire, quotidien, mensuel, annuel, hiérarchiquement étagés et probablement dominés tous quatre par l’hégémonie, continuée durant douze ans, du premier chronocrator annuel, devenu le chronocrator général de la dodécaétéride ou plutôt chronocrator perpétuel *.

Cet ingénieux système fait part égale, ou à peu près, entre les partisans du signe solaire et du signe horoscope. Il doit dater d’une époque où les deux théories généthliaques étaient en balance. Mais on sait que le signe horoscope finit par l’emporter. Aussi Manilius connaît et place en seconde ligne un système ramené à l’unité, dans lequel le signe horoscope est le point de départ unique des quatre séries. Cela n’empêchait pas, mais rendait autre le mélange des séries se déroulant avec des vitesses inégales “. D’une façon comme de l’autre, chaque individu a son

(p. 256), avec ses séries discontinues — négation du principe même du système — est à rejeter. Il faut des séries continues, et il en faut une pour les années, une, autre pour les mois. Il y a, à cette méthode, un perfectionnement qui menace d’en déranger l’économie : Alii in diurna genilura a Sole {sumunt exordium), in nocturna a Luna, et habet rationem (Firmic., H, 27, 4). Ceci, il est vrai, à propos d’une mixture de chronocratories zodiacales et planétaires comme les aime Firmicus. On retrouve le cycle duodécennal au fond de l’Orient, en Corée. Voy. le Guide pour rendre propice l’étoile qui garde chaque homme, etc. (trad. Hong-Tyong-Ou et H. Chevalier, Ann. Mus. Guimel, XXM, 2 [1897], pp. 79-123.

1 . Le chronocrator perpétuel est le « signe généthliaque » : il représente la

part faite dans le système à la généthlialogie. Je ne sais si Manilius s est aperçu qu’il avait déjà introduit des y.xTapya; dans le thème de géniture conçu comme cycle des (ci-dessus, p. 297). A propos de la Xll*^ case, il

dit : Mac in parle dies et momenla dabuntur pour les opérations lucratives (.Manil., 111, 154).

2. Quodnunc ilia nimis properant, nunc ilia morantur (111, 556). Difficile est in idem tempus concurrere cuncta, \ Unius ut signi panier sil mensis et annus (111, 548-549). Le second système est celui de Paul d’Alexandrie : lUpî èviau- TOÛ xal [jlïiv6; x>l f|p,épa<: (Q 1). Seulement, Paul se place au point de vue professionnel et enseigne la manière de calculer dans quelle année, mois, jour et heure de son cycle individuel se trouve, par exemple, un client âgé de vingt-six ans. Ce n'est plus de la théorie, mais de l’application. En outre, il surajoute au système zodiacal la considération des planètes maîtresses (x-upiot) des signes, perfectionnement qui achève d’embrouiller la question. Les chronocratories comptées du signe horoscope sont indiquées aussi dans iMrmicus : Annum antem facillirnis ralionibus invenimus ; nam ab horoscope semper sumi exordium, et primus annus erit in quo est horoscopus conslitulus, ^^ecundus in secundo signe, tertius in tertio, et sic ceteri per ordinem (II, 27, 3 Kroll).

CHRONOCRATORIES PLANÉTAIRES

calendrier à lui, dont les séries d’années, de mois, jours et heures sont numérotées à partir de l’année, mois, jour et heure de sa naissance.

Mais les combinaisons purement zodiacales, les plus enfantines de toutes, n’étaient pas en crédit auprès des astrologues sérieux : ceux-ci pensaient avec raison que, sans les planètes, le Zodiaque n’existe pas. Les chronocratories zodiacales ne pouvaient manquer d’être évincées par des chronocratories planétaires L Le difficile était de trouver un principe qui permît d’ordonner en un système plausible, raisonnable au moins d’apparence, ces pièces mouvantes dont chacune avait sa révolution propre et marchait indépendante » des autres. Allait-on prendre dans le thème de géniture la position de chaque planète et constituer à chacune d’elles un cycle à part, calculé pour toute la durée d’une existence humaine? Non seulement les fabricants de systèmes n’en étaient pas capables, mais ce n’était pas là le but qu'ils visaient. 11 leur fallait des chronocrators de périodes limitées, qui pussent se recommencer; et, dans l’intérieur de ces périodes, des chronocrators d’années, mois, jours et heures; un seul pour chaque laps de temps, le mélange indispensable étant obtenu.

Je laisse aux commentateurs de Manilius le soin d’expliquer un passage dont ni Scaliger, ni Saumaise ne sont venus à bout : Venil omnis ad astrum \ Hora die bis, mense dies semel, unus in anno \ Mensis, et exactis bis sex jam mensibus annus (tll, 545-547). On comprend très bien que l’heure « rejoigne son astre » deux fois par jour (12 signes pour 24 h.); de même, le mois une fois l’an (12 signes pour 12 mois), et l’année une fois dans le cjxle dodécaétérique. Mais le « jour rejoignant son astre une fois par mois »? Scaliger (pp. 261- 262), empêtré dans ses planètes, veut que ce soit la rencontre d’un même jour de la semaine (jour de la naissance, commençant à l’heure de la naissance) avec un même signe (horoscope), ce qui ne peut se produire qu'au bout de 12 semaines. Il conclut que Manilius s’est trompé. Saumaise (p. 248) croit qu il s agit du même jour de la Lune, chose très simple, et daube sur Scaliger. Il oublie que 1 « astre » est ici un signe du Zodiaque, et que la Lune revient au même signe du Zodiaque en 27 j. 7 h. 43', et non pas en un mois ou douzième d année solaire, comme l’entend Manilius. Il y a là une erreur qu’il faut laisser pour compte à Manilius, ou, en tout cas, expliquer sans recourir à la semaine, laquelle n’a rien à faire ici.

1. Celles-ci sont les chronocratories que les auteurs arabes et les astrologues de la Renaissance appellent les fridariae ou ferdariae planelarum, un mot persan ou arabe, auquel Saumaise se chargerait volontiers de trouver une origine grecque : vox depravata ex Graeco “cpioSâpiov qiiae u.txpx^ reptoSov signifient (p. 237). Le sens du mot est très bien défini par Haly ou son traducteur . Est autem tridaria seu ypovoxpaveia certus quidam annorum terminus et notas, in quo planeta gubernans vitarn nati dat et infert et bonmn vel malum pro sui natura (VI, ch. iv).

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