Voy. ci-dessus, p
570 CIIAP. XVI. — l’astrologie dans le monde romain
que les astrologues continiiaienl à avoir l’œil, comme autrefois, sur l’étoile des ambitieux.
En somme, l’astrologie, qui ne peut jamais avoir de prise directe sur les classes populaires, a eu dans le monde grécoromain toute la fortune qu’elle pouvait avoir; et la persécution, plus virtuelle que réelle ', qu’elle a subie, n’y a pas nui. Si l’on veut mesurer le chemin parcouru depuis le temps de Juvénal jusqu’à celui d’Ammien Marcellin, en ce qui concerne les Romains de Rome, c’est-à-dire de la ville où l’on avait le plus tracassé les astrologues, il sullit de rapprocher les témoignages de ces deux auteurs, en faisant la part de l’exagération chez l’un et de la mauvaise humeur chez l’autre. Ammien Marcellin, venu à Rome vers 58Ü, est scandalisé des vices de l’aristocratie romaine, amollie, adonnée au jeu, stérilisée, incrédule et superstitieuse. « Beaucoup de gens parmi eux nient qu’il y ail des puissances (( supérieures dans le ciel ; mais ils ne se montrent pas en public, « ne dînent ni ne se baignent sans avoir au préalable consulté « attentivement l’éphéméride, pour savoir, par exemple, où est « le signe de Mercure, ou quelle partie du Cancer occupe la Lune « dans sa course à travers le ciel » Au dire de notre sévère provincial, les hommes en sont juste au point où en étaient les femmes au temps de Juvénal. Une certaine foi à l’astrologie fait partie du sens commun, et il n’y a plus que l’excès qui passe pour superstition.
l’astrologie et la discussion scientifique.
Il ne faudrait pas croire toutefois que l’astrologie ne se soit heurtée qu’à des résistances inspirées par l’intérêt social, et que.
1. Il est bon de rappeler que Firinicus Maternus dédie son livre à un haut fonctionnaire de l’empire ; que, plus tard, Ausone parle très librement de la science astrologique qui a permis à son grand-père de prédire ses grandeurs futures (Auson., Parenlalia, IV, 11 sqq.) ; que S. Augustin a connu dans la personne du proconsul Viudicianus {Conf., VII, 6) un astrologue desabusé, mais non persécuté. Les Romains tenaient a avoir des lois répressives , mais, qu’il s’agît d’astrologues, de magiciens ou de chrétiens, ils ne les appliquaient que quand ils le jugeaient à propos.
2. Amm. Marc., XXVlll, 4, 24. Lui-même croit à l'astrologie de source authentique. Il appelle la Chaldée reqio altrix p/iilosophiae veteriSy ut memoranl ipsi [Chaldaei], aptid quos veridica vadeinandi fides eluxil (XXIll, 6, 25), et il dit des Alexandrins de son temps : scientiam callent quae falorum vias oslendit (XXII, 16, 17). A rapprocher du passage précité (p. 562) de Juvénal.