LA SOLIDARITÉ UNIVERSELLE
d'elle-mème dans des voies où elle allait rencontrer l’astrologie chaldéenne, et son apport fut adjoint aux modes de divination
préconisés par la doctrine nouvelle.
Évident pour les mystiques, plausible et dans une certaine mesure acceptable pour les naturalistes, le postulat initial de l’astrologie devint un dogme pour les Stoïciens, qui étaient a la fois l’un et l’autre. Ce dogme, qui contenait pour eux la raison ultime des choses, le- fonds et le tréfonds de la religion et de la morale, ils ne se lassèrent pas de l’alfirmer et d entasser a l’entour, pour le fortifier, tout ce que les systèmes philosophiques ou religieux leur olTraient de comparaisons et d analogies pouvant servir de démonstration. L'intluence des astres sur la terre devint pour eux un cas particulier de la « sympathie » ou solidarité de toutes les parties de l’univers : solidarité non pas ideale, morale, mais matérielle comme la substance de l’Etre, et realisee à tout moment par un échange incessant de molécules ou de mouvements propagés. Les Stoïciens savaient ce que la Terre envovait aux astres de là-haut, foyers de feu intelligent : avec Thalôs, Parménide, Iléraclite, ils pensaient qu’elle les nourrit de ses vapeurs *, les plus grossières alimentant les astres inlérieurs,
1 C'est ime opinion générale chez tous les « physiciens fondée sur le fait que le Soleil « desséche » l’eau, une réponse à cette question de sens coniniun : d’où vient que les astres brûlent sans se consumer? [qma nullus iqms
sine pastu alicjuo posset permanere.C\c.,Nat. Deor.,U, . ■ gm n
par le Sûma hindou). Doctrine de Thaïes et autres Ioniens et L. àavépa; i. .r, à.o àva9og..i.soi; (Stob.,ÉcZ„ 1, 10, 24. Plut Plac.plnl 1 3- II n). Pasci aqiiis marinis sidéra, i. e. ù/nes caelestes, p tystci ocen (Serv., ^en., 1, 608). On pouvait luêiiie dire que la Terre avait eiigeiu re es astres, étant la mère du Ciel (Ouranos). Chrysippe avait fait le triage entre alimenls; l’eau douce pour la Lune, l’ean de mer pour le Soleil (Stob., LcL, i, •^5-26), — ali autem solem, lunam, reliqiia aslra aqttis, alta ( a ci us, marinis. Eamque causam Cleanlhes affert cur se sol referai nec longnis proqrediatur solslitiali orbe itemque brumali, ne longius discedal a cibo (Lie., Nat Deor., III, 14, § 37). Cela expliquait l'intelligence supérieure des astres. Quin eliam quo cibo ulare, intéresse aliquid ad mentis aciem pulant. robabile est igilur praestanlem intellegenliam in sideribus esse, quae et aetheriam partem mundi incolant et marinis terrenisque umoribus longo intervallo extenualis alantur (Cic., Nat. Deor., II, 16, § 43). A ce compte, les étoiles fixes sont plus intelligentes que les planètes (ce qui était aussi l’avis des platonicmns), Saturne plus que Jupiter, et ainsi de suite. La sèche dénégation i . ns o e disant gÉ osTsOai và ojpivta -rpoïT,;, oo yàp csOapxa, àW aïoia (Plut., 1 ne. pu ., ,
16) et même ses sarcasmes [Meleor., Il, 2, 6) n’empéchèrent pas les adhésions a la doctrine physico-stoïcienne. Hinc profertvr quo sustmeantur lot si ei a e c. (Sen. O. Nat., 11, 5). — Neenon Oceano pasci Phoebumque polumque | Lie vnus (Lucàn., Phars., X, 238. Cf. 1, 414). Pline croit que les étoiles filantes sont des
r.iiAP. III.
LES DOCtMES ASTHOLOGIQüES
les plus subtiles montant jusqu'aux sphères supérieures. Cette matière revenait à la Terre sous forme de chaleur et de lumière, d’etiluves célestes qui allumaient et entretenaient à sa surface la flamme mystérieuse de la vie.
La solidarité universelle une fois admise, il en résultait logiquement que les eflluves transportaient avec eux les qualités de la source d’oi'i ils émanaient et tendaient à assimiler le point d’arrivée au point de départ. Pour rendre la démonstration plus claire, cessons de disperser notre attention sur Tunivers entier \ et concentrons-la sur l'être qui a été et qui sera toujours à ses propres yeux le centre du monde, l’homme. Nous arriverons vite à la conclusion que l’homme, façonné par l'action incessante des influx cosmiques, doit ressembler au monde, qu’il est un monde en petit, un microcosme. Ainsi condensé, spécifié, intéressant l’égoïsme humain, flattant l’orgueil humain, projetant dans le monde entier l’image de l’homme — car la proposition se retourne comme nue équation mathématique, — le dogme de la sympathie universelle devint l’aliment inépuisable de la foi astrologique et la justitication de ses plus étranges fantaisies. Il fut dès lors permis de chercher dans le corps humain, dans l’ûme humaine, des correspondances de toute sorte entre les membres de l’un, tes facultés de l’autre, et les planètes ou les signes du
éructations d’astres trop gorgés de nourriture : ilia nimio alime,nlo Iracli nmoris ignea vi abiindanliam reddimt, cum decidere crednntur, id apiid 7ios quoque liiminibus accensis liqitore olei noLamus accidere (Plin., II, § 29). La doctrine fut étendue des astres aux dieux, génies, âmes humaines, lesquelles rpo'-p-^ Ts /püivTzi oîxîia xfi à~ô jri<; àva0'j|i.icx7£i, éi; v.al xà Xotxà à'o-xpa (S. Empir., Adv. Phys., IX, § 73, p. 568). Même quand il fut avéré que la Terre n’était qu’un point (xsvxpov-axiyp-fi) dans l’univers, Posidonius soutint que la Terre, sous un petit volume, contient plus de matière que tous les astres ensemble : t, yf, ffxiyjitaia ouxa irpôç x6 [j.£yE0O(; xoü •/.oap.ou avaTzsix-st xpo'fv xü xj oùpavw xal xoï; £|i.'7î£pi£yo;j.£vo'.î £v aùxtp àaxpoiç, xoffoûxoïç xal x6 'kAt,0o; xal x6 ijléveOo; oJfji (ap. Cleomed., Cycl. theor., I, 11). Il avait deviné, en l'appliquant à faux, un principe de la mécanique céleste.
