‹ L'astrologie grecqueChapitre 302 sur 360 · Cf. A. Swoboda, Quaestiones Nigidianae (Diss f 056 / 3cl · texte numérisé non relu

Cf. A. Swoboda, Quaestiones Nigidianae (Diss f 056 / 3cl

dLs la karsale, Figulus donne une consultation astrologique (l, qq-)-

ASTROLOGUES ET HARUSPICES

mot, et c’est à eux surtout que profitèrent les graves débats institués à ce propos sur la destinée de Rome, la durée probable de son existence passée et future, le renouvellement possible de toutes choses par une échéance ultime, peut-être celle de la « grande année » astrologique, échéance à laquelle les Stoïciens avaient attaché leur àr.oy.ï-.i'jzoL'ji^ ou « restauration » de l’univers. L’héritier de César choisit l’explication la plus conforme aux traditions littéraires et la plus propre à établir le système de l’apothéose dynastique : il « voulut que la comète fût l’âme de son père » ' ; mais il ne lui déplaisait pas que les haruspices ^ ou des oracles sibyllins ^ annonçassent l’avènement d’un nouvel ordre de choses. Il gardait par devers lui l’idée que cet astre était aussi son étoile à lui, l’horoscope de la nouvelle naissance qui le faisait fils adoptif de César L’astrologue qui lui procura cette « joie intérieure >> était probablement ce Théagène qui était déjà le confident et qui devint par la suite presque le collaborateur du maître. C’est à l’astrologie, en eflet, que Auguste demanda une preuve, assurément originale, de la légitimité de son pouvoir. « 11 eut bientôt, dit Suétone, une telle confiance dans sa destinée, « qu’il publia son thème de géniture et frappa la monnaie d’ar- « gent au signe du Capricorne, sous lequel il était né »

En ce qui concernait la comète de l’an 44, l’événement donna raison à tout le monde, à ceux qui glorifiaient César et son fils adoptif comme à ceux qui annonçaient, au nom des doctrines toscanes, un « siècle » nouveau, ou, au nom de l’orthodoxie astrologique, des bouleversements et guerres sanglantes. Si les époques de crise, en déroutant les prévisions rationnelles.

1. Ipse animam palris esse voluit (Serv., Ecl., IX, 47) — quod sidus Caesaris piitatum est, Auquslo persiiadente (Serv., Aen., VIll, 681). — Julium sidus (Ilor., Od., I, 12, 47). — Le texte des Mémoires d’Auguste dans Pline, II, § 94.

2. On connaît la scène tragique — ou comique, si elle était convenue — jouée in conlionc par l’haruspice Volcatius (Serv., EcL, IX, 47).

3. Cf. Virg., EcL, IV, 4 : Ullima Cumaei venit jam carrninis aelas : \ Maqnus ab inteqro saeclorum nascitur ordo.

4. Après avoir cité le passage susvisé des Mémoires d’Auguste, Pline ajoute : haec ille in publicum. Inleriore gaudio sibi ilium [comelen) natum seque in eo nasci inlerprelalus est (Plin., II, § 94).

5. Suet. Aug., 94. Le jeune Octave et Agrippa avaient déjà consulté le « mathématicien Théagène » à Apollonie, avant la mort de César (Suet., l. c.). Sur le Capricorne horoscope de la « conception » d’.Auguste, voy. ci-dessus, pp. 146, 1. 369, 1. 373, 2. 439, 3. L'astrologie apportait au régime impérial un appui en accréditant l’idée que les empereurs étaient prédestinés — de toute éternité — à l’empire. Cf. Fr. Cumont, L’éternité des empereurs romains (dans la Rev. d'Ilist. et Litt. relig., I [1896], pp. 435-432).

550 CHAP. XVI. — l'astrologie dans le monde romain

poussent au fatalisme et à la superstition, les Romains durent faire, entre les Ides de mars 44 et la bataille d’Actium, de rapides progrès dans la foi aux sciences occultes. Cette foi, l’astrologie et l’haruspicine se la disputaient à chances à peu près égales. L’une avait pour elle son antiquité; l’autre, sa nouveauté. Les Grecs étaient bien ingénieux, mais les Toscans étaient bien habiles. Inférieurs à leurs rivaux quand il s’agissait de tracer le plan de toute une vie, les haruspices reprenaient l’avantage dans le détail de l’existence, surtout en présence de ces avis surnaturels appelés « prodiges », pour lesquels il n’y avait point de place dans les « mathématiques » *. Aussi se trouva-t-il des amateurs pour essayer de comparer et peut-être de combiner les deux disciplines. C’est ce que faisait déjà Nigidius P’igulus, et Varron, qui savait tout, était homme à tout mélanger. Son ami et l’ami de Cicéron, Tarutius de Firmum, l’astrologue éminent qui fit et refit le thème de nativité de Rome devait être — son nom l’indique — un Toscan dont la curiosité avait dépassé les ressources de l’haruspicine. Il y a eu à Rome contact, rivalité, adultération réciproque entre la divination étrusque et l’astrologie, sans qu’on puisse dire au juste dans quelle mesure elles ont réagi l’une sur l’autre. Rappelons seulement qu’elles se rencontraient nécessairement sur des domaines communs, par exemple, l’interprétation des foudres et autres phénomènes « célestes » et la localisation des influences divines ou astrales dans les viscères \

