DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC
comme nous l’avons définie, une combinaison de la magie et de l’astrologie La magie pure est un chaos inattaquable à la raison raisonnante : essayons de voir si l’astrologie y a introduit une discipline quelconque.
L’astrologie a fourni d’abord le diagnostic. Néchepso, au dire de Firmicus, avait examiné de très près le contour du Zodiaque, noté les parties de signes, étoiles et nébuleuses, susceptibles de produire des maladies et infirmités, selon que, dans le thème de géniture, la position des luminaires ou celle du VI® lieu, consacré à la santé, se trouvait correspondre à des signes affectés de certaines maladies, à des degrés mal notés, vides, etc. Les décans avaient été examinés de même, par Néchepso ou par d’autres après lui, et de même les planètes. Signes, décans, planètes étant mis en correspondance avec les diverses parties du corps humain, on savait au juste de qui provenaient les infirmités et maladies de ces organes, produites par excès ou défaut d’intluence des signes, décans, planètes, considérés soit comme pièces posées sur l’échiquier du thème de géniture, soit comme
1. C’est ici surtout que s’applique le mot de Tertullien ; rnagi et aslrologi (ib oriente venerunt : scimus magiae et astrologiae inter se societatem (Tert., De idoloL, 9). Les astrologues ont évidemment trouvé une iatromagie toute faite : ils n’ont eu 'qu’à l’accommoder à leur système. Pline, analysant les causes de l’incroyable succès de la magie {fraudulentissima artium in toio terrarum orbe plurimisque saeculis valuit), explique qu’elle a enserré l’esprit humain dans une triple chaîne, le tenant par la médecine, la religion et la divination sous forme d’astrologie. Elle a commencé par la médecine, puis s’est ajoutée aux religions, et enfin elle a mêlé au tout mathematicas artes, nullo non avido fiitura de sese sciendi atque ea e caelo verissime peticredente. Ita possessis homimim sensibus triplici vinculo in tantum fastigi adolevit ut hodieque etiam in magna parte gentium praevaleat et in Oriente regum regibus imperet (Plin., XXX, § 2). La phrase de Pline s’applique encore aujourd’hui, et littéralement, à l’astrologie pratiquée en Orient, aussi religieuse et aussi magique qu’autrefois. Psellus, distinguant la yot\-ztix, ou Part d’évoquer les démons, de la [xayeia, dit que celle-ci comprend, entre autres choses, l’astronomie (astrologie) entière (pp. 40-41, éd. Boissonade). On sait que « .Mages » et « Chaldéens » ont été des termes synonymes, ce qui entraîne la synonymie de « magiciens » et « astrologues ».
2. Firmicus (VIII, 3 Pruckner, cf. ci-dessus, p. 531, 1) atïirmc que le divin Néchepso a examiné le VI® lieu dans sa correspondance avec le Zodiaque, et aussi les Décans — per ipsos decanos omnia vitia valetudinesque collegit, ostendens quam valetudinem quis decanus efficeret, — md\% avec une obscurité voulue, qui laisse beaucoup à faire au bon Firmicus. On nous dit d’autre part que le roi Néchepso avait écrit un livre « contenant quatorze traitements [ou un XIV® livre contenant les traitements : cf. ci-dessus, p. 320, 1] du corps entier et de tout mat, par signe, au moyen des pierres et des plantes » (Ilarpocr. in Revue de Philologie^ II, pp. Il et 75, éd. Ch. Graux).
5IH ClIAP. XV, LA MÉÜECINE ASTKOLOGIQL'E
clironocraLors universels ou individuels ^ Il suüit d’indiquer ce conglomérat de causes sur lequel nous nous considérons comme suffisamment édifiés.