1. La théorie s’appliquait à tout, à la Terre, dont les zones correspondent aux zones célestes, et à ses parties. Ainsi, on disait que le Nil a sept bouches parce qu’il y a sept planètes — erumpens imitalur sidéra mundi | Per sepfem faiices alque ora fugantia ponlum (.ManiL, III, 273), — ou que le Delta était une copie de la constellation du Triangle ou Deltoton — oasl 5è xal xry xr,<; Aîyjzxoo OÉxiv eIv»’. xaxà xô <yy;r,[LOL xoü ev xoTç â(jxpot<; xpiytôvoo (Schol. Aral., ad v. 233). Cependant les Stoïciens, attentifs à ne pas froisser la tradition de la Terremère, pensaient que la forme ronde de la Terre est non pas la copie, mais le modèle des sphères célestes : liarEp â-6 xÉvxpou yivExai, ojxw xal àzG
xf|î y-Tfi Eixôî -irEp’.xiE'pE'.av yeyovsvat (Ach. 3'at., Isag., 7).
l’homme microcosme
Zodiaque. L’imprudente logique avait lilé ses déductions jusqu au point où elle se trouva dessaisie de son droit de contrôle et obligée de pactiser avec les caprices de l’imagination dcbridee.
A. cette forteresse centrale de l'astrologie, on peut dire que chaque système philosophique apporta sa pierre. On a vu ou menait la théorie mécaniciue des ellluves : le spiritualisme platonicien aboutissait par une voie plus directe encore a la meme conclusion. Platon avait érigé en dogme l’imitation des t>pes divins, du haut en bas de l’échelle des êtres; et Philon eut soin d’ajouter au témoignage de Platon celui de la Bible, d apres laquelle Dieu lit l’homme à son image. L’homme est une copie du monde, qui est lui-même une copie de Dieu. Du reste, tou cela est déjà dans le 77/uce, et l’on devine avec quel /.ele les mystiques développèrent ces données, profitant par surcroît de la connivence des « physiciens » ou matérialistes, sans autre eilort à faire que de remplacer les molécules des elUuves par les âmes et les génies dont ils avaient ample provision. Enfin, la théorie du microcosme avait encore l’avantage de satisfaire les purs dut ecticiens, ceux qui concevaient la connaissance comme une identitication — ou tout au moins assimilation — du sujet et de l’objet L Et voilà comment un amas d’analogies et de me a-
1. Ceux-là auraient contresigné la belle apostrophe de Mamlius .
Oaid mirum noscere mundum \ Si posslnt nomines, cju.bus e. mundus z n i m . Exemplumque dei quisque est in imaqine parua? Ce sont les '
ciens orphiques, néoplatoniciens, hermétiques ou meme chrétiens platon sants’, qui ont le plus insisté sur l’homme inicroosme. Avant l'tulon Pe«t-(dre, les Pseudo-Pétosiris et Néchepso oslendunt hominem ad nalumm mundi similitudinemqae formatum iisdem principiis quitus ipse mundus reqihn- et conUnetur perenniler perpetuitalis suslentari fomilibus (l'irmic., tU, Proncni., • ). Pour Philon (voy. son traité De opificio mundi. §§ 48-51), l'homme, dont le corps est fait des mêmes éléments .jue le monde, communique par la vue avec les
' ' “ f,v3!j.ov’.xovâTT,(; TWV at70T,iT£wv oycw; t.A'.o) /.at
astres, ses congénères : 5ià ri
aai iaâîvo) iaxépcov rAavT,x(„v xal à7:>,av(Ôv aov3yv,î;(ov (ib.,^ol .
Dans le Vœmander. Hermès Trismégiste explique que tout est vivant par conséquent composé de matière et d’esprit : Kal ô ;iàv ^ 'i;;";';":
ixsvà xôv xôaixov (SS 11-12, pp. 14-1.5 Parthev); et mlleius
lalrom.. ap. Ideler, T. p.381) : xôv avOpiorov, -TrA-x-xiov, xo aaov Ce petit monde est un abrégé du grand. Les astres ont meme et sont en nous : S’ Èv r.-xlv Mf,vT, ZcO; '.Xpr.; x. x. X. (ap. fetob., Le/., h ^ j )‘
L'auteur du livre d'ilénoch retrouve aussi dans 1 honnne sept substance , autant que de sphères planétaires. Ün biographe de Pythagore ( I . / yth-. p. Kiessl.) : b avOpiu~o; ix'.xpàs xox;xoî Xsysxai... ..i.>a, ./c. ,a, .O'
S’jvâac'.;. Cf. Firmicus [toc. cil., 3) : hominem quasi minorem quemdam mundum steliae quinque sol etiam et lima... sustentant. Proclus met sa dialectique au service de la théorie du microcosme et de la « sympathie » cosmique. Le monde