Sous le principal d’Auguste, l’astrologie est décidément à la mode. Tout le monde se pique d’en avoir quelque teinture, elles écrivains multiplient des allusions qu’ils savent devoir être comprises même des gens du monde. Jamais les astres n’ont tenu tant

1. Qu’on imagine un astrologue consulté sur le coup de foudre qui enleva la lettre C au nom de CAESAR sur le piédestal d’une statue d’Auguste : auraitil jamais trouvé la réponse que firent les haruspices? Responsurn est cenlum solos dies posthac victurum, quem numeriim C lillera nolarel, futurumque ut inter deos referretur, quod AESAR, id est reliqua pars e Cae^aris nomine, Etrusca linqiia deus vocaretur (Suet., Aug., 97). Même 1 interprétation des comètes, considérées comme « foudres », revenait plutôt aux haruspices qu aux astrologues. Cf. ci-dessus, pp. 362-364.

2. Voy. ci-dessus, pp. 368-369. Dans la légende d Hercule, le Tarutius ou Carutius qui épousa Acca Larentia est appelé Tuscus (Macr., Sat., I, 10, 17).

3. Sur les divinités du temple hépatique, voy. art. Haruspices, p. 23. Polyen (IV, 20) appelle Xa7v5aïoî p-âvxK: et Strabon (XVI, p. 739) classe parmi les mathematici chaldéeus l’haruspice Sudines, qui consulte le foie des victimes pour le compte d’Attale. La concurrence tournait au détriment des haruspicesi

VOGUE LITTÉRAIHE DE l’aSTKOLOGIE

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de place dans la littérature. Le catastérisme ou translation dans les astres, suivant la formule alexandrine, devient la conclusion normale de quantité de légendes et la forme ordinaire de l’immortalité promise aux grands hommes*. On retouche les portraits des devins épiques, des Mélampus, des Tirésias, des Calchas et des Hélénus, pour leur attribuer « la science des astres », sans laquelle ils eussent paru au-dessous de leur réputation En fait d’astronomie, l’auteur des Géorrjiques est hors de pair : mais Horace lui-même met une sorte de coquetterie à montrer qu’il est quelque peu frotté d’astrologie. Ce n’est plus un fidèle d’Apollon, mais un disciple des Chaldéens qui se classe lui-même parmi les « hommes de Mercure », qui félicite Mécène d’avoir échappé par la protection de Jupiter à l’influence meurtrière de Saturne, et qui, dérouté sans doute par le désordre du calendrier avant la réforme julienne, se demande s’il est né sous la Balance, le Scorpion, « portion dangereuse d’un horoscope », ou le Capricorne, « tyran de la mer d’Hespérie » •*. Mécène et lui avaient dû consulter quelques praticiens qui avaient trouvé « incroyablement concordants » les thèmes degéniture des deux amis*^. Properce ne se contente plus,

1. On sait comment Virgile, assez gauche clans le métier de flatteur, oüre à Auguste de remplacer la Balance : Qua locus Erigonen inter Chelasque sequentes \ Pandilur {Georg., I, 33sqc(.). Lucain mettrait volontiers Néron à la place du Soleil : il lui recommande en tout cas de se placer au milieu de la voûte céleste, pour ne pas déranger sous son poids l’équilibre du monde {Phars., I, 45-59). La formule aslra petes serus ; serus, lentus, tardus sidéra pele, fait partie de la politesse littéraire et entre dans les compliments bien tournés. Vitruve ne peut pas écrire un traité d’architecture sans y mêler de l’astronomie et une déclaration de foi à l’astrologie (cf. ci-dessus, p. 36, 2).

2. Énée appelle Hélénus intet'pres divum - - qui sidéra sentis (Virg., Aen., III, 360). Dans la Thébaide de Stace (III, 558), Amphiaraos et Mélampus maudissent leur art, dont font partie astrorumque vices numerataque semita lunae. Properce (V, I, 109) dédaigne Calchas, qui ne savait pas l’astrologie. Plus tard, Nonnus met en scène un « Génie » astrologue, Astræos, qui donne une consultation en règle à Démêter, avec figures, sphère mobile, etc. {Diontjs., VI, 15-102). Cf. la leçon d’astronomie que fait le Soleil à son fils Phaéthon (trf., XXXVIII, 222-266, et Ovid., Met., H, 63 sqq.).

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