Le même système de correspondance, appliqué aux trois règnes de la nature, fournissait les éléments de la thérapeutique. Les astrologues avaient le choix entre deux façons au moins d’entendre la thérapeutique : une à la fois magique et scientifique qui consiste à opposer à une influence nocive une influence antagoniste; l'autre, magique aussi et surtout religieuse, qui considère l’auteur occulte de la maladie comme seul capable de la guérir en cessant de la causer, ce à quoi il faut ou le décider ou le contraindre. Il est probable que nos magiciens n’ont pas opté, toute idée claire invitant à raisonner et tout ce que gagne le raisonnement étant enlevé à la foi Ils pensaient confusément, je suppose, que, si l’astre « maître » d’un organe y cause des maladies, c’est plutôt par malaise personnel et défaut d’influence; si bien que l’on obtient la guérison en y apportant, au moyen de pierres ou plantes imprégnées des effluves du même astre, le supplément d’énergie sympathique qui avait fait défaut. Tous
1. C’est bien l’astre correspondant à l’organe qui rend celui-ci malade ; ÉVaaxov ouv xwv ÇojSÎwv û-irip/ei x6 l'Siov [xéloi;, ital àxoxeîvEÏirepi aùx6 iidOoî xt (Herm. in Anal. sacr.,\, 2, p. 285 Pitra). Mais comment? L’astre molestet-il l’organe qu’il devrait protéger, ou bien ses malaises à lui se répercutentils par sympathie sur son client ? Le Trismégiste s’arrête à ce dernir parti. 11 enseigne qu’un organe est infirme parce que, au moment de la conception ou de la naissance, son patron céleste a été assailli par le rayon d’une planète malfaisante (xoü Seff-xôÇovxo; aùxoü àtixépoî xaxw6Évxoî, ap. Ideler, 1, pp. .387 et 430). La généthlialogie rend compte des infirmités (aivx) - vilia). Pour le diagnostic et la thérapeutique des maladies (voao'. - moi-bi - valeludines), le Trismégiste suit le système des xaxap/ai. C’est une combinaison ingénieuse et, au point de vue astrologique, très raisonnable des deux méthodes.
2. 11 y avait aussi des allopathes et des homœopathes dans l’antiquité, secundum physicos, qui morbos aut a contrariis aul a similibus asserunl jwsse depelli (Serv., Ecl., X, 65). Cf. ci-dessus, p. 519, 1, et la note ci-après.
3. Firmicus pense que Néchepso a fondé sa thérapeutique sur la lutte contre les auteurs des maladies : quia nalura alia naiura vincilur et quia deum fréquenter alius deus vincit, ex contrariis naluris et ex contrariis potestatibus omnium aegritudinum medelas divinae ralionis magisteriis^ invenit. C’est une pharmacopée révélée par des dieux supérieurs, de?, sécréta quae divini veteres cum maxima trepidatione dixerunt (firm., loc. cit.), recueillis xapa asiaî tpwvfjî (Ilarpocr., loc. cit.). Il y avait de quoi « trembler » à faire lutter des dieux contre des dieux. Harpocration fait entendre, au contraire, que Néchepso avait choisi — et très bien choisi — les pierres et plantes d’après leur « sympathie naturelle » avec les astres qui les produisent et les remplissent de leurs effluves (ibid., pp. 75-76). La sympathie unit les trois données ; l’astre, l’organe à guérir, le remède.
LA TIIEHAPELTIQÜE
les remèdes employés sont donc considérés comme ayant des allinités naturelles avec les organes malades par l’intermédiaire des astres. Si naturelles que fussent ces vertus curatives, le plus sûr était encore de les aider par une formule d’incantation appropriée. L’auteur qui recommande cette précaution, à propos de plantes et au moment où on les cueille, est le môme qui vient d ébaucher une théorie (juasi-scientilifjue pour expliquer comme quoi les plantes des pays froids ont moins d’efficacité que celles des pays chauds L II y a place pour tout, sauf pour la logique, dans ces cerveaux encombrés.
Ceux qui n’ont pas rompu tout à fait avec la médecine ordinaire composent des ordonnances, pèsent et mélangent des drogues, font absorber des potions et poser des emplâtres. L’astrologie leur enseigne seulement le choix des médicaments et la manière d y incorporer ou de n’en pas laisser échapper les vertus spécifiques émanées des astres. Harpocration raconte qu’après avoir appliqué sans succès aucun les recettes de Néchepso, y compris sa « boulette solaire » il avait pris le roi pour un hâbleur ; mais le dieu Asklépios, évoqué par un prêtre thébain, lui avait expliqué comme quoi Néchepso ne s’était nullement trompé dans le choix de ses drogues; il lui avait man({ué seulement de connaître « les moments et les lieux où il faut recueillir les plantes ». 11 y avait là des opportunités, des xatapyaî à observer. Soit, par exemple, la ciguë, plante produite par les effluves de Mars. Celle d Italie est un poison, parce que l’Italie est sous le Scorpion, domicile de Mars ; au lieu qu’en Crète, où l’influence de Mars est atténuée par celle du Sagittaire, la ciguë est un aliment. Voilà pour le Heu : il faut connaître la chorégraphié astrologique. Quant au moment, il y a diverses conditions d’opportunité. D’abord, la saison. Quand le Soleil est en utj/wjjia dans le Bélier, il exalte les vertus de toutes les planètes », et sans doute qu’il exalte les